Voter blanc n’est pas nul , mais ce vote ne doit aller à aucun candidat

(Ramon Guillaume) Depuis plus d’une trentaine d’années, nous assistons en spectateurs sublimés à un phénomène qui, de plus en plus, prend la forme d’une tradition constatée dans nos mœurs politiques.

Ramon Guillaume
17 mars 2015 — Lecture : 3 min.
(Ramon Guillaume) Depuis plus d’une trentaine d’années, nous assistons en spectateurs sublimés à un phénomène qui, de plus en plus, prend la forme d’une tradition constatée dans nos mœurs politiques. Il s’agit d’incessantes controverses qui font partie ou sont à l’origine de toutes les tourmentes et tous les obstacles à la réussite de nos élections. Durant les moments forts de notre histoire nationale, après l’Indépendance, nous faisons la démonstration que nous sommes incapables de cacher nos malentendus historiques ou encore de nous en départir. En fait, nous ne faisons que gommer la vraie réalité qui est notre incapacité de pouvoir nous définir nous-mêmes et d’accepter ce nouveau paradigme politique, social et économique qui devra nous conduire à la modernité et à la démocratie réelle. Depuis quelque temps, toutes nos élections ou presque n’ont jamais atteint leur finalité, particulièrement celle de doter le pays de dirigeants démocratiquement élus et non contestés. Est-on en droit d’espérer cette fois-ci que le prochain scrutin va pemettre à la nation tout entière d’inaugurer l’État de droit rêvé? en renouvelant son personnel politique, allant des collectivités territoriales jusqu’à la présidence. À la suite de pénibles et laborieuses césariennes, les leaders politiques, ainsi que la société civile, sans oublier le gouvernement, sont parvenus à ce que l’on convient d’appeler « un strict minimum », suffisamment large pour accompagner le peuple dans ses comices. De son côté, l’opposition dite radicale, écartelée, fait face à une implosion qui est en train de faire perdre à ses géniteurs ce qui leur restait de crédibilité. Elle se retrouve au creux de la vague. En insistant trop sur l’option « rache manyòk », on constate que la seule issue qui lui reste est d’aller aux élections pour au moins sauver les meubles et les ustensiles de cuisine. Même la table de concertation ne sert plus à recevoir les invités. Les mots d’ordre ne sont plus respectés. Quant au CEP de Pierre-Louis Aupont, il se retrouve également dans le collimateur de toutes les forces progressistes du pays. Il faut qu’il livre la marchandise ; puisque le décret électoral lui fournit toutes les provisions nécessaires. Gare aux bulletins blancs! Aucun candidat ne peut en bénéficier. Autant dire que voter blanc n’est pas nul. Les bulletins blancs comptabilisés comptent pour le résultat final qui comprend les votes oui – non – nuls et blancs. En répartissant les bulletins blancs aux candidats, les droits de leurs géniteurs sont bafoués. La seule façon de leur rendre justice est l’organisation d’un troisième tour, après un recomptage. La situation qui prévalait en 2010 ne doit pas se reproduire pour départager les deux vainqueurs n’ayant obtenu la majorité absolue – soit 50% plus un. Cette controverse, à la faveur de laquelle René Préval était élu, prouvait éloquemment l’absence chronique des moyens de l’expression nette, respectée et libre de la volonté populaire majoritaire. Il n’y avait pas de second tour et les bulletins blancs étaient comptabilisés, puis répartis aux candidats au prorata de leurs scores respectifs. Cette solution venait d’un quelconque abysse ou provenait de la suggestion de la « communauté internationale, partie prenante au scrutin ». Pour faciliter cette solution, il avait fallu la présence de plusieurs centaines de personnes à l’hôtel Montana, à l’effet d’exercer des pressions sur le CEP. L’opposition tombe de Charybde en Scylla ; elle est essoufflée et elle évoque la situation de la crise énergétique dont elle exige la baisse du prix du gallon. La population attend les élections pour faire son choix et elle ne se soucie guère des mots d’ordre de grève, des tactiques de suites et des ambitions mal calculées par une opposition émiettée et sans âme, avec comme armes la sédition et l’insécurité.