Ils parlent de « Livres en folie »

« Livres en folie » a vingt-deux ans cette année. C’est beaucoup de combats, de nouveautés pour que la foire soit de plus en plus agréable et attractive chaque année. Professionnels du livre, artistes, étudiants donnent leurs points de vue sur ce grand événement culturel annuel qui a gagné le pari de réunir tout le monde autour d’une seule et même passion : le livre.

Publié le 2016-05-25 | lenouvelliste.com

Andronice ALTIS, infirmière passionnée de littérature « Livres en folie » est considérée comme la plus grande foire du livre en Haïti. C'est un événement très utile qui nous permet de découvrir de nouveaux livres, auteurs et lecteurs. J'aime l'ambiance, l’engouement des gens à faire la queue même sous le soleil pour s’acheter les titres qui leur plaisent ou se faire signer leurs livres par tel auteur. Ils viennent parce qu’ils ont soif de l'événement, de faire des rencontres et de nouvelles découvertes. Wein Weibert ARTHUS, historien et lauréat de la bourse Barbancourt 2013 Ce qui m'a surtout marqué en tant que lecteur, c'est d'abord l'accessibilité des livres. J'ai acheté des ouvrages classiques de la littérature et de l'histoire d'Haïti –les textes de Thomas Madiou, Louis Joseph Janvier, Dantès Bellegarde– à Livres en folie. Ensuite le prix : 40% moins cher qu'en librairie, ce n'est pas une mince affaire. C'est à cette foire que je me suis procuré par exemple les collections de Leslie Manigat. Finalement, la rencontre avec les auteurs. J'ai eu des ouvrages qui ont été signés par Anthony Phelps ou Georges Corvington à la foire. N'étant pas un écrivain professionnel, régulier et trop connu du milieu, Livres en folie m'a servi de lieu de rencontre avec des centaines de lecteurs. En 2014, j'ai signé plus de 300 ouvrages en deux jours. Nous savons tous que les gens n'achètent pas les livres d'histoire, ce qui est ma spécialité. La foire promeut la lecture, sans aucun doute. Elle valorise le livre parce qu'elle a permis à des dizaines de textes, notamment ceux de jeunes auteurs, de voir le jour et d'être connus du public. Cependant, certains textes acquis à l'occasion sont décevants. J'ai l'impression qu'il y a des gens qui publient non parce qu'ils ont quelque chose à dire ou parce qu'ils savent exprimer ce qu'ils ont à dire, mais simplement par désir d’y participer. Il ne revient peut-être pas aux organisateurs de veiller à la qualité des textes, mais il faut qu'une instance - je ne sais pas laquelle - fasse quelque chose. Par exemple, le ministère de la Culture pourrait créer un fonds ou une instance d'aide à la publication. Cela pourrait aider à la relecture et la mise en forme des textes des jeunes auteurs en particulier. Les maisons d'édition ont aussi leur part de responsabilité dans la valorisation du livre qui passe avant tout par la qualité du texte. Il ne s'agit pas de rejeter ces textes, mais de les améliorer, d'aider les jeunes auteurs. David BONGARD, directeur du bureau de l'OIF/Caraïbe Dès mon enfance, j’ai eu le plaisir d’aller dans le plus grand salon du livre francophone qui se passe régulièrement à Genève et qui, chaque année, met un certain nombre de pays à l’honneur, mais un salon surtout dédié à la littérature africaine et qui est supporté par l’OIF. Mes autres salons ou mes autres foires littéraires sont Étonnants voyageurs qui demeurent un référent en la matière surtout dans le domaine de la littérature de voyage que j’affectionne particulièrement sachant qu’un certain nombre d’auteurs suisses vont y exceller, notamment Nicolas Bouvier. Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir, depuis bientôt trois ans, de fréquenter le plus grand salon du livre d’Haïti, Livres en folie, qui me paraît répondre à un besoin du public haïtien. Livres en folie est un rendez-vous obligatoire de toutes les personnes qui aiment l’écriture, la littérature, la connaissance au niveau de la littérature mais aussi au niveau des ouvrages pédagogiques. C’est un événement extrêmement important pour le pays qui permet justement de donner une visibilité nationale à ses écrivains et aux différentes littératures qui existent dans le monde, notamment le monde francophone. Le bureau de l’OIF pour les pays de la Caraïbe et de l’Amérique latine a été régulièrement invité et présente un certain nombre d’ouvrages et les différents lauréats des cinq continents de la francophonie. L’OIF sera présente cette année pour célébrer cette pionnière de la littérature haïtienne, Marie Vieux-Chauvet, qui était en avance sur son temps au niveau de l’expression de ses idées. Wébert CHARLES, écrivain, PDG de Legs Édition « Livres en folie » est un événement incontournable du paysage culturel en Haïti. La foire a eu le privilège de réunir non seulement des écrivains et des lecteurs, mais surtout des acheteurs. Puisque c’est 40% de réduction qui est offerte au public. Il y a donc lieu d’en profiter. Lors de notre première participation comme éditeur à la foire sur le stand des éditeurs indépendants qui est une sorte de regroupement d’éditeurs, nous avons eu la chance d’écouler bon nombre de titres tels que les livres de Yanick Lahens, Nadine Magloire, les numéros de la revue « Legs et Littérature » et surtout les titres de notre collection Je découvre… qui est consacrée aux enfants. Cette année, nous avons trois nouveautés dans cette collection (Je découvre… Charlemagne Péralte, je découvre… Marie Vieux-Chauvet et Je découvre… Léopold S. Senghor). Pour les vingt-deux ans de Livres en folie, je trouve de bon ton de rendre cet hommage à Marie Vieux-Chauvet, figure atypique de la littérature féminine d’Haïti. Anaïse CHAVENET, PDG de Communication Plus « Livres en folie » tient une place de premier plan dans le paysage littéraire, social et culturel d'Haïti. C'est le plus grand rendez-vous littéraire annuel. J'ose dire que c'est aussi le deuxième plus grand rendez-vous culturel après le carnaval. Incontestablement, « Livres en folie » a donné une plus grande visibilité aux livres haïtiens. La manifestation a également boosté la production. À part le scolaire, elle permet l'écoulement du plus grand volume d'ouvrages. Y a qu'à voir l'engouement des acheteurs et des producteurs ! James DUFRESNE, journaliste de Télévision nationale d’Haïti Depuis son lancement au Cercle Bellevue, « Livres en folie » s’est imposée comme une activité incontournable. D’abord, objet de curiosité, certaines gens disaient que c’était l’affaire d’une élite, voire d’une clique. Ensuite, c’est devenu un espace de rencontres et de « m’as-tu vu ». Mais depuis deux ou trois ans, le rendez-vous Livres en folie est devenu un espace commercial pour le livre haïtien, la plus grande tribune pour bon nombre d’auteurs. « On dirè si yon otè rate Liv an foli, li preske rate ane literè a ». De plus, les participants à cette manifestation littéraire sont de plus en plus nombreux. Livres en folie, c’est aussi beaucoup plus de livres à être publiés chaque année : certains bons, d’autres moins bons. Les livres se vendent beaucoup plus, donc elle offre une retombée directe pour les auteurs. Il y a cette possibilité d’interaction entre lecteurs et auteurs, donc plus question de croire que tous les auteurs sont morts. Et la création de la bourse Barbancourt constitue une bonne incitation pour les auteurs. Frantz DUVAL, rédacteur en chef du Nouvelliste « Livres en folie » est avant tout une invitation à l’écriture, une fête des écrivains et de ceux qui écrivent, car elle a démocratisé l’accès aux idées. Toutes les œuvres sont bienvenues à Livres en folie et cela est la plus grande des révolutions apportées dans le paysage depuis 1995. Ensuite, la foire et ses manifestations associées ont permis de donner un territoire de reconnaissance à nos meilleurs écrivains, là où tout a commencé pour eux : dans leur pays. Laferrière, Danticat ou aujourd’hui Marie Vieux-Chauvet ont reçu un accueil digne de leur rang dans leur pays et leurs œuvres ont été mises à la disposition des lecteurs haïtiens dans des proportions que seule Livres en folie pouvait provoquer. En 22 ans, Livres en folie a suscité des vocations, réveillé des talents, fait sortir de tiroirs poussiéreux des projets lumineux, enfanté une vingtaine de manifestations en Haïti et dans la diaspora qui, autour du livre et de la lecture, mettent en scène le meilleur d’Haïti, la plus belle carte postale du peuple haïtien : sa littérature. De 1995 à nos jours, le livre s’est fait une place plus grande dans la vie du peuple haïtien avec Livres en folie qui s’est donné, grâce à la Unibank et au Nouvelliste, les moyens pour se rendre disponible dans quinze villes de province et partout à travers le monde grâce au site www.livresenfolie.com. Gousman FÉLIX, enseignant et cadre du MENFP Depuis sa première édition en 1995 jusqu'à maintenant, Livres en folie ne cesse de nous charmer et de nous rapprocher du livre. C'est le lieu de manifestations culturelles où le lecteur peut alimenter sa petite bibliothèque de nouveaux ouvrages. Espace de retrouvailles d'un professeur, d'un étudiant, d'un camarade longtemps perdu de vue. S'il n'y avait Livres en folie comme point de ralliement culturel et intellectuel, il faudrait certainement l'inventer. Marie Vieux-Chauvet comme invitée d'honneur à cette édition est un choix judicieux au sens que c'est aussi un moyen d'offrir son œuvre à la jeunesse estudiantine pour qui elle est encore une inconnue. C’est aussi une opportunité de questionner l’œuvre du point de vue sociolinguistique, ce qui pourrait orienter ses lecteurs, selon Max Dominique, vers une lecture du drame collectif. Ralph JEAN-BAPTISTE, philosophe, coordonnateur général de Café Philo Haïti Au cours de mes années étudiantes, « Livres en folie » représentait pour moi un manque à gagner, un rendez-vous manqué qui se traduisait par la frustration du fait que je n'avais pas les moyens de m'acheter les livres. Elle est aussi pour moi l'occasion de donner forme à un projet qui est de constituer un fonds de documentation en livres haïtiens, étant entendu que la perspective des études haïtiennes (haïtianologie) m'intéresse beaucoup. Enfin, je trouve que les livres ne sont pas suffisamment fous à Livres en folie. À mon avis, le peu de livres qui pourraient être fous sont volontiers arraisonnés par les organisateurs de cet événement. Prenons un simple exemple: y a-t-il un prix étudiant pour des livres susceptibles d'être proposés dans les cursus académiques? Pour finir, et comme par désenchantement, cet événement n'impacte aucunement la société dans son ensemble tout au plus cette fonctionnalité sert exclusivement la cause économique des initiateurs dudit événement. Enfin, l'événement Livres en folie n'a pas encore lieu, il est à venir! Richard LECONTE, étudiant « Livres en folie » est pour moi le plus grand rendez-vous littéraire de l’année. C’est le moment de se procurer des livres rares à bas prix et de partir avec une signature de ses auteurs favoris. Je remercie ceux-là qui ont pensé à créer cet événement qui continue à faire la part belle à la littérature d’Haïti. Jean Billy MONDÉSIR, écrivain, Mention spéciale du prix Deschamps 2015 J'ai toujours vécu « Livres en folie » comme une fête. Le nom déjà invite à la jouissance : Livres en folie. La lecture passe trop souvent dans la perception comme pénible. On nous a menti en nous faisant croire qu'on ne peut pas avoir de rapport festif avec le livre. Je pense qu'on peut aller au livre comme on va à la mer ou à un bal. « Livres en folie » offre cette ambiance de kermesse qu'on a toujours refusée au livre. Auteur, j'attends impatiemment cet instant magique où mon regard croisera celui de mes futurs lecteurs et mes futures lectrices. Nos regards n'ont pas souvent l'occasion de se croiser. Je leur écrirai de jolies petites phrases et leur dirai en souriant : merci et bonne lecture! Mirline PIERRE, formatrice à l’IFH et éditrice à Legs Édition « Livres en folie » est l'un des événements annuels qui attire les jeunes de toutes catégories et origines sociales. C'est un moment opportun pour écouler des stocks et aussi de satisfaire la clientèle du livre à des prix réduits. Nous profitons de cette rencontre fructueuse pour rencontrer nos lecteurs, prendre leurs avis sur nos livres et, à partir de leurs impressions et leurs remarques, nous pourrons offrir un livre de meilleure qualité qui soit aussi plus agréable et plus abordable en termes de prix. « Livres en folie » est un bel espace de partage et de convivialité avec les auteurs et les lecteurs. C'est peut-être un des droits des lecteurs sur lequel Daniel Pennac n'a pas trop mis l'accent, la rencontre d’un écrivain avec ses lecteurs. Si Livres en folie est possible, c'est surtout grâce à ce plaisir de la lecture qui se transmet comme un virus d'un individu à l'autre. Nous avons intérêt à œuvrer pour que ça dure parce que la lecture est la seule chose que nous ayons en ce moment pour construire notre pensée collective qui est en pleine destruction. Carolyn SHREAD, traductrice, enseignante à Mount Holyoke College Cette année, grâce au soutien du comité organisateur de la journée d’études Marie Vieux-Chauvet à la Bibliothèque nationale du 25 mai, je viens des États-Unis afin de participer à « Livres en folie ». Je m’en réjouis, car j’entends parler de ce moment fort du calendrier culturel port-au-princien depuis longtemps déjà. À quoi est-ce que je m’attends ? N’ayant participé qu’à très peu de foires du livre, j’imagine des foules – mais des foules un peu particulières, car ce seront des foules de passionnés de la lecture ! Des littéraires – lecteurs, auteurs, éditeurs – qui s’y retrouveront pour goûter à ce plaisir souvent solitaire, le plaisir du texte, dans la compagnie des autres. Il y aura aussi des curieux qui deviendront sûrement, suite à cette expérience, des lecteurs, des auteurs, voire des éditeurs! Comme pour tous ceux qui sont sur place, l’attente la plus chère, c’est la rencontre avec l’œuvre qui vous touchera droit au cœur, qui intégrera dès lors sa bibliothèque personnelle. On ne sait jamais quand peut avoir lieu cette découverte, mais « Livres en folie » est certainement un environnement propice ! Je suis d’autant plus contente de m’y rendre que j’ai un beau souvenir qui date de l’âge de vingt ans lorsque j’ai participé au Marché de la poésie sur la place St.-Sulpice à Paris. Je me vois entourée de belles œuvres, souvent des livres d’artistes et de la petite édition, et des poètes déclamant tout au long de la journée autour de la fontaine. Cette fois-ci, je prendrai ma place auprès de LEGS ÉDITION au stand des éditeurs indépendants. Au plaisir de rencontrer alors les lecteurs de ces livres que nous fabriquons depuis la fondation de la maison il y a quatre ans. Marie Alice THÉARD, écrivain, galeriste, PDG de Festival Arts « Livres en folie » est une grande aventure qui offre l'opportunité de faire un voyage dans le monde littéraire. En plus de la convivialité, la foire permet à plus de gens de faire l'acquisition de livres à prix réduits et de faire connaissance avec les auteurs qu'ils lisent. De jeunes auteurs ont une occasion de se faire découvrir des critiques et de s'approcher des aînés. C'est un moment de vraie détente malgré l'attente qui serait intolérable dans d'autres circonstances. « Livres en folie » est un stimulant également pour de nombreux écrivains.


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