L’OCDE déplore l’absence de la migration et des transferts de fonds dans l’agenda politique d’Haïti

Haïti connaît une émigration importante, principalement vers les États-Unis et la République dominicaine. Les émigrés représentent 11 % de la population haïtienne, soit environ 1.2 million d’Haïtiens vivant en dehors d’Haïti, et leurs transferts de fonds ont atteint 2 196 millions de dollars américains (USD) en 2015, soit 25% du produit intérieur brut (PIB) du pays. Or, malgré le potentiel de développement lié à ces flux humains et financiers, le cadre des politiques publiques d’Haïti ne prend pas en compte les migrations.

Publié le 2018-01-10 | Le Nouvelliste

National -

En vue de maximiser les effets bénéfiques des migrations, via les transferts de fonds qui améliorent les conditions de vie de nombreux ménages haïtiens et ont le potentiel de financer la reconstruction et le développement, le Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne ont lancé en 2013 le projet de l’étude « Interactions entre politiques publiques, migration et développement » (IPPMD).

Le rôle de la migration et des transferts de fonds pour le développement n’est toujours pas reflété dans l’agenda politique du pays. Il est possible d’intégrer davantage la migration dans les politiques de développement en Haïti qui peine encore à mieux gérer et tirer parti des migrations dans une perspective de développement. Dans un contexte où les études empiriques sur les liens entre migration et développement sont rares, ce rapport entend combler cette lacune.

En effet, les recherches montrent que les différents aspects des migrations (émigration, transferts de fonds et migration de retour) ont à la fois des effets positifs et négatifs sur les principaux secteurs de l’économie haïtienne. De même, les politiques sectorielles ont des répercussions indirectes, et parfois inattendues sur les migrations et leur contribution au développement. « Il est crucial de comprendre ces facteurs si l’on veut élaborer des politiques cohérentes », suggère le rapport attestant que les politiques relatives au marché de l’emploi peuvent encourager l’émigration.

D’après les constats de l’IPPMD, il semble que les programmes de formation professionnelle incitent les migrants potentiels à chercher du travail à l’étranger. De fait, les personnes ayant pris part à un programme de formation professionnelle ont davantage pour projet d’émigrer (18 %) que les autres (9 %).

De plus, l’enquête IPPMD indique qu’il manque en Haïti un outil important que plusieurs pays ont conçu pour améliorer la recherche d’emploi : des agences publiques pour l’emploi qui, en aidant les demandeurs d’emploi et en assurant une meilleure adéquation sur le marché de l’emploi au niveau national, rendraient l’émigration moins impérative.

« Les migrations influent également sur l’offre de main-d’œuvre dans les zones urbaines du pays : parmi les ménages urbains qui reçoivent des transferts de fonds, la proportion de membres ayant un emploi tend à être plus faible que dans les autres ménages, ce qui laisse supposer que les transferts de fonds peuvent réduire la nécessité de travailler », souligne l’étude qui est le fruit de quatre années de travail de terrain, d’analyses empiriques et de dialogue politique, en collaboration avec l’Institut interuniversitaire de recherche et de développement (INURED).

Par ailleurs, les transferts de fonds des migrants peuvent stimuler le secteur agricole en facilitant notamment l’accès des ménages au crédit et en leur permettant d’investir dans des activités agricoles. D’après l’enquête IPPMD, les ménages haïtiens qui reçoivent des transferts de fonds sont plus susceptibles d’investir dans des activités agricoles que les autres ménages. Pour autant, les transferts de fonds ne semblent pas influer sur le type d’agriculture pratiquée, ni sur le niveau des investissements.

Les transferts monétaires destinés à l’éducation sont associés à une hausse de l’émigration

Les ménages de l’échantillon qui reçoivent des transferts de fonds indiquent utiliser le plus souvent cet argent pour financer l’éducation d’un de leurs membres. Il semble que les transferts de fonds stimulent l’investissement dans l’enseignement privé en Haïti, et que les programmes d’éducation aient des répercussions sur les décisions ayant trait aux migrations ou aux transferts de fonds. En effet, les ménages qui bénéficient d’un programme d’éducation sont plus susceptibles de compter un membre qui a émigré, ou qui a pour projet d’émigrer.

Plus loin, le projet IPPMD met en évidence un lien très ténu entre migrations et investissements productifs en Haïti. Les ménages avec émigrés sont plus susceptibles que les autres ménages de posséder des biens immobiliers, alors que ni les transferts de fonds ni la migration de retour ne semblent stimuler les investissements dans l’immobilier ou dans une entreprise. La faible corrélation entre migration et investissements productifs peut être due au manque d’inclusion financière et de connaissances financières. « Moins de la moitié des ménages de l’échantillon (47 %) possèdent un compte bancaire », signale l’étude plaidant pour l’intégration des migrations dans les stratégies de développement sectorielles et nationales.

Les migrations peuvent favoriser le développement économique et social en Haïti, mais leur potentiel n’est pas encore mis à profit, rappelle l’OCDE. Nombre de responsables de l’élaboration de politiques sectorielles ne tiennent pas toujours suffisamment compte des migrations, et il semble que certaines politiques contribuent de manière non intentionnelle à l’émigration. « À l’avenir, il sera donc nécessaire de prendre en considération les migrations dans la formulation, le déploiement, le suivi et l’évaluation des politiques de développement sectorielles », préconise cette étude qui éclaire sous un angle nouveau la relation complexe entre les migrations et les politiques sectorielles.

Au nombre des recommandations formulées dans cette étude, on compte notamment : la création des institutions, telles que des agences publiques pour l’emploi, afin de faire mieux correspondre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi ; la facilitation de l’investissement des transferts de fonds dans des activités agricoles productives ; l’accroissement des connaissances financières et des compétences entrepreneuriales des ménages parmi les populations qui affichent un taux d’émigration élevé, afin d’encourager l’investissement des transferts de fonds.

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