Venezuela-Politique

A propos du vote de l’OEA pour la reconnaissance du deuxième mandat de Nicolas Maduro

Publié le 2019-01-15 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Hancy PIERRE, spécialiste de la Caraïbe

Le Venezuela Mi- Caraïbes, Mi- Andes a accueilli très tôt, 35.000 ans-15.000 ans avant notre ère, de flux de migrants par la route Venezuela- Trinidad et les Caraïbes orientales dans le contexte de la fin de la troisième glaciation. Il a à son actif des efforts soutenus en guise de son affirmation singulière comme berceau de la civilisation caribéenne, n’en déplaise à notre chère doyenne, l’historienne Odette Roy Fombrun, qui se réfère plutôt à Haïti. Le Vénézuela, à sa première phase coloniale des 16è et 17è siècles, eut passé des mains d’un capitaliste allemand comme unique propriétaire de ce territoire de plus de 900.000 km2 suivi de celles de la Couronne espagnole, à statut de point d’appui, avant d’être indépendant.

En 1812, un violent séisme a frappé le Venezuela; en la circonstance les Etats Unis en avaient eu profité pour asseoir leur hégémonie dans la région en utilisant l’artifice de l’aide humanitaire (Rufin, 1994 :35). Ce qui avait déjà nourri les convoitises étasuniennes manifestées plus tard dans le cadre de la doctrine de Monroe de 1823 ancrée dans l’approche pan américaniste qui avait fait de cette région l’arrière cour des Etats Unis.

Depuis son indépendance en 1823, Le Venezuela s’est nourri des avatars de puissance continentale en s’alignant avec la République d’Haïti, le Pérou, la Colombie dans un projet de lutte de libération à portée anti-colonialiste et pour la défense des principes de l’auto-détermination. Ces principes persistent dans le cours des relations internationales et de la diplomatie Bolivarienne comme paramètres immuables. Paradoxalement le Pérou, la Colombie et la République d’Haïti ont sapé ces principes lors du vote du 10 janvier 2019 des membres de l’Organisation des Etats Américains (OEA) sur la légitimité du second mandat du régime Nicolas Maduro en interférant par là dans les affaires internes d’un Etat indépendant .Ce qui est contraire aux principes et à la charte de l’OEA elle-même.

La position des membres du groupe de Lima crée en 2017 à la crise qui a secoué le Venezuela est inhérente à la logique de tampon que ces derniers sont appelés à jouer. Des initiatives pareilles se sont déjà, dans le temps, servies de parapluie aux Etats Unis qui, au nom du panaméricanisme, rejoignent leur originelle politique interventionniste. Le Mexique désiste du vote du 10 janvier 2019, dans le sens du principe de non intervention qui a su toujours caractériser sa diplomatie. La Grenade, absente en cette séance de vote. Le Paraguay, par contre, s’aligne alors que ce pays, jadis, fut une exception en Amérique Latine pour n’avoir pas été déformé par le capital étranger. Il fut alors victime, soit en 1’année 1870, d’une tuerie orchestrée par les pays formant la Triple Alliance en l’occurrence l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay.

Pour parodier Alain Rouquié, c’est la fin de l’Amérique Latine, par ce vote, alors que cette Amérique latine naquit dans la logique d’un territoire unitaire selon les vues de Bolivar, de Jose Artigas et de San Martin. Cet idéal, dans un temps météorite, s’est bien volatilisé. Les Etats Unis se sont fait un glissement alors qu’ils n’étaient pas éligibles au plan initial Bolivarien.

Le Congrès Panaméricain s’est approprié par les Etats Unis pour justifier ses visées interventionnistes. Le Guatemala (1954), la Bolivie (1952) et la Guyana(1952) étaient, malgré la politique de bon voisinage prônée par les Etats Unis d’Amérique, dans l’œil du cyclone. La République Dominicaine (1965) vint compléter cette liste de forfaits dans la logique de la promotion de la sécurité hémisphérique indépendamment du principe de non intervention consacré par la Charte de l’OEA de 1948. Cuba, par la suite, allait être aussi victime, lors de son expulsion de l’OEA, à Punta del Este, en pleine politique développementiste de l’Alliance Pour le Progrès, réputée non interventionniste.

L’intervention américaine en République Dominicaine en 1965 après des élections libres et démocratiques dont est issu le président Juan Bosch dépossédé sept mois plus tard de son pouvoir (1963) vint mettre à nu les disconvenances expansionnistes étasuniennes. Dans ce contexte, les Etats Unis se sont risqués d’être expulsés de l’OEA au prix d’une tentative de latino américanisation de l’organisme hémisphérique.

L’OEA fut passive dans la crise des Malouines qui avait opposé l’Argentine et l’Angleterre mais active en Amérique centrale à la traine de la politique interventionniste agressive de Ronald Reagan dans les années 1980 qui a causé un Roll back à Grenade par exemple.

 

Si la diplomatie Bolivarienne est bienveillante à l’égard de la République d’Haïti, ses retombées en guise de bien-être du peuple haïtien restent discutables. L’affaire Petro caribe consistant en un vaste détournement de fonds au profit du peuple haïtien peut bien en témoigner.

Le Venezuela s’était forgé une position intelligente et avait cherché à jouer un rôle clé dans la région caribéenne pour contrebalancer la force de frappe des Etats-Unis dans la conjoncture post néolibérale. Riche en gisements de pétrole et risque de ce fait d’être une filière pour transposer les conflits existants au Moyen Orient en Amérique Latine et dans la caraïbe, en dépit de la fin de la guerre froide. En effet, aucune région ne possède une identité aussi forte comme zone d’intérêt des Etats-Unis au regard de la persistance du problème « Cubain », pour faire état à l’attitude rebelle des Etats de la région face aux Etats Unis. Nicaragua, Bolivie de nos jours sont des cibles.

Dans le contexte post-guerre froide se profilent, sur le plan géostratégique, des intérêts concentrés autour des sphères de privatisation et de l’ajustement structurel qui mettent en déroute toute velléité de libération sociale, économique et politique. Dans cet ordre, nous évoquons les approches de sécurité de mise sous tutelle des processus étatiques internes en contrepartie d’une garantie du monopole exclusif des décisions étasuniennes sur le plan sécuritaire. Cette approche d’Elliot Abrams fait des pays de la caraïbe consentir l’érosion de leur souveraineté nationale. Il s’impose aussi un modèle de sécurité de type coopératif insistant sur l’ancrage de la sécurité régionale du ressort des Etats-Unis au détriment de l’exercice de la souveraineté et l’auto- détermination. L’invasion du Panama après la Chute du Mur de Berlin s’inscrit dans la logique d’une politique interventionniste implicite suivie de celle d’Haïti (1994) ; récemment le coup d’Etat contre le Gouvernement démocratique et progressiste de Mario Zelaya, en Honduras, sous la présidence de Barack Obama a fait noter le laxisme de l’Organisation des Etats Américains (OEA) fonctionnant sous le manteau Etasunien

La diplomatie bolivarienne érode la position unipolaire des Etats-Unis, en Amérique Latine et dans les Caraïbes. En ce sens, la perspective sud est promue avec un alignement du Venezuela avec la Russie, la Chine, l’Iran, Cuba, la Bolivie, l’Equateur, l’Argentine entre autres. L’Argentine est maintenant de l’autre côté de la barricade

Les pouvoirs politiques haïtiens étaient à la remorque de l’appareil de bienfaisance du Venezuela. Par contre, Haïti a connu de grandes tergiversations dans sa diplomatie durant les dix dernières années qui pourraient éroder ses relations de solidarité avec un partenaire potentiel comme la République Bolivarienne du Venezuela pour s’étendre à d’autres cas. La Palestine qui a bénéficié d’un vote favorable d’Haïti depuis sa création est passée à un vote d’abstention. Le Venezuela, d’une abstention en juin dernier est passé à un vote défavorable de la part de la République d’Haïti, le 10 janvier 2019. Qu’en est –il des principes immuables qui ont su toujours guider les positions diplomatiques des Etats ? L’Argentine est isolationniste, le Mexique non interventionniste, Haïti aux côtés des peuples opprimés. Cette position est sous les décombres de l’histoire diplomatique d’Haïti à la veille de la commémoration du neuvième anniversaire du passage d’un séisme meurtrier dans ce pays.

Repères bibliographiques

-Mario Menendez, Cuba, Haïti et l’interventionnisme américain. Un poids, deux mesures, CNRS Editions, Paris 2005.

-Alain Rouquié, Amérique Latine-Introduction à l’extrême Occident, Collection Points, Editions du Seuil, Paris 1998.

-Sous la direction de Watson Denis, Haïti, la CARICOM et la Caraïbe, questions d’économie politi1ue, d’intégration économique et de relations internationales, C3 Editions, Haïti 2018.

-Edmond Jouve, Le Tiers Monde, Que Sais-je, Presses Universitaires de France, Paris 1996.

-Pablo Marinez, El Caribe bajo las redes politicas Norte Americanas,Editora Universitaria UASD,Santo Domingo 1985

-Charles Vorbe « Mondialisation néo-libérale, droit et sous développement en Haiti »in les Cahiers du CEPODE, Edition du CEPODE,Réédition, Port –au-Prince décembre 2015

-Gérard Pierre-Charles, el pensamiento socio politico moderno en el caribe,Fundo de Cultura Economica, Mexico 1985.

Hancy PIERRE, Spécialiste de la Caraïbe.

 

 

Hancy PIERRE, Spécialiste de la Caraïbe Auteur

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