Bravo messieurs et dames

Publié le 2015-03-18 | lenouvelliste.com

La mobilisation de l’opposition radicale pour renverser le président Michel Joseph Martelly a échoué. Le « manyòk » de Tèt Kale n’a pas pu être arraché de la terre. Plus que la fatigue de ces aventures politiques dont l’objectif est souvent la prise du pouvoir pour assouvir la faim d’un clan, masquer des péchés de corruption, perpétuer le règne de l’impunité…, une bonne partie de la population a exprimé son ras-le-bol en sortant un refrain de Stromae : « Tous les mêmes ». Enfin presque. Ou pas. Parce qu’à toute règle, il y a une exception. Si on évoque cet échec, il y a, de l’autre côté, une victoire : celle de la démocratie. 29 ans après la chute des Duvalier, le peuple, des tuteurs de la communauté internationale, ont tenu bon et rappelé, parfois dans le silence, l’indifférence ou dans des communiqués musclés, que les élections constituent le seul moyen pour renouveler le personnel politique. Pour imparfaites qu’elles soient, les élections, pas encore un sésame pour sortir le peuple du gouffre de la misère, demeurent un acquis. Quand, changeant de stratégie, des opposants radicaux s’inscrivent au CEP pour participer aux prochaines élections, la moquerie n’est pas de mise. Il faut dire « Bravo messieurs et dames ». Il faut donner de petites tapes d’encouragement dans le dos à ces politiques qui s’apprêtent à se soumettre à la décision du souverain, le peuple. Cependant, personne n’est dupe. Aller aux élections, attraper le train en marche est synonyme de survie politique. C’est un calcul, froid, pragmatique. Le temps dira s’ils sont montés sur le terrain pour jouer le match de la démocratie, avec ses règles qui commandent –s’il n’y a pas de fraudes- d’accepter ses échecs, comme on savoure ses victoires. Le temps dira aussi, comme certains peuvent le penser, que ces radicaux pensent qu’il faut embrasser son adversaire pour mieux l’étouffer. Dans ce cas-ci, l’adversaire serait qui ? Certainement pas Michel Martelly qui redeviendra un parmi les siens et ordinaire comme tous. Les plus pressés devront prendre leur mal en patience. L’avenir révélera la vérité des uns et des autres. On saura aussi si le CEP saura être à la hauteur, si les candidats, souvent mauvais perdants, n'en auront fait qu’à leur tête et entraîné Haïti, avec ses 6 millions de pauvres, dans une nouvelle crise… Cela dit, pour faire mentir les mauvais pronostics, il serait bon de distribuer des bravos, sans sarcasmes, sans dépit, mais avec le sentiment que nos politiques finiront cette fois par être à la hauteur. C’est tout le bien que l’on doit se souhaiter.


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