Cap-Haïtien 350 ans après : le dernier Tango(4 de 4 )

Publié le 2021-03-30 | lenouvelliste.com

Les retombées directes  de la  commémoration

Cette célébration devait être un véritable  festival national, une  occasion unique de réaliser  de différentes compétitions sportives et de manifestations historiques et culturelles. Elle devait remplir deux objectifs fondamentaux : être, pour les visiteurs comme pour les habitants de la ville, une précieuse leçon d’histoire, mais aussi, permettre de « réintégrer la ville du Cap-Haïtien, comme le grand centre touristique en Haïti  ».

Pour concilier ces deux objectifs de nature très différente, on s’attendait à une  exploitation intelligente de notre passé historique. On voit comment, à la base, les considérations idéologiques ou mémorielles auraient dû coexister avec des impératifs d’ordre économique.

Ce passe  aurait dû   mettre  l’accent sur les  liens historiques  qui uniraient plus de la moitié  des Capois disperses  à  travers le monde  et sur l’importance de les mettre en lumière. Cette célébration devrait être  ouverte sur le monde en vue d’attirer au Cap des touristes locaux  et internationaux, mais aussi de rassembler sur la place publique et dans tous les recoins de la ville, les hommes et les femmes de toutes croyances et de  toutes les couches sociales  pour  se glorifier  mutuellement.

 Elle devrait espérer également ramener  au Cap les Anciens, c’est-à-dire les Capois éparpillés un peu partout sur le globe et  se glorifier d’y être nés. Les organisateurs  espéraient  pouvoir  favoriser la venue de touristes locaux, surtout des amis du Cap, par une campagne massive d’embellissement de la ville, mettant à l’ouvrage les milliers de chômeurs qu’a créés la crise économique.

 Le contexte persistant de la crise oblige les élites  commémorantes à réduire leur programme à l’essentiel. Mais ces restrictions paraissent insignifiantes par rapport aux bouleversements provoqués en Haïti par la situation politique. Après quelque temps d’hésitation et devant l’inaction des pouvoir locaux de l’appuyer, les  organisateurs doivent se résoudre à une dissolution presque complète du  programme, laissant la voie ouverte à une fête surtout religieuse : une messe basse.

De plus,  cette  commémoration  devrait  faire de l’anniversaire de la ville un tribut  à notre jeunesse, au triomphe de la jeune génération sur l’oisiveté forcée qui l’opprime. Les sports, les aspects sociaux de l’histoire capoise et l’artisanat local sont également des thématiques qui devraient être privilégiées.

L’artisanat intéresse particulièrement  la commémoration puisqu’il donne à la célébration un accent folklorique apprécié des touristes, tout en assurant des revenus aux artisans et aux entrepreneurs. Cet intérêt pour l’artisanat relèverait donc autant d’un opportunisme économique que d’un malaise plus général face au déraillement de l’économie industrielle et capitaliste.

Malgré un climat sociopolitique incertain et délétère à cause de la Covid-19, la commémoration  de la célébration des 350 ans de la ville du Cap aurait pu mieux se passer. Majoritairement les membres de l’élite économique, politique et culturelle locale qui espéraient favoriser une relance dans leurs domaines respectifs ont été déçus. Les organisateurs avaient de quoi pour  se croiser le fer sérieusement dans l’arène capoise et faire revivre les moments les plus palpitants de notre histoire.

Enfin, si on fait  de cette  célébration  la commémoration  des 350 ans de la ville du Cap, elle  constitue  de simples exercices identitaires de la part d’élites essayant d’imposer leur hégémonie aux classes populaires, c’est ignorer les autres fonctions de cette fête.

 Elle représente à la fois un divertissement spectaculaire, un réveil et un enseignement historique sans précédent et une occasion de relancer ou de nourrir l’économie  à travers le tourisme. De plus, même si plusieurs composantes de cérémonies  sont fermées aux classes populaires, ils seront des centaines de milliers à participer aux festivités.

 Tout au long de cette commémoration, les considérations idéologiques et identitaires n’entrent pas tant en concurrence les unes avec les autres qu’avec les impératifs matériels et économiques liés à l’organisation de telle célébration.

Fin

Islam louis Etienne

Août 2020

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