Non ! Le titre est mal choisi car, pour qu'il y ait cauchemar, il faut qu'il y ait sommeil. Et cela est impossible aux résidents de la Tête de l'Eau et des rues à l'entour, les nuits de karaoké et les cinq autres nuits où le Garden Studio fonctionne.
« Du plaisir, on en cherche toujours », écrit la chroniqueuse. A quoi le voisinage répond : « Du repos, on en cherche désespérément et on en manque tout au cours de la semaine. » La file de luxueuses voitures, avec son pourcentage « U.N » et ONG internationales, on connait ! Et on connait aussi les entraves à la libre circulation lorsque l'entrée de sa résidence est attribuée comme espace de parking par les diligents commis du Garden Studio.
L'attention est aussi attirée par « un bruit de musique », nous dit-on. Bruit et musique. Deux termes qu'en tout autre contexte j'aurais refusé d'accoler. Mais au-delà d'un certain nombre de décibels, c'est effectivement de bruit et de tapage nocturne qu'il convient de parler. Dans cette ambiance, indique la chroniqueuse, « on ne se gêne pas ». Pourquoi le ferait-on quand il est si simple de gêner les autres ? « On hèle, on s'égosille, on s'époumone ». Pourquoi pas ? Mais faut-il l'amplifier pour l'imposer à tout un quartier ?
On peut désirer que « la voix enrouée, cassée, usée dont on n'est pas fière en temps normal » déborde le cadre restreint de sa salle de bain. Qu'on le fasse entre amis et personnes consentantes ! Mais de quoi veut-on punir les habitants de la Tête de l'Eau en leur infligeant toutes les nuits du mardi ce tintamarre et cette cacophonie ?
« On est libre de faire ce qu'on veut » précise Winnie H. Gabriel. Hélas, non ! On n'est pas libre d'échapper à ces stridulations hebdomadaires amplifiées, pas libre de dormir. Et quand elle décrète « C'est bientôt l'heure de partir », encore une fois, c'est non. On ne peut pas partir quand on a le tort d'habiter le quartier. On doit attendre le bon vouloir du Garden Studio...vers deux, trois heures du matin ou plus.
Et au « Demain je recommence à travailler. Tranquillement.... Joyeusement », les professionnels et travailleurs de toutes catégories, ainsi que les écoliers, qui n'ont pu ni réviser en vue des examens ni dormir durant la nuit, répondent en un soupir accablé : « Une nouvelle journée de travail commence. Est-ce que je tiendrai jusqu'au bout ? »
Un grand merci à Winnie H. Gabriel qui, par son témoignage enthousiaste du 14 juin, m'a offert l'occasion de présenter l'autre face de la médaille : le calvaire que nous gravissons depuis six mois. Six mois que certains fêtent bruyamment cette nuit du 15 juin, tandis qu'incapable de m'endormir, je compose le premier jet de cet articulet.
« Mardi soir en chantant »...ou... les cauchemars du mardi soir ?
Non ! Le titre est mal choisi car, pour qu'il y ait cauchemar, il faut qu'il y ait sommeil.