Discours de Myrtha Désulmé au Conseil de sécurité

Publié le 2021-10-21 | lenouvelliste.com

Son Excellence Madame l'Ambassadeure, Représentante permanente de Saint-Vincent-et-les Grenadines, Rhonda King, merci pour l'invitation à cette réunion de formule Arria du Conseil de sécurité sur mon pays, Haïti. Son Excellence Martin Kimani, Président et Représentant permanent du Kenya. Excellences, Mesdames et Messieurs, mes salutations à tous. Merci à l'A3+1 d'avoir convoqué cette réunion. J’adresse aussi un remerciement spécial au Premier Ministre l'Honorable Dr Ralph Gonsalves, dont le dévouement infatigable à la cause du peuple haïtien a été la force motrice de cette noble initiative.

J'ai choisi de répondre à la question posée dans votre note conceptuelle invitant des suggestions sur la meilleure façon d’appuyer et de renforcer le Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti connu sous le nom de BINUH, pour le rendre plus efficace, plus adaptable aux circonstances du pays, et capable de trouver des solutions pour Haïti.

Haïti est un membre fondateur de l'ONU, qui a eu à faciliter l'indépendance de nombreux pays africains. La relation de l'ONU avec cet État membre devrait être transformée d’urgence en un partenariat respectueux, qui soit réellement à la hauteur de son mandat de soutien aux objectifs de développement à long terme d'Haïti sous la direction des autorités nationales. La mission de l'ONU prétend «renforcer la stabilité politique, la bonne gouvernance, et l'état de droit». Mais ce que nous avons constaté au cours des 17 dernières années qui se sont déroulées sous le contrôle de l'ONU, est qu'Haïti est devenu un État failli, plongé dans l'effondrement institutionnel; une dictature dirigée par des chefs de gangs devenus des seigneurs de guerre, tantôt loués par des officiels de l'ONU; des populations déplacées, fuyant les massacres et le chaos; le premier assassinat d'un chef d'État dans l'hémisphère au cours des 50 dernières années, et un déferlement interminable de réfugiés qui entreprennent quotidiennement la randonnée suicidaire dans une recherche désespérée pour trouver à tout prix et n'importe où, une vie pour leurs enfants, mais qui sont accueillis avec la plus grande brutalité par les puissances hégémoniques qui ont elles- mêmes rendu leur pays invivable. A ce propos, nous sollicitons la solidarité internationale avec ces réfugiés, et l'arrêt des déportations massives et inhumaines.

Le problème fondamental d’Haïti est que la Convention de Vienne ne semble pas y appliquer.  L'ingérence étrangère dans les affaires d'Haïti, y compris l’imposition et le truquage d’élections, le soutien aux gouvernements corrompus, et le fait de fermer les yeux sur l'autoritarisme, sont devenus la norme. Le BINUH pourrait être plus efficace en soutenant les efforts de la société civile pour un dialogue national inter-haïtien inclusif, qui permette au peuple haïtien de recouvrer sa souveraineté. Comme indiqué dans votre note conceptuelle à juste titre, les Haïtiens ont démontré qu'ils sont capables de s'approprier leurs défis. La Commission à la Recherche d’une Solution Haïtienne à la Crise, à force de travail acharné et de consultations nationales diligentes et approfondies, a réuni le plus grand nombre de membres de la société civile et d’acteurs politiques dans sa marche vers la mise en place d'un gouvernement provisoire de 2 ans, qui stabilisera le climat sociopolitique, reconstruira les institutions haïtiennes, organisera une conférence nationale, et créera les conditions propices pour la tenue d'élections véritablement libres, équitables, transparentes, crédibles et démocratiques, qui refléteront la véritable volonté du peuple haïtien. Des leaders compétents, patriotes, intègres, qui ne provoqueront plus de protestations et d'instabilité, seront élus pour œuvrer à l'avancement du peuple haïtien. La Commission défend ce que défendaient dans ses beaux jours les Nations Unies, lorsqu'elles furent fondées pour protéger et promouvoir les droits de l'homme, la paix, et la stabilité. Nous exhortons l'ONU à revenir sur cette voie de la droiture, qui non seulement élèvera le peuple haïtien, mais aidera à restaurer l'ONU à son statut sacré de premier défenseur de la dignité humaine.

Il est tout à fait approprié que cette rencontre recherche des solutions et des voies panafricaines, car cette lutte ne concerne pas seulement Haïti. En cette décennie des Nations Unies consacrée aux personnes d'ascendance africaine, où 34 pays ont boycotté la commémoration de la Déclaration de Durban, nous en sommes venus à constater que la lutte panafricaine pour le droit à l'autodétermination et à la dignité humaine est une lutte mondiale, et Haïti en est le creuset. Haïti est au cœur du lien entre l'Afrique et le Nouveau Monde, et cette bataille épique pour une véritable émancipation ne peut être gagnée que par la réunification de l'Afrique avec ses enfants. Bien que le cas d'Haïti soit le plus extrême, toutes les nations africaines et caribéennes partagent l'expérience de la violence coloniale et néocoloniale, de l’imposition de politiques ratées et destructrices, qui ont entrainé la faillite, déplacé leurs citoyens, les dépossédant de leurs terres, provoquant des souffrances indicibles, des famines artificielles, et d'innombrables catastrophes naturelles et d’origine humaine. Nous demandons à la CARICOM, à l'Union Africaine, et à toutes les nations bien pensantes, d'être nos alliés dans cette lutte de vie ou de mort pour la survie d'une nation martyre, dont le seul péché est d'avoir tant légué au monde en inventant littéralement les droits de l'Homme, en étant pionnière des cycles d'émancipation et de décolonisation, et en répandant la liberté et l'inspiration bien au-delà de ses frontières.

Merci

15 octobre, 2021

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