Roland Dorcely 1930-2017

Publié le 2017-05-09 | lenouvelliste.com

Gérald Alexis Quatre-vingt-sept années, c’est le temps qu’a vécu Roland Dorcely. Mais quelle vie il a menée ! Il était un jeune pas comme les autres. Je redis ce qu’on a dit avant moi : « Dorcely, c’est un enfant prodige.» Il était d’origine relativement modeste et dans cette vie exaltante, il s’était trouvé auprès des plus grands du monde des arts et des lettres, au Centre d’art de Port-au-Prince. D’abord, où il est entré très jeune; à l’étranger ensuite où il a vécu une vingtaine d’années. Adolescent à Saint-Louis de Gonzague de la rue du Centre, il écrivait ses devoirs en vers. Adulte, il a été un poète méconnu. Il a préféré faire une carrière de peintre. Il a été de cette avant-garde haïtienne fit entrer notre peinture dans la modernité. C’était un risque mais son talent aura apporté la reconnaissance. Hélas, pas en Haïti, mais à l’étranger. En 1958, le Musée d’art moderne de New York (MoMA) accepte de faire entrer un tableau de Roland Dorcely dans ses collections. C’est une œuvre offerte par Edna et Keith Warner. L’année suivante, Dorcely expose au MoMA à côté d’artistes internationaux comme l’Argentin Miguel Ocampo, les Américains Adolph Gottlieb et Jasper Johns, les Français Victor Vasarely, le sculpteur César et l’Espagnol Antoni Tapies. C’est la consécration ! En France, il a illustré un recueil de poèmes de Michel Leiris, ce penseur qui a su apprécier le potentiel de ce jeune homme rencontré lors d’un voyage en Haïti. Pierre Monosiet admirait la façon dont Roland Dorcely explorait avec maîtrise différentes voies. Il était doué pour le dessin. Aventureux, il s’est lancé dans des projets de murales. Peintre, il ne s’est jamais installé. Il a cherché inlassablement l’expression qui lui convenait au mieux, s’ouvrant à tout ce qui lui était proposé par l’art de son temps, des temps anciens. En face des œuvres des artistes de la Renaisssance, il a des doutes sur ses capacités mais se remet et cherche encore. La vérité est qu’à différentes périodes de sa vie, il trouvé le langage qui disait au mieux ses états d’âme. En effet, les formes organiques qui se côtoient et s’entrecroisent sur de grands supports sont des Dorcely. Les peintures où on voit des lignes qui, un peu comme dans une calligraphie, définissent des formes sont des Dorcely. Celles où des lignes noires, épaisses, enferment des aplats de couleurs vives, sont des Dorcely. Celles où des formes semblent se fondre dans un vert-jaune et qui sont lacérées par des traits énergiques sont de Dorcely. Celles enfin où l'on retrouve l’agneau du panneau central du retable d’Issenheim du Bavarois Matthias Grünewald, est elle aussi un Dorcely. On connaît peu ou pas d’artistes haïtiens dont l’œuvre est aussi riche, aussi variée avec comme constante un goût particulier pour les effets de surface et des compositions particulières. Le grand malheur est que depuis dix ans Roland Dorcely a disparu non seulement de la scène artistique haïtienne mais du monde tout court. Il a quitté Haïti et sa maison au bas de la Montagne Noire à Pétion-Ville et on a plus entendu parler de lui, sauf dans l'une ou l’autre vente aux enchères et finalement dans une annonce mortuaire mise sur le Web par une entreprise de pompes funèbres de New York. Quelle triste fin !
Gérald Alexis
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