Crise migratoire : nos politiques doivent se mettre au service des Haïtiens

Publié le 2021-09-21 | lenouvelliste.com

Des photos cruelles. Une situation qui l’est encore plus. 

Des gardes à cheval. Des fouets. Des Haïtiens cernés comme du bétail. Une course vers l’espoir. Un abandon total. Entre une rivière et une clôture. Sous un pont. Une détresse infinie.

Depuis trois jours, sur fond d’images qui rappellent l’esclavage, l’Amérique perd son humanité et la diplomatie haïtienne son utilité.

A la frontière du Texas, des milliers de nos compatriotes sont livrés à eux-mêmes. De rares agents consulaires pour les aider. Pas d’avocat délégué par l’État haïtien. Pas une déclaration forte du premier ministre Ariel Henry. 

Rien. Ou si peu.

Tout au contraire, comme on savait vendre nos semblables pour aller faire la zafra, comme on les a ignorés quand la République dominicaine les dénationalisaient par milliers, comme on a signé pour que Hamilton et ses successeurs leur barrent la route dans les eaux territoriales haïtiennes, comme on a ignoré leur martyr dans les forêts de l’Amérique latine, un nouveau gouvernement haïtien, en échange d’on ne sait quoi, laisse les Haïtiens à leur sort.

Comme au temps des kantè sous Duvalier ou des bus bondés en provenance de nos plus proches voisins, l’État haïtien accepte tout, ferme les yeux et ouvre la bouche pour avaler la honte. Nos irresponsables ingurgitent leurs incapacités, leurs manques et nos mauvaises politiques… de bonne grâce. 

Faute de mieux.

Alors qu’il faut emmener la question sur le plan humanitaire, simplement réclamer un traitement juste pour chaque Haïtien, plaider pour l’application de la loi des États-Unis, nos diplomates préfèrent trouver toutes les explications pour justifier la position de ceux qui pourchassent femmes, enfants et hommes.

Oui, Haïti est faible. Oui, nos gouvernements ont des servitudes qui les empêchent de défendre correctement les intérêts des Haïtiens. Oui, les frontières américaines ne sont pas ouvertes. Oui, les USA sont fondés à choisir qui peut entrer sur son territoire et dans quelles conditions. Oui, il faudrait que le pays offre des projets d’avenir pour garder chaque citoyen. Oui, pour tout cela, mais en attendant, devant une crise majeure, il faut que la diplomatie déploie les ressources dont elle a le secret pour sauver les plus faibles. Pour se mettre à leur service.

Nos diplomates et les lobbyistes encore payés à défendre l’indéfendable aux USA doivent être mis à contribution pour aider dix, cent, mille ou chaque Haïtien en situation illégale à bénéficier de tous les recours, de tous les appuis, de tous les avantages légalement disponibles.

Le premier ministre Ariel Henry et son gouvernement, ses nouveaux alliés signataires de l’accord de la primature, les promoteurs des autres potentiels accords, la société civile, chacun doit se prononcer et activer ses relais, ses réseaux pour que le sacrifice et la honte des Haïtiens au Texas servent à quelque chose.

La migration des Haïtiens n’est pas un accident. Elle a des causes concrètes. Il faut les corriger. 

Mais, avant tout et en attendant de pouvoir faire mieux, il ne faut pas perdre l’opportunité de cette crise au Texas pour en faire bénéficier les Haïtiens en espérance et les Américains embarrassés par cette ignominie inhumaine.

Nos compatriotes sont en mauvaise posture, les USA sont empêtrés dans une crise d’image due à une grave situation humanitaire. La diplomatie haïtienne et les politiques qui la pilotent doivent chercher la voie médiane du gagnant-gagnant et non pas s’asseoir sur d’inexistants lauriers et laisser le temps enterrer les espérances de nos compatriotes.



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