« Le Conseil de Paix de Donald Trump scelle-t-il la mort de l’organisation des Nations Unies (ONU) ? »

« Le Conseil de Paix de Donald Trump : malaise, symptôme ou mort clinique de l’ONU… scepticisme ou changement de paradigme… » Introduction Dès sa création, en 1945, par la charte de San Francisco, l’Organisation des Nations Unies (l’ONU) a su incarner la structure centrale du multilatéralisme.

Jean-Raymond EXUMÉ
04 mars 2026 — Lecture : 8 min.
« Le Conseil de Paix de Donald Trump scelle-t-il la mort de l’organisation des Nations Unies (ONU) ? »

Donald Trump et les autres leaders présentant le Conseil de Paix

« Le Conseil de Paix de Donald Trump : malaise, symptôme ou mort clinique de l’ONU… scepticisme ou changement de paradigme… »

Introduction

Dès sa création, en 1945, par la charte de San Francisco, l’Organisation des Nations Unies (l’ONU) a su incarner la structure centrale du multilatéralisme. Son manque de leadership est souvent pointé du doigt et sa confrontation à de multiples crises insolvables- échecs d’intervention, paralysie du Conseil de Sécurité, critiques de légitimité- est de plus en plus contestée comme acteur principal de la paix mondiale. Une manifestation récente de cette contestation est l’émergence du « Board of Peace » (Conseil de Paix) proposé par le président américain, Donald Trump, et soutenu par de nombreux États lors du sommet du Forum Économique tenu à Davos (Suisse). Cette initiative internationale personnelle et privée, aux structures hors-normes (inhabituelles) et à la portée potentiellement concurrente de l’ONU, suscite un véritable et intense débat parmi des juristes, diplomates et hommes politiques. Peut-on parler à ce stade d’un « acte de décès » de l’ONU ou s’agit-il tout simplement d’une évolution instrumentale du système international?

L’objectif de cet article, n’est pas de faire un procès d’intention à l’initiative de Monsieur Trump, mais justement d’évaluer cette question en trois (3) étapes : d’abord, situer le contexte institutionnel et politique du Conseil de paix; ensuite, analyser les répercussions sur la légitimité et le rôle central de l’ONU; enfin, proposer une conclusion synthétique sur la portée réelle de cette initiative.

Contexte et genèse du « Conseil de Paix »

« Origines et déclaration politique »

Le « Board of peace » a été proposé en 2025 par Monsieur Donald Trump comme une nouvelle structure internationale indépendante visant à promouvoir la paix et la résolution des conflits. Selon les déclarations publiques, ce présomptueux conseil aurait pour objectif de renforcer la stabilité, restaurer une gouvernance fiable et, à la fois, garantir une paix durable dans les zones de conflits -explicitement dans la bande de Gaza- mais potentiellement au-delà. La création officielle a été annoncée dès janvier 2026, dans un contexte où Trump a affirmé : « Les Nations Unies ne m’ont jamais aidé ».

L’idée, selon Monsieur Trump, serait que ce conseil puisse remplacer l’ONU comme cadre principal de gouvernance de la paix mondiale. Si on essaiera de lire entre les lignes, il faut comprendre sans se faire d’illusion, que la paix réelle dont tout le monde (beaucoup) rêve depuis longtemps  (périodes : 1914-1918; l’Entre-Deux-guerres et 1939-1945) ne pourrait venir que par la volonté d’un seul homme, d’une seule super puissance.

De cette lecture politique, surgit une question : Quid de la structure dudit Conseil de Paix et de son mode de financement?

À bien regarder, l’initiative de créer ce conseil est nettement différente des institutions onusiennes traditionnelles de par sa structure qui est à la fois privée et hautement personnalisée. La participation à ce conseil est déterminée de manière unilatérale par Donald Trump, qui occupe un rôle de président à vie de l’organisation. Aussi, pour y être admis et obtenir un siège permanent, il faut verser un (1) milliard de dollars; ce qui, bien sûr, constitue un mode de financement inédit dans l’histoire des organisations internationales et en même temps, une rupture avec les mécanismes de contribution volontaire ou obligatoire (annuelle) des nations membres de l’Organisation des Nations Unies.

Drôle de coïncidence, le « Conseil de paix est loin d’être extérieur à l’ONU, puisqu’à la fin de l’année (17 novembre 2025) une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies  (Résolution/2803/2025) a approuvé ce plan de paix concocté par le Président américain pour Gaza et ce, de surcroit, encourage l’établissement d’un organe international impliqué dans la transition et la stabilisation du territoire après des années de conflit. Cette résolution, rappelons-le, a été adoptée à une large majorité malgré l’abstention des grandes puissances.

Cette interaction avec le Conseil de Sécurité Permanent (CSP) de l’ONU dénote sans ambages une reconfiguration de la gouvernance mondiale qui soulève l’ambiguïté technico-structurelle de l’organisation à vocation universelle en terme comportement. D’où la question qui s’ensuit : est-ce une remise en cause pure et nette de l’ONU ou une complémentarité avec l’organisation? Cette question s’appuie en effet, sur les nombreuses critiques et les incessants défis structurels dont certains détracteurs de l’ONU mettent au-devant de la scène, pour parler du déclin qui vient jeter de l’ombre sur le mode de fonctionnement de l’organisation.

Ainsi, depuis plusieurs années, l’ONU fait face à de sérieuses critiques portant sur l’inefficacité de certains de ses organes dans la prévention ou la résolution de conflits majeurs. Les interventions en Syrie, en Ukraine ou en Éthiopie montrent des limites politiques et opérationnelles, exacerbées toutefois, par l’absence de consensus entre les membres permanents du Conseil de Sécurité. Dans cette optique, le débat académique contemporain met en lumière un risque de perte de légitimité si l’organisation n’arrive pas à s’adapter aux réalités géopolitiques contemporaines intimement liées aux intérêts des États membres.

Cela dit, les missions de maintien de la paix, qui ont toujours été historiquement un pilier central du rôle de l’ONU, restent et demeurent actives dans de nombreuses régions mais souffrent de déficits logistiques, de financement et de divisions politiques parmi les États membres. Les responsables onusiens pour leur part, soulignent la nécessité d’une volonté politique renouvelée pour conserver l’efficacité de ces structures là où tous les analystes ou commentateurs de politique internationale paraissent dubitatifs, quant à la capacité réelle de l’ONU à maintenir la paix. D’où la question : « Le « Board of Peace » en son état, arrive-t-il comme une alternative ou un complément concurrent à l’Organisation des Nations Unies »

À l’origine, les promoteurs du « conseil de paix » défendent l’idée que l’ONU est trop lente, bureaucratique et politisée, et qu’une nouvelle structure, à leurs yeux, pourrait résoudre plus efficacement les crises. Pour ces faiseurs de paix, il s’agit d’un argumentaire récurrent dans une partie de la littérature sur la réforme des organisations internationales. Aussi, faudrait-il voir et comprendre que face à un ordre mondial plus multipolaire et conditionné par des enjeux géopolitiques complexes et variables, des formes alternatives plus flexibles apparaissent ou émergent en toute évidence.

Cependant, moult analystes observent que ce conseil, dans sa forme actuelle, manque de fondement juridique international clair et repose sur des alliances politiques temporaires plutôt que sur des normes universelles. En outre, sa dépendance à un leadership individuel élimine le principe de participation démocratique caractéristique des institutions multilatérales traditionnelles.

De toute évidence, il s’ensuit qu’un potentiel élément concurrent pourrait avoir à moyen ou long terme un impact réel sur le rôle central qui fut dévolu par la Charte de San Francisco à l’ONU en 1945. Dès lors, si tel serait le cas, des risques de fragmentation apparaitraient au sein du système international. Pour étayer cette crainte ou ce constat lancé comme un cri d’alarme, nous voyons que l’un des dangers assez souvent évoqués par les critiques est que l’émergence de structures concurrentes comme le « Board of Peace » puisse fragmenter davantage le système international, renforçant ainsi des logiques de coalitions informelles plutôt que le multilatéralisme universel. Dans ce scénario, l’ONU ne perdrait pas de substance physique, mais sa centralité normative et politique en sortirait affaiblie. Ce qui, bien sûr, emmènerait les grands États à privilégier des coalitions alternatives pour résoudre éventuellement des questions de paix et de sécurité.

Ce comportement redondant qui tend à morceler les institutions internationales n’a qu’un seul but : aggraver les tensions liées au financement des opérations de paix ou à la légitimité des interventions internationales engendrant des rivalités entre mandats ou des fantômes institutionnels.

En faisant une introspection relative à l’importance de l’ONU, on peut sans ambages situer certaines évolutions dans une perspective pragmatique. Parce que malgré les nombreuses critiques et pressions à l’encontre de cette institution multilatérale, elle maintient et joue encore à date un rôle majeur sur la scène mondiale. Nous voulons pour preuve, la conservation de certains avantages structurels non négligeables tels que : l’universalité de l’adhésion (193 États membres); donc, c’est la tribune diplomatique la plus inclusive. Côté mandats juridiques, nous voyons que les Résolutions du Conseil de Sécurité Permanent (CSP) sont obligatoires (elles ont force contraignante et possèdent une autorité juridique reconnue et admise en droit international.

En termes opérations, l’ONU est unique. La logistique, l’expertise technique et les réseaux déployés dans les missions sur le terrain parlent d’eux-mêmes. Par ailleurs, et c’est une évidence, les critiques auxquelles fait face l’ONU quotidiennement n’ont rien enlevé à sa position de leadership mondial en matière de paix. L’institution est souvent sollicitée pour favoriser la légitimité internationale d’actions complexes, comme les processus de paix multipartites ou l’aide humanitaire.

Conclusion

L’hypothèse selon laquelle le « Conseil de Paix » de Donald Trump scelle la mort physique de l’ONU par asphyxie est, à bien des égards, un peu exagérée. Elle ne va, toute proportion gardée, pas s’effacer de la scène mondiale du jour au lendemain sous l’effet d’une seule initiative, même si celle-ci est portée par une puissance mondiale. Par contre, ce Conseil incarne une tendance significative du système international contemporain : la montée de solutions de rechange au multilatéralisme traditionnel, motivée par la frustration face aux lenteurs décisionnelles et aux blocages récurrents et systématiques des institutions.

D’un point de vue réaliste et, à la fois systémique, mondialement, on aperçoit que l’ONU entre dans une période de reconfiguration active, où sa centralité même contestée, n’est pas nécessairement rejetée. Cependant, nonobstant sa déconfiture en matière de paix fait boule de neige, il faut reconnaitre que l’avenir de cette institution à vocation universelle dépendra justement de sa capacité à se réformer en profondeur, c’est-à-dire à repenser ses structures; puis essayer de renforcer sa légitimité politique tout en s’adaptant aux nouvelles réalités géopolitiques du XXIe siècle.

Dans  ce processus, de l’avis de plus d’un, des structures comme le « Board of Peace » pourraient se fondre dans un système plus large et complémentaire, ou persister en parallèle, augmentant ainsi, la complexité institutionnelle du système international.

Jean-Raymond EXUMÉ,

Professeur des Universités

Spécialiste des Relations Internationales

Bibliographie sélective

  1. Reuters/The Guardian/Financial Times (2026)- Couverture des développements autour du Board of Peace et des réponses internationales, offrant un panorama des positions des États et des implications pour l’ONU.
  2. Article du Council on Foreign Relations (2026)- Analyse du rôle autour du Conseil de Sécurité et des missions de paix de l’ONU, indispensables pour comprendre les défis structurels actuels.
  3. Document ONU Genève (2025)- Rapport interne sur le maintien de la paix et les défis opérationnels, contextualisant l’utilité actuelle des opérations onusiennes.
  4. Résolutions et Communiqués du Conseil de Sécurité (Documents officiels ONU)- Textes légaux et débats sur l’adaptation des opérations de paix.
  5. Analyse Foreign Policy (2026)- Critique des implications du Board of Peace sur la coopération internationale et la légitimité de l’ONU.