Allocution de S.E. Me Boniface Alexandre, président provisoire de la République, à l\'oocasion du Jour des Aieux

Publié le 2005-01-05 | Le Nouvelliste

Palais National Le 2 janvier 2005 Monsieur le Premier Ministre, Mesdames, Messieurs les Membres du Gouvernement, Mesdames, Messieurs les Membres du Conseil des Sages, Madame, Messieurs les Membres du Conseil Electoral Provisoire, Honorables Juges de la Cour de Cassation, Mesdames, Messieurs les Grands Commis de l\'Etat, Chers Invités, Peuple Haïtien, Mesdames, Messieurs, La rencontre de ce jour au Palais National s\'inscrit dans une vieille tradition. Tradition qui consiste, au terme d\'une année de dur labeur, à observer une halte, une pause, un répit, pour se souhaiter tout ce qu\'il y a de meilleur pour la nouvelle année. En ce sens, il nous est agréable, le Premier Ministre et moi, de vous adresser les voeux les plus cordiaux de santé et de sérénité au seuil du nouvel an. Nous vous saurons gré de les étendre à vos familles et à vos proches. L\'année 2004, comme nous le savons tous, a démarré sur des chapeaux de roue. La société haïtienne, dans son ensemble, s\'est mise debout comme un seul homme pour, comme l\'ont fait nos Ancêtres il y a deux siècles, revendiquer le droit à la liberté et à la dignité. Pourtant, cette année a marqué le Bicentenaire de l\'Indépendance Nationale et la volonté farouche exprimée par les Aïeux, ces va-nu-pieds superbes, de construire une nation forte et prospère, un Etat fier et respecté, une communauté digne de son passé historique et de ses hommes d\'airain. La célébration du Bicentenaire qui aurait dû être une oeuvre collective de ressourcement, dans l\'esprit de la geste de 1804, a été, malheureusement, une entreprise sectaire et partisane, une confiscation maladroite d\'un passé glorieux, au profit d\'intérêts de clans, qui n\'ont rien à voir avec les valeurs profondes et les idéaux du peuple haïtien. La Commission du Bicentenaire créée pour réparer cette injustice faite aux Aïeux et aux mânes des Ancêtres, a entrepris à travers le pays, un délicat travail de réparation de l\'outrage. Ce travail se poursuit avec l\'appui et le soutien des pouvoirs publics, avec moins de faste, certes, mais avec sérieux et rigueur, dans la concertation et l\'ouverture à toutes les couches de la population. Peuple Haïtien, Mesdames, Messieurs, Dix mois après les événements du 29 février 2004, une crise majeure et multidimensionnelle secoue le pays. A la faveur de l\'effondrement de l\'ancien régime, le peuple haïtien a recouvré les libertés publiques et signifié clairement son refus d\'un retour en arrière. Cependant, les actes inqualifiables dont Port-au-Prince est le théâtre depuis plusieurs mois, ont engendré tout un cortège de maux pour une économie déjà anémiée et pour le bon renom d\'Haïti. Il en est résulté un désinvestissement massif, l\'accroissement du chômage et l\'extension de la pauvreté. L\'espoir, ce ressort qui fait avancer la nation haïtienne vers une voie nouvelle, est même menacé. C\'est pour mettre un terme à ce cycle infernal et à cette spirale meutrière que le Gouvernement de transition s\'est fermement engagé à conduire la Nation, en dépit des difficultés de tous ordres, dans la voie des élections libres, honnêtes et transparentes. En ce sens, le Gourvernement s\'évertue à trouver les moyens d\'améliorer les conditions de vie de la population, en vue de parvenir à l\'apaisement social, propice à l\'organisation des joutes électorales, dans le courant de cette année 2005. A cet égard, le Peuple et le Gouvernement haïtiens sont reconnaissants à tous les pays amis et aux partenaires de coopération de la solidarité dont ils font montre à l\'égard d\'Haïti, et de l\'intérêt qu\'ils portent au succès du processus électoral à venir. Peuple Haïtien, Mesdames, Messieurs, En dépit des aléas d\'une conjoncture difficile marquée par le désordre des rues et l\'agitation permanente, le Gouvernement de transition a su respecter les grands équilibres économiques. La diminution considérable des dépenses non essentielles, a permis de ne retenir que celles ayant un effet significatif sur l\'amélioration des services collectifs, et des conditions de vie de la population, dont la précarité est une évidence. Les mesures adoptées, dans le cadre d\'une gestion plus rigoureuse et plus transparente des fonds de l\'Etat, ont abouti à la réduction des dépenses publiques, au profit des salaires des employés et des fonctionnaires qui ont connu une hausse moyenne de 30 %. Les dépenses d\'investissement ont permis au Gouvernement de transition de faire face à certaines urgences et à matérialiser ses priorités en terme d\'infrastructure économique et sociale, notamment la fourniture d\'énergie électrique, l\'assainissement, les réparations des dommages physiques et financiers des administrations publiques et des entreprises privées, victimes des actes de vandalisme et de pillage lors des événements de février dernier. De même, le Gouvernement a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. C\'est en ce sens qu\'a été créé un organisme à caractère administratif qui est l\'Unité de Lutte Contre la Corruption. Parrallèlement, le Gouvernement a mis sur pied une Commission d\'enquête administrative destinée à faire le jour et à permettre la poursuite des prévaricateurs et de tous ceux qui ont abusé de leur position pour soustraire des deniers publics. La moralisation de la vie publique est à ce prix. Relativement à l\'appareil judiciaire dont on dit rarement du bien, il est important de reconnaitre qu\'il est la résultante d\'un long passé d\'arbitraire et d\'oppression, qui a façonné la distribution de la justice, en fonction d\'intérêts de groupes de pression et non de l\'intérêt général. Les interférences des pouvoirs politiques ou financiers ont fragilisé l\'institution judiciaire et ébranlé la confiance des justiciables. Pourtant, des juges intègres et des verdicts judiciaires conformes à la loi existent. Malheureusement, ce sont les dénis de justice et les ordonnances complaisantes qui défraient la chronique, et font croire alors que tout l\'appareil est gangrené. Certes, le renforcement de l\'indépendance de la justice est une nécessité: indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques, des groupes de pression et à l\'égard des puissances d\'argent. Le Gouvernement de transition vient de franchir un premier pas dans cette direction en consacrant l\'autonomie financière de la Cour de Cassation. Désormais, celle-ci n\'aura plus à soumettre des réquisitions quotidiennes au Ministère de la Justice. Une dotation du budget de l\'Etat lui est régulièrement allouée pour faire fonctionner la machine. Un autre défi de taille de notre système judiciaire est son impérative réforme et sa modernisation. La réforme de la justice passe, certes, par l\'augmentation, la spécialisation des ressources humaines, par l\'extension des moyens financiers, mais aussi et surtout par la refonte des structures et des codes de loi. Une plus grande transparence dans les procédures, le respect scrupuleux du droit et une responsabilisation accrue des acteurs publics sont autant d\'impératifs de la conjoncture. Le projet de décret sur le Conseil Supérieur de la Magistrature sera sous peu présenté au Conseil des Ministres. Ce décret consacrera l\'indépendance de l\'appareil Judiciaire. Désormais, des sanctions plus sévères seront adoptées contre les Magistrats sans scrupules qui vendent la justice au plus offrant. Relativement à l\'impunité qui est devenue une tare dans notre société, le Gouvernement de transition a mis en oeuvre tout un train de mesures en vue de rassurer et de protéger les témoins et les victimes des forfaits de toute nature. Quand les justiciables ne portent pas plainte contre leurs bourreaux et n\'appellent pas l\'attention de l\'autorité sur les méfaits dont ils ont connaissance, ils nourrissent l\'impunité, l\'encouragent et la fortifient. Le Gouvernement exhorte donc les citoyens à être désormais des acteurs de leur destin et non pas de simples sujets, ballotés au gré des situations et des tenants du pouvoir. Dans le domaine de l\'éducation, le Gouvernement de transition a consenti des efforts massifs, aux fins de faciliter la rentrée scolaire de septembre 2004, en particulier en faveur des familles les plus vulnérables de la société. En effet, à travers le Programme de Subvention de Manuels Scolaires, financé par le Trésor Public et supporté par l\'USAID, le Gouvernement a appuyé l\'acquisition des manuels scolaires, au bénéfice de tous les élèves des premier, deuxième et troisième cycles du fondamental à hauteur de 70 % du prix de base. De plus, 53.000 kits scolaires ont été distribués aux élèves des deux premiers cycles de l\'enseignement fondamental, parallèlement à un programme d\'uniformes touchant 500.000 élèves, actuellement en cours d\'exécution avec l\'implication du Fonds d\'Assistance Economique et Sociale. Enfin, un programme de distribution de manuels et de matériels scolaires, est en cours d\'exécution en faveur de 168 écoles des départements du Nord, du Centre, du Sud et de la Grand\'Anse, dans le cadre du Programme d\'Appui au Renforcement de la Qualité de l\'Education, supporté par l\'Union Européenne, au bénéfice d\'une clientèle scolaire évaluée à 8.000 élèves. Le Gouvernement fait sien, en la matière, ce vieil adage : « tant vaut l\'école, tant vaut la nation ». Sur le plan des infrastructures, je me félicite particulièrement de la reprise des travaux de la route secondaire de Carrefour grâce à la coopération internationale. De même, la réfection de la route nationale # 1, de celle reliant les Cayes à Port-Salut, de multiples voies de pénétration et de desserte entre les différentes provinces, en plus d\'être utile aux populations concernées, contribuera sensiblement à la réduction du chômage et de ses corollaires. Peuple Haitien, Mesdames, Messieurs, En ce jour des Aieux qui ramène à la mémoire la bravoure et l\'héroïsme des Ancêtres, il me plait de vous rappeler que nous avons d\'autres conquêtes à réaliser, d\'autres victoires à engranger et d\'autres citadelles à renverser. Je pense notamment aux défis de la sécurité publique, celle-ci tend à s \'améliorer ; à la réduction de la pauvreté et de la misère ; à l\'amélioration de l\'accès aux services de base et à la promotion du dialogue national. Ce dialogue étant, cela va de soi, la clé de voute de la réconciliation nationale. Je souhaite, dans les prochains jours, donner le coup d\'envoi de cette expérience d\'échanges inter-haïtiens, pour qu\'aujourd\'hui, plus qu\'hier, notre Légende nationale « l\'Union fait la force » soit, plus que jamais, le socle d\'un nouveau départ digne des Preux de 1804. Je vous remercie.
Me. Boniface ALEXANDRE Président Provisoire de la République Palais National Le 2 janvier 2005 Auteur

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