La société haïtienne fête chaque année la date du 8 mars comme Journée internationale des droits de la femme. Pour certains, cette date est considérée comme une avancée dans l’évolution de la vie des femmes, pour d’autres, c’est un symbole qui ne marque aucun progrès significatif dans la vie des femmes haïtiennes.
La société haïtienne est toujours marquée par la supériorité masculine. La question de liberté pour les femmes haïtiennes n’est-elle pas un mythe ? En effet, les femmes haïtiennes ne sont jamais vraiment libres, malgré les prescrits du décret de 1982 sur l’émancipation de la femme. Or, on constate que les femmes ne sont libres ni aux yeux de la société, ni aux yeux de leur famille, ni aux yeux de l’État. Il y a toujours eu et il y a encore de la violence à l’égard des femmes. La violence verbale, politique, économique sont aussi atroces que la violence physique.
En Haiti, une femme violée, battue ne peut pas avoir accès à la justice parce qu’elle est une femme. Pourtant, la justice est un bien collectif. Or, un bien collectif détient toujours les trois (3) caractéristiques suivantes:
1-il n’est pas divisible ;
2-il ne peut être rationné de façon collective par le marché ;
3-il est disponible pour chacun dans une collectivité.
En ce sens que chaque citoyen concerné doit recevoir une part égale d’avantages. Autrement dit, chaque femme haïtienne a le droit d’être protégée par la justice de son pays.
Nous constatons aussi que, pendant deux siècles, la société haïtienne est décrite comme celle où coexistent deux mondes: celui des hommes qui détiennent tous les moyens d’enrichissement, tous les pouvoirs, les appareils d’État, les moyens de coercition et de répression; et celui des femmes, pauvres, démunies, spoliées, réprimées, n’ayant aucun accès à la vie politique. Ainsi donc, dans telle société où le sexisme fait son plein, à quoi ça sert la journée du 8 mars pour une catégorie de femmes haïtiennes ?
En Haiti, le droit de la liberté et d’égalité a été remplacé par le triptyque «soumission, hiérarchie et paternité.»
En cette période de disette, de transition, d’instabilité politique, nous sommes en face d’un dilemme, celui de la discrimination masculine à l’égard des femmes. Alors, la question qui se pose est de savoir comment faire pour éduquer cette génération d’homme à respecter le droit à l’égalité des sexes. C’est un enjeu majeur aussi bien pour la société que pour les acteurs politiques. En ce sens, nous devons former des citoyens éclairés qui puissent comprendre que la femme est un être à part entière. Elle mérite donc d’être protégée et mieux comprise. Un autre regard sur la femme haïtienne est devenu aujourd’hui un impératif.
Quid de la présence des femmes dans la 50e législature, par exemple ?
Comment pouvons-nous expliquer l’absence des femmes dans cette législature? Plusieurs raisons l’expliquent :
1- l’absence de solidarité féminine;
2- la peur des femmes de faire champagne dans les zones de non droit, peur d’etre agressée par les partisans de leur adversaire;
3- le manque d’encadrement de leur partis politique;
4- le manque d’expérience de terrain;
5- la violence physique et verbale;
6- les fraudes électorales organisées contre elles.
L’émancipation des femmes haïtiennes est avant tout une tâche politique qui, plus que d’autres, aura des effets sur la société dans son ensemble, mais qui doit être prise, au moins dans un premier temps, par les intéressées elles-mêmes.
Aujourd’hui, les hommes haïtiens doivent comprendre que le Parlement haïtien est un lieu de pouvoir, là où se prennent des décisions politiques fondamentales. L’État doit tout faire pour que les femmes puissent y accédr afin de participer dans la construction de l’avenir de la République. Aucune femme n’est élue ni à la Chambre basse ni à la Chambre haute. C’est une menace pour la démocratie haïtienne, voire même un échec pour les classes politiques et le gouvernement. Or, 52% des votants sont des femmes.
Les résultats des dernières élections du 9 août et du 25 octobre 2015 nous autorisent à confirmer que la société haïtienne est bâtie sur l’exclusion des femmes dans les affaires de la République. On peut dire que c’est une société à plusieurs vitesses. La configuration de l’actuel Parlement haïtien confirme et renforce les inégalités politiques à l’égard des femmes haïtiennes. En conséquence, nous devons non seulement dénoncer cette discrimination à l’égard des femmes, mais aussi la combattre sous toutes ses formes. Dans un État de droit, il ne peut pas y avoir une politique pour les hommes et une autre pour les femmes. Tout le monde doit être logé à la même enseigne, c’est-à-dire l’égalité entre les hommes et les femmes.
Cette journée du 8 mars doit être pour les femmes et les Haïtiens une journée de réflexion, de débats et de propositions afin d’éradiquer non seulement la violence physique, verbale, psychologique et financière contre les femmes, mais aussi elle doit être une opportunité pour les femmes de s’intégrer dans la gestion de la chose publique. Cela doit être une préoccupation majeure pour tous les acteurs politiques.
Certes, on a souvent dit que les femmes haïtienne sont désintéressées de s’impliquer dans les affaires de la politique, mais la réalité nous dit le contraire par la présence active des femmes dans certains postes de responsabilités et qui font valoir leur compétence. Citons à titre d’exemple quelques-unes:
Madame Edmonde Supplice BAUZILE, une figure emblematique;
Madame Marie Carmelle Paul AUSTIN, ex-ministre de l’Éducation nationale;
Madame Lilianne Pierre-PAUL, journaliste;
Madame Mirlande Hyppolite MANIGAT, responsible politique;
Madame Marie Louise Alexis Gauthier;
Commissaire divisionnaire de la PNH ,premiere femme commissaire;
Madame Marie Yolène GILLES. Et d’autres encore sont des femmes actives dans la vie politique de ce pays.
Pour ne citer que celles-là.
C’est à cette seule condition que Liberté et Égalité entre les deux sexes cessent d’être une illusion pour devenir une réalité, telle doit être la principale préoccupation de la société haïtienne.
Liberté et Égalité, une conquête inachevée et en perpétuel chantier !
Dr Frantz Toyo
Te : 509-3622 7332
Liberté et égalité, une illusion pour les femmes haïtiennes!
La société haïtienne fête chaque année la date du 8 mars comme Journée internationale des droits de la femme.