Gonaïves/1er janvier 2005

Aristide peut-il renoncer à la violence?

Publié le 2005-01-04 | Le Nouvelliste

« En 2005, Monsieur Jean-Bertrand Aristide, nous devons cesser d\'hypothéquer l\'avenir et devons tous nous mettre du bon côté, celui des intérêts supérieurs de notre pays pour le bonheur de notre peuple ». C\'est en ces termes que le président provisoire de la République, Me Boniface Alexandre, s\'est adressé à son prédécesseur, Jean-Bertrand Aristide, le premier janvier 2005, à l\'occasion des festivités commémoratives du 201ème anniversaire de la proclamation de l\'indépendance. Le discours du premier janvier 2005 a été prononcé dans un contexte où, depuis le 30 septembre 2004, le pays est plongé dans la violence aveugle. Des individus armés se réclamant de l\'ancien président Aristide ont revendiqué certains des actes de violence enregistrés au pays depuis. Me Boniface Alexandre demande au président déchu de se démarquer de ces hommes si réellement ils ne travaillent pas à sa solde. Dialogue hors frontière Parallèlement, le président provisoire de la République annonce l\'envoi prochain en Afrique du Sud, au Vénézuela et auprès des pays de la CARICOM pour leur expliquer qu\'Haïti doit passer avant tout, que l\'amitié envers Haïti doit passer en premier. « Haïti doit passer avant tout, l\'amitié envers Haïti doit passer en premier et nous espérons que nos amis de la Caricom, du Vénézuela et de l\'Afrique du Sud vont comprendre que nous avons besoin de leur solidarité agissante pour promouvoir le dialogue inter haïtien et arriver à cette paix qui fera fleurir des relations détendues et profitables à tous ». Les pays de la Communauté économique de la Caraïbe (CARICOM), le Vénézuela et l\'Afrique du Sud sont les principaux Etats qui tiennent encore la dragée haute à l\'actuel gouvernement haïtien. L\'Afrique du Sud de Thabo M\'Beki héberge Jean-Bertrand Aristide depuis que ce dernier a quitté la Jamaïque. Le Vénézuéla de Hugo Chavez est catégorique tandis que les pays de la CARICOM sont actuellement divisés sur la question. Haïti, un cigare? De son côté, de l\'Afrique du Sud où il est en exil depuis le 29 février 2004, l\'ancien président Aristide a adressé un message au « peuple haïtien » où il lui souhaite une bonne année 2005 et fustigent ce qu\'il appelle « les nouveaux colons enchaînés mentalement » qui veulent à son avis faire revivre au peuple haïtien la géhenne de l\'esclavage. « Pour que Haïti ait une bonne année, il faut que que les Haïtiens, emprisonnés ou en cavale, aient la possibilté de regagner leur demeure ». Dans ce mesage en créole lu sur les ondes d\'une station de radio de la capitale, l\'ancien président Aristide qualifie le pays de « cigare de l\'esclavage allumé aux deux bouts » et nourit encore l\'espoir de retourner en Haïti. Famille, dernier rempart de la société A noter qu\'avant la délivrance de ce message, une messe suivie de Te Deum a été chantée à la Cathédrale des Gonaïves. Au cours de cette cérémonie religieuse, le célébrant principal, Mgr Yves-Marie Péan, évêque co-adjuteur des Gonaïves, a mis l\'accent sur le symbolique de la journée du premier janvier qu\'il considère comme une journée de prière. Le prélat a insisté sur le rôle que doit jouer la famille dans la société. De l\'avis du prélat catholique, les familles ont reçu de Dieu l\'insigne mission de protéger la vie et qu\'elles doivent travailler à l\'établissement d\'une nouvelle mentalité et de nouveaux comportements. Les riches, souligne-t-il, ne doivent plus exclure les pauvres. Car c\'est à ce moment-là que les droits humains seront respectés à travers le pays. « Pour promouvoir le dialogue et donner une chance à Haïti, solennellement, je tends la main à l\'ancien président pour qu\'il appelle ses partisans à être du côté des intérêts d\'Haïti et à travailler pour la paix », a lancé Me Alexandre à l\'Hôtel de ville de la Cité de l\'Indépendance en présence du Premier ministre Gérard Latortue et de membres du Cabinet Ministériel ; du vice-président de la Cour de Cassation, de représentants du Conseil des Sages et du Conseil Electoral Provisoire, du représentant du Secrétaire Général des Nations Unies en Haïti, l\'ambassadeur Juan Gabriel Valdes, du doyen du Corps Diplomatiques, d\'ambassadeurs et de chefs de Mission accrédités en Haïti, du directeur général de la Police Nationale d\'Haïti et de nombreuses autorités locales. Depuis la visite du Premier ministre canadien en Haïti, M. Paul Martin, le 14 novembre 2004, l\'évangile du dialogue et du compromis est devenu le principal refrain entonné tant en Haïti qu\'à l\'étranger. M. Martin avait convié tous les Haïtiens, quels qu\'ils soient, à se joindre à la table du dialogue en vue de la réconciliation nationale, seule issue, à son avis, pour Haïti de sortir de cette crise vielle d\'environ deux décennies. Cet appel de M. Martin, semble t-il, est tombé dans des oreilles attentives puisque d\'autres voix se sont élevées depuis pour réclamer ce dialogue et Me Alexandre, dans son message en date du 20 décembre 2004 adressé aux militaires démobilsés, avait annoncé pour ce mois de janvier 2005 le début du processus devant aboutir à ce dialogue. « Nous avons trop tardé à nous remettre autour de la table de la fraternité pour épuiser nos querelles et aplanir nos divergences. 2005 parait être le bon moment pour sortir de notre léthargie et de notre isolement. Chacun devra se dépasser, faire le premier pas et le suivant dans l\'intérêt d\'Haïti », a dit samedi Boniface Alexandre aux Gonaïves en présence d\'une assistance locale relativement faible. La population des Gonaïves n\'a pas répondu en foule à l\'invitation de la Présidence. Une partie de l\'assistance a même profité de la présence de la délégation présidentielle pour faire passer ses revendications. Depuis le passage de la tempête tropicale Jeanne sur Gonaïves le 19 septembre dernier, les difficultés des Gonaïviens se sont alourdies. La ville tarde encore à retrouver son visage d\'antan. A cela s\'ajoute la grogne des employés de la voirie des Gonaïves qui réclament plus de dix mois d\'arriérés de salaires. Me Boniface Alexandre, de manière directe, en a profité pour leur annoncer que 2005 sera une année difficile en raison de l\'organisation des prochaines compétitions électorales. Il a par ailleurs fait remarquer que les différentes promesses faites au pays par la communauté internationale n\'ont pas été toutes tenues. Aussi conditionne t-il la tenue des élections, le lancement du dialogue national et le maitien de la paix à la mise à la disposition du gouvernement provisoire de moyens matériels et financiers devant lui permettre de remplir au mieux sa mission. « Elections, dialogue et paix, dit-il, ont tous pour corollaire indispensable les moyens matériels et financiers. 2004 a été l\'année des promesses d\'aides et de supports, puisse enfin que 2005 soit celle de la concrétisation des annonces (...). On nous a beaucoup promis en 2004, en parfaite connaissance de nos faiblesses, de l\'état pitoyable dans lequel le gouvernement a reçu en héritage la barque de l\'Etat et les finances publiques. Dix mois après, il est pénible de constater que l\'aide promise ne se concrétise pas à la hauteur de nos espérances et de nos besoins ». « Pour qu\'il y ait dialogue, paix et élections en 2005, tout en combattant la corruption, les gabegies et la mauvaise utilisation des ressources, il est évident qu\'il faut aussi une infusion de moyens dans plusieurs secteurs et le gouvernement a pour impératif de le faire comprendre à nos amis de la communauté internationale et nous allons le faire tout en utilisant les ressources à notre disposition ».
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