S’il faut quelque peu relativiser l’idée que « l’histoire est un perpétuel recommencement », le rappel des événements qui se sont déroulés en Haïti en janvier 1946 ayant conduit à des commotions sociales et à la chute du gouvernement d’Élie Lescot offre aux historiens et politiques une grille d’analyse d’un intérêt certain.
Connue sous le nom des cinq glorieuses, la période du 7 janvier au 11 janvier a fait vivre à Port-au-Prince des manifestations à répétition, entraînant écoliers, étudiants, travailleurs et opposants politiques dans les rues, pendant qu’une grève générale paralysait le commerce, l’industrie, le transport… Les activités se trouvaient dans les rues de la capitale. L’histoire était en marche. Et les contradictions de la société haïtienne de cette période ont explosé de toutes parts…
Pour saluer la nouvelle année 1946, La Ruche met le feu aux poudres
Sous la plume de René Dépestre, LA RUCHE saluait la nouvelle année en ces termes chargés de sens :
« L’année 1946 arrive ! Nous sommes joyeux de l’accueillir. Elle va être l’année du chant, l’année d’une première victoire sur certaines forces hostiles. Elle le sera même si elle doit être pavée de notre sang ! Il faut que notre chant éclate partout, n’importe comment, qu’elle emprunte la voix des vents, le tumulte de nos torrents, qu’elle projette sur l’écran de nos nuages le drame désespéré des familles qui crèvent de faim, des enfants qui meurent jeunes, rongés par la misère, pour ouvrir les yeux de tous sur la tragédie inquiétante de la classe prolétarienne de notre beau pays !
L’année 1946 sera une année d’expériences fécondes ! On sortira de la banalité quotidienne. Que les mois de l’année aient dans notre esprit des noms qui répondent mieux aux aspirations immédiates de tous les éléments conscients de notre pays. Janvier ne sera plus Janvier mais Justice ; Février, liberté ; Avril s’appellera Délivrance, Mai, Union, etc. »
Les événements se bousculèrent : grèves scolaires et estudiantines, manifestations, mise sur pied d’un Comité de Salut public, grève générale, négociations… Chute du président d’Élie Lescot et de son gouvernement : dissensions dans le camp démocratique, complot de l’oligarchie et de l’armée haïtienne, trahisons, confusion, et finalement le coup d’État militaire du général Paul Eugène Magloire qui donne un coup de frein à ce mouvement des forces démocratiques et populaires initié de manière impétueuse par la jeunesse révolutionnaire de l’époque.
Janvier 2016
Evidemment, la situation politique de ce début 2016 présente des caractéristiques différentes. Il demeure que si on a «le sens de l’histoire », on sera frappé par des analogies significatives. Toujours des revendications pour une démocratie participative véritable ; toujours une forte demande pour l’inclusion des catégories sociales opprimées ; toujours cette soif de la jeunesse populaire à jouer un rôle dans la construction d’une société moins inégalitaire, offrant des opportunités à la connaissance et au travail. Bref, à un changement de paradigme dans la gestion des affaires publiques… Ouvrant ainsi la voie à des transformations profondes du point de vue politique, économique et social.
Soixante-dix (70) ans après les cinq (5) glorieuses de 1946, le combat continu. La lucidité commande de comprendre que l’Histoire (avec un grand H) avance toujours en zigzagant. Il ne faut surtout pas se laisser enivrer… Si le cœur est chaud, la tête doit être froide, même si elle est bouillante d’idées généreuses.
La «Révolution de 1946» 70 ans après
S’il faut quelque peu relativiser l’idée que « l’histoire est un perpétuel recommencement », le rappel des événements qui se sont déroulés en Haïti en janvier 1946 ayant conduit à des commotions sociales et à la chute du gouvernement d’Élie Lescot offre aux historiens et politiques une grille d’analyse d’un intérêt certain.