Les oiseaux d’Haïti dans le regard de René Durocher

René Durocher a livré l'année dernière le volume I de « Les oiseaux d’Haïti ». Un deuxième album de photographies pourra suivre. Financé par plusieurs institutions – la Banque de la République d’Haïti, la Fondation connaissance et liberté (FOKAL), la société Audubon Haïti, Eko Ayiti, pour ne citer que celles-là –, l’homme est sur les rails de la découverte de nos oiseaux. Il peut nourrir l'ambition de réaliser un inventaire de la faune aviaire de l’île.

Publié le 2015-03-16 | Le Nouvelliste

Claude Bernard Sérant Plus de 70 oiseaux saisis dans le viseur de René Durocher animent les pages du 1er volume de « Les oiseaux d’Haïti ». Un album photos de la population ailée qui chante dans nos rêves en couleur. Cet ouvrage entre les mains du lecteur est un volume d’images de bonheur, 143 pages d’un concentré de richesses de la faune d’Haïti qu’un écologiste résolu a voulu montrer sous de meilleurs angles. Le coup d’œil rapide, la main preste, René Durocher photographie les oiseaux. Un sujet difficile. Il faut avoir de la patience pour s’approcher d’un tangara aux yeux rouges, un mango doré (wanga nègès), une buse à queue rousse, un solitaire siffleur et mettre suffisamment à point le réglage pour saisir ce sujet qui bouge constamment dans son habitat de feuillage. Une volée d’oiseaux dans le viseur Il faut avoir une vision derrière le viseur, un sens de l’image pour composer une histoire qui fait découvrir – le merle vantard (kwèt kwèt), l’esclave palmiste (zwazo palmis), le solitaire siffleur (mizisyen), le tyran à tête de police (pipirit tèt lapolis), le bec croisé d’Hispaniola (bèk kwaze), – « les oiseaux natifs de chez nous et qui, parfois, n’existent nulle part ailleurs sur terre », comme le souligne Edmond Magny, le doyen de la faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement à l’Université Quisquéya qui salue le travail de Durocher. « Notre pays fait partie des points chauds ou ‘’hotspots’’ de la biodiversité mondiale. Cela veut dire que nous avons encore des ressources inestimables et uniques au monde qu’il convient de protéger… avant qu’il ne soit trop tard ! », prévient le doyen, extasié devant tant de beautés et de richesses que recèle l’ouvrage d’un chasseur d’images. Photographe d’action, Durocher se rend sur le terrain, se place au bon endroit et capte au bon moment les oiseaux du pays dans leur attitude favorable ; autrement dit, au cours de leurs poses et dans leurs activités quotidiennes. Toute sa maîtrise dans l’art de la composition de l’image se détermine dans sa manière de présenter le sujet. Les résultats sont intéressants dans sa technique de cadrer les malfinis en plein vol, les karanklou (urubus à tête rouge ) déployés sur des carrés de ciel. La résolution des photographies est là dans le vol gracieux de la sterne royale et de la lumière du soleil qui caresse discrètement leurs ailes. La lumière crée l’atmosphère dans ces paysages mettant en valeur les plantes, les couleurs flamboyantes des individus de la population aviaire. Le sèpantye, de son nom scientifique melanerpes striatus, flamboie comme un roi de carnaval dans son habitat. Il sait utiliser la lumière pour faire jouer les contrastes et mettre en valeur le motif principal. Les ballets virevoltants de l’oiseau-mouche et du wanga nègès. Ces spécimens rares sur l’île guident l’œil sur les plantes qui embellissent le paysage. Pour Viviane Julien, l’une des personnes ressources qui ont aidé à la réalisation de cet ouvrage, « Ce peuple des airs se retrouve dans tous les microclimats de notre île. Malgré le braconnage, la chasse et la détérioration de leurs habitats naturels, nous avons encore des trésors biologiques, un patrimoine pour notre prospérité et pour un monde à protéger ». À travers l’histoire que racontent Les oiseaux d’Haïti, Durocher fait ressortir aussi les traits de nos montagnes ''tèt gridap'', témoignage puissant de l’abandon du pays à lui-même et des ravages du déboisement. En montrant une volée de canards d’Amérique connus sous le nom de kana tèt blanch, l’objectif du photographe prend le parti de mettre en relief une image de désolation du pays dans cet album qui rend si bien des carrés d’espace présentant Haïti autrement. L’ouvrage sur les oiseaux d’Haïti est un voyage dans le regard de Durocher. Dans sa lentille se lit un objectif : le rêve possible d’une autre Haïti.
Ses derniers articles

Réagir à cet article