Sault du Baril: entre richesse naturelle et misère économique!

Publié le 2012-07-17 | Le Nouvelliste

En sortant de la capitale, à destination d’Anse-à-Veau, à 127 km au sud de Port-au-Prince, ce qui étonne le plus les visiteurs, ce n’est pas les mouvements ondulatoires des vagues de la mer à Petite Rivière-de-Nippes, ni les bruits assourdissants des motards, encore moins les refrains mélodieux des MadanSara qui exhibent leurs produits. Ce n’est pas non plus les bananiers dont les feuillages saluent les passants, ni la verdure de l’environnement qui concurrence en beauté la mer, mais une cascade : Sault du Baril, d'où jaillit l’eau à une hauteur avoisinant les vingt mètres, dans la section communale portant le même nom. Une merveille de la nature qui suscite l’admiration. Cependant, cette apparence de richesse naturelle cache une réalité criante de pauvreté et de dénuement total.

Voyage avec Ladenson Fleurival

Sault du Baril est d’abord et avant tout  une section communale de la commune d’Anse-à-Veau, peuplée d’environ 15 000 habitants. C’est aussi une chute d’eau qui fait la fierté de la communauté. Quatre figuiers sous les racines desquels s’infiltre l’eau, complètent le décor. Le feuillage donne de l’ombre aux visiteurs. Le lieu procure un sentiment de quiétude et de sérénité.

Au mapou géant est accrochée une croix  surmontée d’un ruban bleu.Ce qui laisse croire que d’autres activités s’organisent dans l’espace. D’ailleurs, ce n’est pas Réginald Paul qui dirait le contraire. Selon le gaillard de 28 ans qui se donne pour tâche d’assurer le nettoyage du milieu, « des touristes y viennent de partout pour des raisons diverses ».

Des pèlerins venus de partout se rendent à Sault du Baril pour prier, des initiés pour des cérémonies vaudou, d’autres personnes sont venues pour des bains de chance, alors que les plus curieux sont motivés par l’idée d’une nouvelle découverte.

À bien regarder, Réginald Paul semble avoir raison. En plus de bougies usagées, de  bouteilles d’alcool et de  brûlis, l’arbre cache en son tronc un balai, élément non moins symbolique dans la croyance populaire en Haïti.« Ceux qui organisent des cérémonies vaudou sont souvent possédés par des loas », confie notre interlocuteur.   

« L’eau a des vertus guérisseuses, en plus de porter chance aux visiteurs, qui, en retour, font des dons à la communauté.« Pèleren vin benyen la toutan pou jwenn gerizon pou maladi ki pa ka trete », renchérit Réginald Paul.

Par ailleurs, la section communale compte plusieurs cascades.En plus de la principale, d’autres chutes de proximité émerveillent les visiteurs. C’est avec une rare fierté que les fils de la section parlent de cette richesse naturelle.

Néanmoins, la réalité sociale et économique des habitants de Sault du Baril contraste  avec les potentialités de la section. A la limite de cette merveille dont la valeur reste encore à estimer, la population vit dans une pauvreté extrême.

Découverte

Arrivé au pied de la paroisse Saint-Yves/Saint-Joachin, à Sault du Baril, la première impression, c’est une zone abandonnée, dépourvue d’infrastructures. D’ailleurs, il faut beaucoup de courage et de détermination pour braver les pentes raides, la chaussée défoncée et les nombreuses « pas dlo », pour atteindre la destination.

L’exclusion condamne à la pauvreté la quasi-totalité des habitants de la section communale. Il n’y a pas de constructions de grande envergure ni d’entreprises commerciales qui pourraient favoriser le développement. L'habitat à Sault du Baril est constitué d’un ensemble de réduits dont le toit est en chaume ou en tôle. Même le bâtiment paroissial n’est pas épargné par cet état de dénuement total. En effet, le symbole de l’Eglise catholique romaine se trouve dans un piteux état.

Le village manque de beaucoup de choses. Pas besoin d’aller loin pour croiser tout ce vide avilissant à l’intérieur de ces taudis, somme toute,d’un autre temps.Cependant, il n’y a aucun sentiment de violence ni d’hostilité dans les regards, lesquels sont, de préférence, accueillants et respectueux.

Les nuits sont silencieuses à Sault du Baril. Comme l’électricité y fait défaut, il n’y a pas cette lueur qui prend forme dans l’immensité du noir.

Il n’y a pas de station de radio ni de télévision. L’internet ? A peine si la population en entend parler. L’eau traitée n’est pas disponible. Ceux qui ne veulent pas boire de l’eau de source doivent se rendre à Miragoâne.

L’organisation de la vie

À Sault du Baril, un Asec et un Casec assurent à eux deux l’autorité de l’État.         

En ce qui a trait à la communication, les compagnies de téléphonie mobile - Voilà, Digicel, Natcom - n’ont pas de représentation dans la localité. La liaison téléphonique comme routière est très difficile.Il n’y a pas de club ni de disco dans la communauté.

Environ six(6) centres scolaires, dont une école nationale et une école presbytérale, assurent la formation des enfants au niveau primaire dans la communauté. Au-delà de la 6e année fondamentale, les écoliers doivent se rendre soit à Miragoâne,  soit à Anse-à-Veau pour continuer à recevoir le pain de l’instruction. Les ressources manquent terriblement dans la section, ce qui porte les citoyens à attirer l’attention sur leur situation :

«Sault du Baril est une zone oubliée. L’agriculture de subsistance qu’on y pratique, ne permet plus de nourrir les 15 000 âmes qui habitent la section. Dans le temps, la terre pouvait donner à manger à toute la communauté, maintenant ce n'est plus le cas », regrette Jean-Claude Rousseau. S’il est vrai qu’il y a une rivière qui traverse la section, cependant sa configuration géographique - des montagnes de toutes parts - empêche d’arroser les terres cultivables.

Malgré tout, la région produit du véritable, du maïs, du petit mil, des fruits et des légumes.

Par ailleurs, Jean-Claude Rousseau laisse croire que dans le temps, la section était très boisée. Il y a à peine un peu plus de deux décennies que des hommes à machette ont décidé d’abattre les arbres en vue de faire du charbon de bois. Une sorte de palliatif à la misère. De tout cela, heureusement, se réjouit Rousseau, « Sault du Baril demeure la région qui présente encore la meilleure couverture végétale dans tout le département des Nippes ».

Le curé de la double paroisse Saint- Yves/Saint-Joachin, Julien Almonacy, fait le même constat. «En dépit de la coupe des arbres, je note qu’il y a plus d’espaces verts   ici que partout ailleurs dans les Nippes », avance-t-il.

En plus de sa mission de berger, le leader religieux participe à des actions communautaires.« Depuis notre arrivée dans la communauté en 2008, nous avions construit une école primaire, assuré la formation des jeunes, et fondé la double paroisse Saint-Yves/Saint-Joachin en 2010. L’église est un sanctuaire où des pèlerins viennent se recueillir quotidiennement et à n’importe quelle heure de la journée », soutient le clergé.

Les fêtes patronales sont célébrées le 19 mai pour la Saint-Yves, et le 19 août pour la Saint-Joachin. Ces deux manifestations constituent, avec le roi, le 6 janvier, les principaux évènements dans la communauté.  Pendant ces périodes, les visiteurs arrivent en « grande quantité », nous dit le père Almonacy.

Par ailleurs, le sport constitue la principale attraction des jeunes et des moins jeunes. Les grands se consolent avec des gaguères qui fonctionement à des horaires distincts.

En dépit de ces difficultés de toutes sortes, les habitants croient que la section peut aspirer au développement. C’est une localité vierge. On peut y promouvoir le tourisme, vu les nombreuses ressources naturelles. 

 

NB : Ce texte participe au programme de promotion du tourisme local, initié par le magazine créole BON NOUVEL

Ladenson Fleurival fleurival15@yahoo.fr Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".