Urbanisme

Relocaliser Fonds-Verrettes

Celui dont la pensée ne va pas loin verra ses malheurs de près, remarquent souvent les sages. La tragédie de Fonds-Verrettes a marqué la mémoire collective profondément. Afin de dire plus jamais ça ! Une étude a été réalisée par la Compagnie Financière d'Investissement SA (CFISA) en vue de relocaliser à 860 pieds d'altitude la nouvelle ville de Fonds-Verrettes.

Publié le 2005-03-09 | Le Nouvelliste

« On peut s'attendre à compter des morts au mois de mai prochain à Fonds-Verrettes », a déclaré, ce matin au Nouvelliste, le président directeur de la Compagnie Financière d'Investissement SA (CFISA), l'ingénieur Jean-Lucien Ligondé. Il a fait savoir que « le projet de relocalisation de Fonds-Verrettes se veut une réponse urgente à la tragédie des 23 et 24 mai 2004 ». Il a mentionné, pour mémoire, que la CFISA, depuis mars 1999, avait déjà proposé un plan de relocalisation à l'Etat haïtien, le ministère de la Planification d'alors avait manifesté son intérêt bien qu'aucune suite n'ait été donnée. « Cette étude est un effort national. Nous n'avons sollicité l'aide d'aucune institution internationale », poursuit l'ingénieur. Cet effort national a un coût. "Un montant de $51 millions de dollars sera nécessaire pour construire 550 habitats et des bureaux publics dans la nouvelle ville de Fonds-Verrettes", avait expliqué l'économiste de la CFISA, le vendredi 4 mars, à l'ouverture de la cérémonie de présentation des études d'exécution et des documents d'appels d'offres du projet de relocalisation de la ville de Fonds-Verrettes. « Le gouvernement n'a pas oublié la population de Fonds-Verrettes », avait fait savoir le ministre de l'Environnement, l'agronome Yves André Wainright. Le film du point de presse Il a fallu 8 mois d'études assidues de la (CFISA) et de 6 autres firmes sous-contractantes totalisant 80 experts haïtiens dans des domaines divers tels que : ingénierie, architecture, urbanisme, hydrologie, géologie, agronomie, gestion des bassins versants, gestion de l'environnement, sociologie et économie pour réaliser les 18 documents d'études qui ont été reconnus pour leur qualité et leur viabilité. Les Ministères de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales et de l'Environnement, la Commission Technique Interministérielle, l'EPPLS et le Bureau Intérimaire d'Appui aux Municipalités, ont présenté à la presse, à la direction générale du MICT, les documents : « Etudes d'exécution pour le projet de relocalisation de la ville de Fonds-Verrettes ». La nouvelle ville sera hissée à 860 mètres d'altitude, élevée de 60 mètres plus haut par rapport à l'ancienne, sur le plateau du Haut morne. Après la catastrophe, les gens reçoivent continuellement les visites des experts de tous bords. Mais la misère ronge la commune et le stress mine les esprits hantés par la peur d'une tragédie encore plus redoutable. Pour toute réponse à la tragédie de Fonds-Verrettes, une étude a été réalisée par la Compagnie Financière d'Investissement SA (CFISA) suite aux recommandations de la Commission Technique Interministérielle, de l'EPPLS et de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, composée de techniciens des principales institutions suivantes : Ministères de l'Environnement, des Travaux publics, de l'Agriculture et de l'Intérieur, a fait savoir le président directeur de la CFISA, l'ingénieur Jean-Lucien Ligondé. Par ailleurs, il a expliqué que ces études visent à donner une réponse urgente et définitive à la tragédie des 23 et 24 mai 2004 à Fonds-Verrettes où il y a eu 1,261 morts, 1,414 disparus, 2,399 maisons détruites et 31,130 sinistrés. L'ingénieur a également fait ressortir l'urgence de curer et de reprofiler les quatre ravines de Fonds-Verrettes, à savoir : Gros Cheval, Carretier, Ti Bourik et Delaï. Il a insisté sur la nécessité de réhabiliter les bassins versants de la zone. L'ingénieur Frantz Pressoir, spécialiste en aménagement territorial, a présenté la problématique de Fonds-Verrettes, les justificatifs du choix du site et le plan d'urbanisme directeur. L'architecte Indra Lafontant a accentué sa présentation sur la question de l'aménagement et des grandes orientations du plan d'urbanisme directeur. L'ingénieur Esteram Delva a enchaîné avec le volet mesure de protection de l'ancienne et de la nouvelle ville. Il a expliqué les différents travaux de stabilisation mécanique des sols, de curage, de reprofilage des 4 ravines meurtrières de Fonds-Verrettes. L'ingénieur-architecte Elisabeth Coicou, spécialiste en aménagement territorial, a mis en relief le problème de la grille d'équipement urbain et de l'organisation spatiale de la nouvelle ville. L'ingénieur Jean-Claude Souriac a souligné la problématique des réseaux divers : eau, électricité et télécommunication. L'économiste de la CFISA, Gary Coquillo, a démontré la nécessité d'un tel investissement et les retombées économiques pour la région, tant au niveau du développement de son potentiel agroforestier que de l'éco-tourisme. Il a démontré qu'un tel investissement sera récupérable dans 20 ans, vu que 380 hectares de terre seront reboisés et utilisés à des fins commerciales et avec la mise en valeur du potentiel écotouristique de Fonds-Verettes dans la région des lacs est envisagée. Le ministre de l'Intérieur, Me Georges Moïse, a clôturé la séance de présentation de CFISA en adressant ses félicitations aux membres de cette compagnie pour la qualité des études présentées. Fonds-Verrettes est incrustée dans le creux d'une vallée déboisée, à la merci des intempéries. L'année dernière, la ville a été sinistrée. Vies et biens ont été emportés par des eaux en furie. Le constat est dressé, l'autre étape reste à franchir. « Le gouvernement a pour devoir de protéger la vie des citoyens de Fonds-Verrettes en démarrant immédiatement les travaux de curage et de reprofilage des ravines », a insisté, ce matin, à la rédaction du Nouvelliste, le président directeur de la CFISA. Il a également montré la nécessité de relocaliser d'autres villes d'Haïti. La chronique des désastres s'annoncent ; en attendant, Fonds-Verrettes est toujours tapi au confluent de quatre ravines.
Claude Bernard Sérant Auteur

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