La vérité sur le déroulement de la cérémonie du Bois-Caïman ou Bwa Kay Imam demeure une page bien gardée par le Livre de l'histoire. Dans son essence, cette cérémonie demeure le symbole de la prise de conscience d'un collectif d'individus devenue souffle et énergie salvateurs.
La cérémonie du Bois-Caïman ou Bwa Kay Imam, son déroulement et l'identité des participants subsistent dans la mémoire du peuple d'Haïti, selon l'éducation et les croyances de chacun. Un détail demeure cependant incontournable et irrémédiablement inscrit dans la chronique des nations. La cérémonie du Bois-Caïman a écrit les premières lignes de la liberté des Noirs. Cette célébration de la puissance d'un groupe de marrons ayant décidé de tout mettre en oeuvre pour éradiquer l'esclavage à Saint-Domingue a été un aboutissement en lui-même, le point de ralliement de tous les faisceaux de détermination libertaire.
Le Bois-Caïman fut simultanément aboutissement et point de départ. L'aboutissement d'un éveil de la conscience individuelle qui a fusionné pour constituer une conscience collective permettant la résurgence de la dignité humaine des asservis. Les marrons de Saint-Domingue atteignirent le point de maturité décisif pour construire le momentum et oeuvrer vers un changement radical de leur inacceptable condition. Si cette énergie a reflété la fureur combien justifiée des esclaves par leurs poings armés de feu et de fer, certains tentent de rabattre la cérémonie du Bois-Caïman au rang de pacte avec les dieux du culte vaudou. Cette démarche révèle cependant la terreur qu'inspirent les forces occultes puissantes investies dans une telle cérémonie à celles combattant la lumière.
Il est nettement plus facile de mettre une réalisation aussi extraordinaire sur le compte du malin ou de la magie noire, au lieu d'accorder crédit à la volonté d'un groupe d'hommes décidés à vivre libre ou mourir. Certains poussent leur audace jusqu'à assimiler le Bois-Caïman à un conte de l'imaginaire, au folklore haïtien. Cette tactique lâche serait la résultante d'une volonté de banaliser notre capacité de mobilisation à partir de nos croyances religieuses ancestrales et de nos forces conjuguées. Ceci relève d'une mascarade adoptée par certains adeptes de cultes réformés branlants et soucieux de prendre position par rapport aux forces vaudoues.
La cérémonie du Bois-Caïman quelle que soit la version adoptée ou acceptée représente un exemple de la volonté du peuple haïtien de rompre ses chaînes palpables ou invisibles. L'esclavage n'est pas seulement le fait de ne pas être maître de soi-même et de ses actions, mais aussi de vivre en constante dépendance de la charité des autres nations, tributaires d'un sempiternel assistanat à tous les niveaux: aide alimentaire, aide institutionnelle, aide administrative, aide religieuse. Puisque le 12 janvier 2010 constitue un nouveau point de départ dans notre histoire contemporaine, nous sommes en mesure d'affirmer que cette catastrophe a scellé notre dépendance en facilitant l'infiltration et l'envahissement des organisations non gouvernementales dans nos structures déjà affaiblies par une perpétuelle mauvaise gouvernance exercée par les gouvernements successifs assujettis à la communauté internationale. Il n'y a pas grande différence entre l'esclavagisme colonial du XVIIIe siècle et le néo-colonialisme appliqué par le consortium des grandes puissances présentes aujourd'hui en Haïti.
L'anniversaire de la cérémonie du Bois-Caïman devrait être un questionnement pour chaque Haïtien soucieux de recouvrer notre dignité nationale fissurée dans ses fondations pourtant solides. Des fondations au mortier enrichi du sang des marrons du Bois-Caïman, des esclaves rebelles et de tous ceux qui osèrent dire non à l'exploitation de l'homme par l'homme, consacrèrent Haïti la première République noire indépendante du monde.
Si la couleur de l'épiderme a autrefois constitué une base pour courber un peuple sous le joug d'un autre peuple, la misère du peuple haïtien ouvre et garde ouverte la porte à tous les abus, toutes les exploitations et toutes les aberrations. Ayons le courage de reconnaître le rôle et les bienfaits du vaudou dans notre histoire. Cessons de renier nos origines et nos appartenances au vaudou, culte hérité de nos ancêtres africains et «indiens».
Levons le front vers le soleil et demandons au Dieu unique, quel que soit son nom, aux entités servant notre patrie, d'intercéder auprès de l'Astral afin que l'énergie libératrice transcende les ténèbres et l'égarement, nous traverse et ouvre nos yeux.
Par la puissance des esprits maîtres de Ayiti Kiskeya Boyo. Avec les pouvoirs naturels des descendants Fran Guinen, Prenons exemple et courage sur nos dignes ancêtres. Conspuons l'ingérence étrangère, la mauvaise gouvernance, les pratiques arbitraires, la misère sous toutes ses formes.
Faisons un Bois-Caïman autrement libérateur. Ayibobo.
La nécessité d'un Bois-Caïman autrement libérateur pour les Haïtiens
La vérité sur le déroulement de la cérémonie du Bois-Caïman ou Bwa Kay Imam demeure une page bien gardée par le Livre de l'histoire.