Martissant en a assez !

Publié le 2021-08-06 | lenouvelliste.com

Au moins deux personnes sont mortes et plusieurs autres sont sorties blessées sur la route principale de Martissant, jeudi 5 août 2021, à la tombée du crépuscule. Les témoignages et l’image d’un autobus renversé après avoir été criblé de balles qui font le tour des réseaux sociaux sont accablants. La circulation automobile est interdite à Martissant. Les bandits sont présents partout et représentent un danger constant. L’ombre de la mort plane jour et nuit sur ce quartier depuis plus de deux mois.

Traverser cette localité équivaut à un parcours du combattant, voire même une montée à l'échafaud. Beaucoup y ont laissé leur peau. Totalement abandonnés à leurs bourreaux ; ils n'ont queb leurs jambes pour s'enfuir, sinon c'est la camarde.  Qui pis est, dans cette partie de la capitale dénuée de toute civilité, les macchabées abandonnés  deviennent la proie des chiens et des cochons errants qui s'en donnent à coeur joie. Pour éviter cela, on doit verser des rançons aux maîtres des lieux pour récupérer la dépouille d'un proche. Là encore, il fallait être informé à temps.

Bien avant l’éclatement des dernières hostilités entre les gangs qui se partagent la zone,  Martissant, quoique se trouvant sur la carte des zones rouges où il ne fallait pas s’aventurer sans grand besoin, était un quartier assez populeux. Cependant, depuis environ deux mois, l'espace est devenu un no man's land où le danger peut venir de partout. Pour échapper à la violence meutrière des gangs, les riverains ont tous abandonné leurs maisons pour aller chercher refuge ailleurs. Beaucoup d'entre eux sont en train d'experimenter  la vie SDF (sans domicile fixe) sur des places publiques ou autres institutions séculières qui les ont accueillis.

Entre-temps, ces maisons délaissées par leurs résidents sont soit occupées par les malfrats qui en font leurs abris, soit  incendiées par les bandits ou démolies par des soldats des Forces armées d'Haïti sous un fallacieux prétexte.  Les forces de l’ordre sont présents à Martissant malgré la fermeture du sous-commissariat dans des blindés. Toutefois, leur présence n’empêche pas l'augmentation des victimes presque chaque jour dans le camp de la population civile. 

Sur l’axe routière principale de Martissant, le danger est à son paroxysme dans les parages de l’ancien bâtiment qui logeait Médecins sans frontières. Cette institution sanitaire, d'une importance capitale pour les couches défavorisées de toute la partie sud de la capitale, s'est retrouvée dans l’obligation de fermer ses portes avant d’abandonner définitivement le quartier. Les gangs rivaux s’abritent dans des bâtiments logés des deux côtes de la rue et s’affrontent en permanence, causant de nombreuses victimes parmi de paisibles usagers de ce tronçon. Les rues qui mènent à l’intérieur du quartier sont contrôlées par les bandits. La police ne contrôle rien même quand l’ancien Premier ministre Claude Joseph faisait son petit numéro tout au début de la guerre pour faire croire que la libre circulation était possible à Martissant.      

Les victimes de cette guerre ne sont pas recensées uniquement sur la route principale. Plusieurs citoyens ont été touchés par des projectiles  alors qu’ils se trouvaient chez eux à Fontamara. D’autres sont tombés sous des balles assassines pendant qu’ils étaient venus  récupérer quelque chose à la maison avant même de quitter les lieux en vitesse. Les gangs armés transportent l’enfer à Martissant. Ils sont sans pitié. Ils tuent, pillent et incendient des maisons. La situation est dramatique à Martissant. C’est le chaos. Le quartier devient méconnaissable. La chaussée est en mauvais état, défoncée et abimée. Aucun signe de vie dans les rues situées à l’intérieur. Un lac s'est formé devant l'édifice qui logeait Médecins sans frontières. Ce qui gêne considérablement les conducteurs braves empruntant cette route.  

Incapables d’affronter les démons, les autorités policières et gouvernementales sont toujours à la recherche de solutions maquillées comme celle visant  à offrir 40 000 gourdes à chaque famille déplacée. Le droit au logement et à la sécurité des familles est systématiquement violé à Martissant qui s'étonne devant le silence des défenseurs des droits de l'homme. Nos autorités ont-elles leur place à la tête de nos institutions ? Ne sont-elles pas dépassées par les évènements ou ne sont-elles pas assez bien rémunérées encore? Si oui, pourquoi elles ne jettent pas l’éponge ? Combien de victimes doit-on compter ?  Le nouveau gouvernement va- t- il perpétuer les mauvaises pratiques de ses prédécesseurs qui abandonnent des quartiers autrefois paisibles aux bandits sans foi ni loi ? Il y a tellement de questions auxquelles les réponses tardent à venir. 



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