La déclaration des Membres de la Cour de cassation (60 ans de cela) : un modèle insolite, un exemple civique, patriotique à la jeunesse haïtienne, la patrie de demain

À l’échelle universelle, la jeunesse a toujours besoin d’un modèle, d’un exemple civique, patriotique, à l’instar de ceux qui ont appartenu à l’ancienne école, c’est- à-dire les êtres respectueux des lois, des principes et des règles, respect de la parole donnée.

Arthur v. Calixte
01 août 2016 — Lecture : 3 min.
À l’échelle universelle, la jeunesse a toujours besoin d’un modèle, d’un exemple civique, patriotique, à l’instar de ceux qui ont appartenu à l’ancienne école, c’est- à-dire les êtres respectueux des lois, des principes et des règles, respect de la parole donnée. Comme modèle pour l’édification de la jeunesse haïtienne, pour l’histoire et la vérité des faits, nous nous permettons de parodier la déclaration des membres de la Cour de cassation- 60 ans de cela- au président Paul Eugène Magloire, le 6 décembre 1956, les juges Joseph Nemours Pierre- Louis, président de la Cour de cassation; Rodolphe Barrau vice-président, et le plus ancien juge Lelio Vilgrain. Des citoyens intègres et de caractère, il y en a eu dans ce pays, ils ont été invités par le Président Magloire au Palais National où il leur disait que le pays traverse une situation très grave, des actes de sabotage ont été perpétrés ces jours-ci par des bandits, des perturbateurs de l’ordre, le pays confronte une crise économique exacerbée. En conséquence, il décide de se retirer du pouvoir, et en application de la Constitution et des lois de la République, il fait appel au président de la Cour de cassation ou au vice-président ou au juge le plus ancien pour assurer l’exercice du pouvoir exécutif temporairement. Le président de la cour de cassation a déclaré formellement qu’il n’accepterait le pouvoir qui lui échet en vertu de l’article 81 de la constitution que si l’armée lui donnait l’assurance qu’elle respecterait la constitution et les lois du pays pour le maintien de l’ordre et de la tranquillité sur tout le territoire. En réponse, le général Antoine Levelt, chef d’état-major, a affirmé entr’autres que des bombes ont éclaté en divers points de la ville faisant des morts, que pour mettre fin à cet état de chose il faut opposer des moyens exceptionnels. Suite à cette déclaration, le président de la Cour a déclaré qu’il ne peut assurer la Présidence provisoire que si la Constitution et les lois en vigueur sont fidèlement respectées. Et il céda la parole au vice-président. Ce magistrat a affirmé qu’en raison d’une carrière de plus de 52 ans consacrée à la justice et à l’application des lois, il ne saurait respecter un tel pouvoir que dans les normes de la Constitution et des lois, il se voit donc obligé de décliner l’honneur. Vint ensuite le tour du plus ancien juge Lélio Vilgrain, qui déclare avoir occupé des fonctions administratives et judiciaires pendant 45 ans, dont 20 ans à la Cour de cassation, en raison de ce passé qu’il ne saurait diriger les intérêts de la Nation en s’appuyant sur des moyens extra-légaux, qu’il décline l’honneur qui lui est échu si la constitution et les lois ne doivent pas être respectées. Ceci est un modèle insolite, un exemple patriotique à offrir aux jeunes et aux universitaires. Somme toute, l’armée, après délibération, a confié le pouvoir au président de la Cour de cassation persuadée, dit-elle, que ce dernier saura trouver, dans les normes légales, la manière de dénouer la crise que connaît le pays, puis l’armée rentra dans ses casernes. Et le président provisoire reste au pouvoir jusqu'au 4 février 1957 où il donna sa démission. Nous espérons que la jeunesse haïtienne, face à ce modèle, à cet exemple patriotique qui lui est offert, saura cultiver chez elle le sens de la responsabilité qui prône l’intérêt de tous, supérieur à l’intérêt de chacun, étant la somme des intérêts particuliers.