Lettre à ma défunte mère

Publié le 2021-10-17 | lenouvelliste.com

Le 13 juin dernier me rappela l´anniversaire de naissance de ma mère. Elle naquit à Port-au-Prince, la capitale d'Haïti, sous le signe zodiacal des Gémeaux, aimait- elle rappeler, et une bonne partie de sa vie s'y est déroulée. Jusqu'à sa retraite anticipée, motivée par les différents maux qui l'affligeaient, elle exerça sa tâche d'institutrice dans l´une des écoles publiques de la capitale, où elle a enseigné à lire, à écrire et à compter à de nombreux enfants des deux sexes. Je me souviens qu´elle amenait à la maison, afin de les corriger, les devoirs donnés aux écoliers et elle accomplissait son travail avec conscience et un grand sens de responsabilité, ayant toujours présent son rôle primordial dans la formation des générations futures.

Dévouée à Saint-Antoine, raison sans doute associée à sa date de sa naissance, c'était une femme extêmement sensible, débordante de sympathie et d´affection et parfois elle se montrait complaisante avec son entourage. Elle pleura de manière inconsolable, me commenta ma soeur, quand Grace Kelly, la belle et fameuse actrice de cine nord-américaine, épouse du prince Rainier, perdit la vie dans de tragiques circonstances, le 14 septembre 1982, parce que “elle était ma contemporaine et l´une mes actrices préférées”, avait-elle ajouté. Le décès de sa mère l'attrista aussi énormément et elle mit des années à se consoler. L´idée de la mort la terrifiait et se posait constamment des questions à ce sujet.

 D'apparence forte durant les dernières années de sa vie, causée fondamentalement par les multiples médicaments qui lui étaient prescrits, en particulier les corticoides dû à l´arthrite rhumatoïde  dont elle souffrait, ma mère avait aussi une bonne bouche et était une cuisinière chevronnée à qui il plaisait beaucoup l´art culinaire qu´elle mettait en relief à travers les différents plats qu'elle nous offrait avec son habituelle amabilité et sa grâce particulière, n'oubliant jamais de nous demander, à l´heure du déjeuner, si le menu était  nous satisfaisait-.

Troisième membre d'une fratrie de six fils, trois soeurs et deux frères, elle était le noeud gordien de la famille et aimait s'entourer d´amis, elle était même l'amie de mes meilleurs camarades qui venaient à la maison et qu´elle traitait avec gentillesse.

Ma mère rendit l'âme un 2 juin, onze jours avant son 69e anniversaire, et malgré les décennies qui se sont écoulées sa mémoire et son image sont bien vivantes en moi. L'un des souvenirs indélébiles que je conserve d´elle est la charmante conversation que nous avons eue le 30 mai, trois jours avant son décès, alors que j'étais à Séville et elle à New York où vivait avec mon père et le couple formé par ma soeur, 17 mois plus jeune que moi, son mari et leur fille. Victime d'une embolie pulmonaire, sa vie s´est éteinte laissant un profond vide dans la famille.Ce fut un point d´inflexion dans notre vie, un espace que je n´arrive pas encore à combler, je l'avoue.Quelques jours après sa perte, en plus d´une occasion, le son du téléphone me causait une étrange sensation, comme si j'attendais inconsciemment un appel d'elle.Au cours de mes voyages aux États-Unis, j'éprouve très souvent le besoin de me rendre au cimetière “The Evergreens” de Brooklyn( New York) afin de me recueillir sur la tombe où reposent, elle et mon père; ce qui me procure une immense tranquilité intérieure.

Maman, je savais que je t'aimais, mais depuis le jour où on  m´annonça ta mort, j'ai su exactemente combien tu allais me manquer.

Je ne cesserai jamais de me référer à elle qui, avec mon père, un homme discipliné et d'une grande stature morale, ont fait de moi ce que je suis actuellement. Mon profond respect éternel et mon admiration pour les deux.

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Article traduit en français, publié par le journal digital espagnol “El Correo de Andalucía” le 19 juin 2021 et le quotidien"La Estrella de Panamá" le 3 juillet dernier.

Dr Alix Coicou (médecin-psychiatre)

Dr Alix Coicou
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