Georges Castera, à pas de poésie

Besoin de poème

Publié le 2017-01-16 | Le Nouvelliste

Georges Castera a fêté le 27 décembre 2016 ses 80 ans. Si on ne le voit plus, depuis plusieurs mois, arpenter à pied les rues de Pétion-Ville, c’est que le temps vaut quelquefois son pesant de souffrances physiques, de lassitude et de silence. Georges Castera est le poète haïtien le plus influent de la deuxième moitié du 20e siècle et du début du 21ème. Lyonel Trouillot dit de Georges Castera qu’il a la capacité de faire entrer le concret dans l’image. Il l’identifie également comme un poète engagé, avec une conscience sociale et une vision du monde dont le procès de symbolisation est une caractéristique de la poésie. Georges Castera est l’un des rares poètes haïtiens vivants à n’avoir pas fait de détour. Jamais il n’a été tenté par une autre forme d’expression que la poésie. Il est celui aussi qui a osé des regards et des mots, construit un dit érotique, sans jamais être vulgaire, et produit un système d’images. Castera écrit merveilleusement en créole et en français et prouve à chaque fois que la littérature est le plus haut niveau d’une langue. Radi, c’est le nom sous lequel il signe ses dessins qu’on retrouve dans certaines de ses publications. Georges joue à la guitare aussi, pour lui-même et quelques rares amis. Pour saluer Georges Castera, partageons La lettre du sixième sens La lettre du sixième sens Ma lettre portée par ellipse Ai demandé aux mots Toutes voiles fermées De prendre le poids de l’oiseau En plein vol De rendre rapport d’écriture Et de déraison De mélodie d’extravagance Même en me trompant de parcours Mêlant la longue syncope des arcs-en-ciel Aux phrases séquestrées des réverbères Je n’ai toujours eu qu’un seul galop La phrase mutilée L’ordre des vertébrés Celui qui crie trop fort N’entend pas l’orage déchiré de ta bouche Dans ma vie qui se défait et se refait Comme une chevelure Celui qui ne crie pas assez N’entend pas la voix du silence C’est à mourir de rire ! Les hommes n ‘ont plus de couilles Mais des légendes Des blessures miaulantes J’ai remis vois-tu Mon vêtement de marginalité Je vais encore dans le sens des miroirs Le temps que j’habite n’a pas de portes.
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