BRH/ Moratoire

L’activité économique coincée entre les crises sociopolitiques et l’insécurité

Publié le 2021-08-10 | lenouvelliste.com

« Les banques, les sociétés de développement et les sociétés de crédit-bail sont autorisées à accorder un moratoire allant du 1er août 2021 au 31 janvier 2022 à leurs débiteurs qui en sollicitent », annonce la Banque de la République d’Haïti (BRH), dans un avis adressé aux institutions financières. « Ces moratoires porteront sur les prêts classés Courant à signaler au 30 juin 2021. Seul le paiement des intérêts sur les créances sera exigé des clients bénéficiaires du moratoire », poursuit la banque centrale, exigeant des banques concernées de soumettre un nouveau plan d’amortissement pour chaque prêt octroyé dans le cadre de ses programmes incitatifs.      

Sans le dire dans cet avis, en autorisant ce moratoire, la BRH soutient que l’activité économique ne cesse de pâtir des troubles sociopolitiques, de la détérioration du climat sécuritaire et de la recrudescence des cas de coronavirus dans sa note sur la politique monétaire pour le troisième trimestre de l’exercice fiscal.

Contacté par le journal autour de cette question, l’économiste Énomy Germain a fait savoir que le moratoire autorisé par la BRH le 6 août dernier répond sans doute à un net ralentissement des activités économiques. Il a mis en exergue quelques indicateurs économiques pour étayer son point de vue. « Par rapport à l’année dernière, les activités économiques ont peu repris en 2021. On a enregistré une augmentation des importations de plus de 21% et de 8,16% des exportations. Toutefois la reprise est timide et les entreprises de plusieurs secteurs d’activité sont encore en difficulté, accusant des baisses au niveau de chiffres d’affaires, de revenus. Ces derniers ont des difficultés à rembourser leurs dettes », indique l’économiste.

L’auteur de l’ouvrage intitulé « Pourquoi Haïti peut réussir » cite, à titre d’exemple, l’autorisation de moratoire accordée l’année dernière et les raisons qui avaient justifié cette décision. « Les activités économiques ralentissaient considérablement en Haïti. Le ralentissement, aggravé par la crise liée à la pandémie de coronavirus, était soldé par une contre-performance de -3,3% de l’économie sur l’année. La BRH, pour rappel, avait autorisé des moratoires sur les prêts contractés par des entreprises et d’autres opérateurs de l’économie. C’était une réaction normale. Des mesures comparables étaient également prises aux États-Unis par exemple », rappelle l’économiste.

  

En général, les moratoires sur les prêts sont accordés en temps de ralentissement des activités économiques provoqué par des chocs de nature diverse (catastrophes naturelles, crises sociopolitique, sanitaire, etc.) qui nuisent au fonctionnement des entreprises et opérateurs économiques, soutient l’économiste Énomy Germain.  Pour ce dernier, il peut être difficile de mesurer les impacts des moratoires sur les activités des entreprises et sur l’économie en général, mais il y a sûrement des effets. « Quand une entreprise est en difficulté, elle peut, par exemple, penser au licenciement. Mais si elle bénéficie d’un moratoire, elle peut en profiter pour se redresser sans passer forcément par le licenciement. Cela profite sans doute à l’économie », explique l’économiste.

Dans cet avis publié le 6 août dernier, la BRH a pris le soin de préciser que les débiteurs des cartes de crédit ne sont pas concernés par cette décision.  Cette nouvelle autorisation de moratoire après celle prise l’année dernière est le signe que l’activité économique peine à reprendre sa vitesse de croisière dans le pays. Le Plan de relance économique post-Covid (PREPOC), tant vanté par le ministère de l’Économie, tarde à changer la donne économique.   



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