Grêve des médecins résidents à l\'HUEH

Mardi 4 septembre 2004. Hôpital Général (HUEH). Puanteur à la salle d\'urgence. Malades mourant recouverts de mouche. Ici, depuis le 30 décembre de l\'année dernière, les médecins résidents font la grêve. Motifs : d\'un côté, selon le Directuer Médical, le Dr Albert Camille Archange, les résidents n\'ont pas reçu leur paie depuis octobre, à cause de certaines difficultés administratives ; d\'un autre côté, d\'après les résidents, cet arrêt de travail est une forme de protestion contre l\'intention du Ministère de la Santé publique de faire entrer en résidence à l\'HUEH, des étudiants de Facultés de médecine privée en dehors des normes juridiques et administratives.

Publié le 2005-01-05 | Le Nouvelliste

Entre les médecins résidents de l\'Université d\'État d\'Haïti (UEH) qui font la grêve pour faire respecter, disent-ils, certains principes et le Ministère de la Santé Publique, qui veut intégrer des étudiants de facultés de médecine privée dans les structures de l\'HUEH, se trouvent les malades. Le carré des médecins et infirmières est vide. Ce que dénoncent les grévistes \'\'Selon les normes régissant l\'Hôpital de l\'Université d\'État d\'Haïti (HUEH), les étudiants devant être admis en résidence pour compléter leur formation en médecine sont, entre autres, astreints aux obligations suivantes : que la faculté en médecine en question soit affiliée à l\'Université d\'État d\'Haïti (UEH) ; avoir complété une formation théorique ensuite pratique dans un centre hospitalier universitaire ; présenter son carnet d\'études avec les notes obtenues en théorie et pratique; enfin que les étudiants postulants réussissent le concours d\'admission en résidence à l\'HUEH\'\', a avancé un médecin résident II. Il soutient que les étudiants des facultés ne remplissent aucune de ces obligations. Primo, le stage en résidence est une activité académique régit par le conseil de l\'UEH, alors qu\'il n\'existe aucun rapport d\'affiliation, de contrôle entre ce conseil et les Universités privées, poursuit ce même médecin. Secundo, le cursus des étudiants en médecine des Facultés privée est mise en doute, car ces dernières ne disposent d\'aucune structure hospitalière universitaire pour effectuer leur stage pratique ; continue-t-il. Tertio, il y a certains domaines dans l\'étude de la médecine dont seule l\'HUEH possèdent les structures adéquates pour les phases pratiques, ajoute ce même médecin; et ces phases pratiques devraient être complétées avant que ces étudiants des universités privées soient prêts pour entrer en résidence hospitalière pour compléter leur formation. Il n\'y a pas assez de place à l\'HUEH A côté de ces manquements, se pose un problème de structure d\'accueil pour les étudiants en formation à l\'HUEH, informent les médecins résidents en grêve. L\'HUEH en fonction de ses limites ne pourra pas accuillir plus de 75 étudiants en résidence I cette année. \'\'Alors qu\'environ plus d\'une soixantaine d\'étudiants de la Faculté de Médecine de l\'UEH sont en attente du concours d\'admission pour entrer en résidence, le nombre total d\'étudiants dans les Facultés de médecine privées que le Ministère de la santé veut faire intégrer l\'HUEH en résidence I, frôle les 300\'\', a fait savoir un médecin résident II de l\'HUEH. Par ailleurs ce même médecin prévient que si le Ministère de la Santé, malgré les problèmes liés aux normes et principes juridiques de l\'UEH et de l\'HUEH, décide de recevoir à l\'HUEH des étudiants des facultés privés, l\'État Haïtien sera déficitaire. Il explique que ces facultés privées exigent en au moins 60 000 gourdes des étudiants pour leur seule année en résidence hospitalière. Tandis que, poursuit le médecin, l\'État n\'aura pas à empocher une seule gourde de cette somme, si les étudiants des Universités privées viennent faire leur résidence hospitalière à l\'HUEH. En définitive, les médecins résidents en grêve ne démordent pas. Ils comptent reprendre leur travail quand le Ministre de la Santé Publique,le Dr Bijoux décidera de retouner sur sa décision de faire venir de façon illégale, estiment-ils, des étudiants des facultés privées à l\'HUEH. Entre temps, ces médecins qui observent cet arrêt de travail, disent avoir mis sur pied des cellules d\'urgence dans tous les services pour soulager les patients. Ils avancent aussi que de simples médecins résidents ne devraient pas pouvoir paralyser le fonctionnement de l\'UHEH qui dispose de médecins internes et des médecins qui assurent la formation des résidents qui ont aussi pour tâche de s\'occuper des malades. Cependant, une visite à la salle d\'urgence hier mardi nous renvoie à une seule évidence : c\'est un service abandonné où le personnel de santé est carrément absent. Mais, nous ne pouvons rien dire pour les autres services que nous n\'avons pas pu visiter. Le fond du problème d\'après le Rectorat de l\'Université d\'Etat d\'Haïti 1.1 Dans les systèmes de formation médicales comme celui d\'Haïti, après le premier cycle PCEM1 (d\'une durée deux ans) et un deuxième cycle DCEM (de 4 ans), l\'étudiant en médecine reçoit un diplôme de médecin généraliste. Il est admis ensuite en spécialistés médicales. Ces études qui comportent un volet important de formation pratique dans un ensemble hospitalier accrédité durent entre trois (3) et quatre (4) ans. C\'est pourquoi, pour être habilité à fonctionner et à délivrer des diplômes, une faculté de médecine doit disposer de facilités hospitalo-universitaires non seulement pour les stages pratiques et l\'internat des étudiants mais aussi pour les formations en spécialités. Dans certains cas, quand le dispositif hospitalier n\'est pas validé pour ces dernières formations, la faculté peut être autorisée à ne délivrer des diplômes que pour des généralistes. 1.2 C\'est pour répondre à ces préoccupations, que le 14 mars 1968, un Décret présidentiel consacre « l\'Hôpital de l\'Université d\'Etat d\'Haïti, (HUEH)». En réalité, il ne s\'est pas agi d\'un simple changement de nom mais bien d\'une véritable (ré) affectation de l\'Institution. Pour déceler l\'esprit dans lequel ce document était écrit, on peut lire dans les préambules de ce Décret qui ne comporte que deux articles: « Considérant que depuis sa fondation, l\'hôpital général a toujours été un champ d\'observation et d\'expériences cliniques pour les étudiants de la faculté de médecine et de pharmacie. Considérant que la modernisation de l\'enseignement professe à la faculté de médecine et de pharmacie de l\'UEH nécessite une nouvelle orientation de l\'Hôpital Général en vue de conférer à cet établissement les caractères d\'un hôpital universitaire. Considérant qu\'en raison de l\'évolution de la science et des techniques médicales il importe d\'harmoniser les structures du « dit Centre » avec la modernisation de l\'enseignement à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de l\'Université d\'Etat d\'Haïti etc. Les malades entre temps... Sur un lit situé à gauche de l\'entrée de la salle d\'urgence, une jeune fille, dans la vingtaine, gémit sous le poids d\'une forte douleur. Le gardien rapporte qu\'elle aurait été victime d\'un viol collectif à la fin du mois de décembre. Plus d\'une vingtaine d\'hommes l\'aurait violé. Son visage porte cent traces de blessures. Ses lèvres fissurées à plusieurs endroits, restent cousues. Elle ne peut pas parler. Sous un drap, son corps tremblote. De son oeil gauche dégouline une larme. Elle se déssèche. Il n\'y a personne à son chevet. Et ses mains ne lui servent plus à rien.Le gardien fait savoir qu\'elle a eu un brin de toilette grace à la bienveillance d\'une \'\'bonne chrétienne\'\'. D\'un autre côté, au fond de la salle, on retrouve des prisonniers. Entaillés à la tête, aux jambes, aux épaules... ces derniers doués au lit et attachés à des chaines, survivent à la générosité de toute personne fréquentant l\'espace. Entre cinq ou six jeunes hommes agés en vingt cinq et trente ans, figure un enfant de dix ans. A ses pieds pendent aussi des chaines. Un pansement ensanglanté esposé sur son épaule gauche. Des bruits dans la salle avancent que cet enfant serait un exécutant de l\'\"Opération Bagdad\'\'. Les médecins résidents qui observent la grêve, disent n\'avoir rien contre les étudiants des Facultés privées mais, si ils doivent entrer à HUEH ça doit se faire dans le respect des normes et des principes. Aussi ces derniers avancent que cette protestation est une sorte de prévention contre le dégringolade de la profession de santé en Haïti et contre aussi une dépréciation des professionnels haïtiens en santé au niveau international.
Gaspard DORÉLIEN gaslovery@hotmail.com Auteur

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