Adieu Madeleine Gardiner, une vulgarisatrice de visages de femmes et de portraits d’écrivains

Publié le 2020-03-18 | lenouvelliste.com

« Retrouver les œuvres de Marie Chauvet n’a pas été facile. Il a fallu des mois et des mois de recherches à travers librairies, bibliothèques tant publiques que privées, recherches demeurées vaines jusqu’à ce que je rencontre une amie de la défunte qui consente à me passer les ouvrages parus, précieusement conservées par elle. » L’auteure de ces mots qui ouvrent ‘’Visages de femmes Portraits d’écrivains’’ est Madeleine Gardiner. Elle est décédée au Pavillon de l’âge d’or, sur la route de Frères, le lundi 9 mars 2020.

Le PDG de la Maison Henri Deschamps, Peter Frisch, quand il évoque les souvenirs de cette ancienne lauréate du prix Henri Deschamps, souligne cet aspect : « Madeleine Gardiner était éducatrice, professeure de français de carrière et était licenciée de l’École normale supérieure. Elle avait une très grande maîtrise de la langue, une grande sensibilité pour la production littéraire féminine. »

« Elle avait écrit "Sonate pour ida", une étude sur la vie et la production littéraire d’Ida Salomon Faubert, la fille du président Lysius Félicité Salomon Jeune », se souvient-il encore.

« J’ai beaucoup côtoyé Madeleine Gardiner. J’ai été très proche d’elle puisqu’elle a aussi été membre du jury du prix Deschamps. En 1996, elle est devenue à son tour membre du jury, pas seulement comme ancienne lauréate du Prix Deschamps en 1991, mais également comme écrivaine  qui avait continué à écrire que ce soit des livres ou des articles dans les journaux », poursuit Frisch, parlant de la vulgarisatrice de visages de femmes et de portraits d’écrivains. Il salue son côté avant-gardiste dans la lutte féminine pour l’époque et les thèmes choisis pour aborder ses critiques littéraires.

« Elle est restée membre du jury jusqu’en 2005 et a ainsi participé à évaluer pendant les 9 années où elle a siégé au sein du jury du prix Deschamps pour évaluer les manuscrits soumis, et ainsi contribué à primer des lauréats et des lauréates », détaille-t-il tout en rappelant que l’auteure avait continué à produire des livres et publier des articles dans les journaux.

Madeleine Gardiner est née à Port-au-Prince le 25 mai 1926. Cette éducatrice de carrière a étudié au Midlebury College dans le Vermont aux États-Unis où elle a décroché une maîtrise en langue, civilisation et littérature françaises.

Une vulgarisatrice

Les anciens élèves et étudiants de madame Gardiner se souviennent que cette normalienne était une excellente professeure de français. À l’Union School, à son retour en Haïti, elle avait dispensé des cours de langue et de littérature française. 

Cette féministe qui a exploré avec passion «La danse sur le volcan», «Fonds des Nègres», «Amour, Colère, Folie» de Marie Chauvet, «Fils de misère», «Le chant des sirènes», de Marie-Thérèse Colimon-Hall, «L’amour, oui. La mort, non» de Liliane Dévieux-Dehoux, a eu ces mots touchants dans l’introduction de son livre consacré par le Jury du Prix Deschamps en 1991 « … je n’ai point eu de cesse que de retrouver les œuvres d’autres romancières haïtiennes; et mon étonnement s’est révélé égal à celui de Maryse Condé en constatant combien peu de femmes figurent dans notre Littérature. Alors que depuis quelques décades, elles ont accès aux carrières libérales et professionnelles, qu’elles exercent des fonctions publiques avec non moins de compétences que les hommes, – on les retrouve dans nos hôpitaux, sur les chantiers, au Barreau, aux ministères – on est à se demander la raison de ce quasi-absentéisme… »

Vulgarisatrice d’une littérature alimentée par les auteurs féminins en Haïti, Madeleine Gardiner chante son amour pour cette verve sensible : « Les poèmes d’Ida Faubert et Virginie Sampeur ont bercé mon enfance, enchanté mon adolescence. Plus près de nous, Marie-Ange Jolicoeur, Michaelle Lafontant, Marie-Claire Walker, Marie-Thérèse Colimon – pour ne citer que celles-là – nous ont gratifiés de textes d’une exquise délicatesse de sentiments et d’expression. »

Anne-Marie du Bois de Chêne, l’auteure de « Jeunes filles de bonne famille », dans une étude parue en 2017, traduit de l’anglais par Madeleine Gardiner, a salué cette pionnière qui va nous manquer.



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