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Canne à sucre : une filière à redynamiser

L\'industrie de la canne à sucre peut-elle se redynamiser à partir de ses sous-produits : alcool, rhum, rapadou, sucre en particulier

Publié le 2007-05-08 | lenouvelliste.com

La canne à sucre a été durant la moitié du 19e siècle le fer de lance de l\'économie haitienne. Le pays fournissait à plusieurs pays de l\'Europe le gros de la consommation en sucre. Aujourd\'hui, la filière a perdu sa rentabilité par manque de moyens techniques et financiers. La canne est utilisée presque essentiellement dans la production artisanale. Les principaux produits extraits de la canne sont : le sirop, l\'alcool, le clairin, le sucre amorphe communément appelé rapadou. On s\'en sert également pour préparer le rhum et des liqueurs. Le sucre, le sous-produit le plus important de cette filière, est produit en quantité très limitée vu la faiblesse industrielle qui s\'est manifestée dans le secteur depuis les 20 dernières années. En moins de dix ans, les principales usines sucrières du pays ont fermé tour à tour leurs portes. En 1986, l\'usine sucrière de Darbonne à Léogâne a arrête ses opérations après six années de fonctionnement. Cinq ans après, l\'usine sucrière du Nord a mis fin à ses activités après trente-huit ans de service à la communauté. Les moteurs de la HASCO, le plus important centre de production de sucre national, située au niveau de la Plaine du Cul-de Sac, se sont brusquement éteints en 1992. Enfin, à la Centrale Dessalines des Cayes, le service s\'est définitivement stoppé en 1996. Les usines sucrières n\'étant plus en service, le produit local commence dès lors à s\'affaiblir. Et, c\'est le marché international qui fournit au pays le gros de la consommation en sucre depuis 1996. Les importations, timides avant 1990, rapporte l\'agronome Frisner Pierre, ont atteint un premier pic en 1991 et 1992. Aujourd\'hui, le volume d\'importation de sucre pourrait, toujours selon le rapport de la BID, se chiffrer autour des 120,000 tonnes métriques. Mis à part tout cela, les superficies plantées en canne à sucre ont considérablement diminué surtout au niveau des plaines. Des 62.000 hectares plantés en canne en 1995, il ne reste actuellement au pays que 44.500 hectares de la superficie totale, soit 29,23 % de déficit de plantation. La productivité a aussi diminué de 37 à 59 tonnes métriques par hectare. Ce phénomène serait le résultat, selon les spécialistes, des mauvaises pratiques culturales des agriculteurs. Ces derniers ont tendance à substituer la canne à d\'autres cultures plus rentables comme la banane, le maïs, le haricot dans les poches irriguées et humides. Là où le bas blesse Les faiblesses de la canne sont surtout observées au niveau du secteur de la transformation. Haïti compte environ 5.582 micros, petites et moyennes entreprises oeuvrant dans la transformation de la canne. Ces entreprises, distilleries de clairin traditionnel et de type nazon, ateliers de fabrication de sirop, de rapadou, sont réparties à travers tout le pays. La plupart d\'entre elles ne sont pas bien équipées. Les ressources humaines qualifiées font défaut ainsi que les moyens techniques et financiers pour pouvoir extraire de façon moderne les richesses de la canne. Dans la majorité des cas, les usines de transformation sont trop éloignées des zones de production. Cela entraîne le plus souvent une perte des récoltes par manque de moyen de transport Entre autres, les difficultés d\'approvisionnement en matières premières au cours des saisons pluvieuses, les pannes enregistrés au niveau de l\'appareillage mécanique par manque d\'entretien, entravent le bon fonctionnement des ateliers de transformation. La question d\'énergie dans les ateliers de transformation constitue aussi l\'un des problèmes majeurs rencontrés dans la filière de la canne. Les unités traditionnelles de fabrication de sirop, de clairin et de rapadou utilisent le bois de chauffage pour la transformation. Ce procédé contribue fortement au phénomène de déboisement. Selon les spécialistes de l\'environnement, les propriétaires des guildives et des distilleries abattent plus de 53.300 arbres par année pour faire fonctionner leurs usines. Un regain d\'activité Depuis ces dernières un regain d\'activité est constaté dans le secteur. Des organisations se mettent ensemble pour supporter les entreprises agro-industrielles, notamment Vétérimed et l\'Organisme de l\'Union européenne PRIMA. Ces deux entités organisent une série de colloques sur les filières agricoles, dont la canne à sucre, depuis mars 2007. Avec la réouverture de l\'usine sucrière de Darbonne, actuellement Usine sucrière Jean Léopold Dominique, en 2000, l\'exploitation de la canne dans la fabrication de sucre connaît depuis les cinq dernières années un certain élan. Selon une étude conjointe du Ministère de l\'Agriculture et de la Banque interaméricaine de Développement sur les filières agricoles publié en 2005, le volume de sucre produit par l\'usine a augmenté de façon spectaculaire. Entre 2002 et 2005, la quantité produite est passée 351 tonnes métriques à 2607 tonnes métriques. Ce qui équivaut à une augmentation annuelle de 214%. Un regain d\'activité est également observé au niveau des ateliers de transformation de canne en sirop. Le volume du sirop a doublé en moins de cinq ans. Il est passé entre 2000 et 2005 de 362. 000 gallons à 718,000 gallons, soit une croissance annuelle de 20%. Pour une production à grande échelle Il reste beaucoup à faire pour redynamiser la production du sucre dans le pays. Le travail effectué à l\'usine Darbonne est intéressant, mais ne peut pas regagner, jusqu\'à présent, le marché international. « Le sucre qu\'on produit ici est destiné uniquement au marché local, souligne l\'agronome Marcenot Neils Narcius, affecté à la direction technique de la production industrielle à l\'usine sucrière Jean Léopold Dominique à Darbonne.» Le volume de production ne peut satisfaire qu\'un faible pourcentage de la demande nationale. La production de Darbonne, lit-on dans le rapport de la MARNDR/BID, ne représente que 2% du volume de sucre importé et consommé en Haïti. Rêver d\'une autre révolution de la canne Le secteur a toutefois de grands atouts profitables pour les producteurs, les employés et surtout pour la production nationale. Les distilleries de clairin sont au nombre de 512 unités et ont une capacité de production de 20 millions de gallons de clairin par an. Le rapadou, retrouvé au niveau du Plateau central et de Saint-Michel de l\'Attalaye, est particulièrement l\'affaire des petits ateliers de transformation artisanale. Il en existe 2100 unités dans le secteur pour une production de 38.000 tonnes métriques par année. Le produit local est apprécié sur le marché national et ailleurs. Une quantité appréciable est vendue à Port-au-Prince et plus de 5 % de la production est exportée en République Dominicaine. Le rapadou, commercialisé sous forme de barres cylindriques de 25 à 90 cm, joue un rôle important dans la médecine traditionnelle en Haïti. Le produit est utilisé pour lutter contre la grippe, le toux, dès fois la bronchite. Le rhum et le liqueur sont produits dans quelques rares entreprises de transformation de la canne. Le plus connu sur le marché national et international est la compagnie Barbancourt. Le produit local concurrence bien certains produits spiritueux exotiques et gagne de plus en plus le marché extérieur. Les exportations annuelles dépassent, selon la BID, 200.000 litres. Les avantages que présentent la canne sont multiples. La canne à sucre est cultivée dans tous les départements du pays, principalement en monoculture. Les zones à haute production sont la plaine du Nord, la plaine de Léogane, la plaine de Cayes, du Cul-de-Sac et le Plateau central. Elle a une valeur nutritionnelle importante. La canne à sucre peut aider à lutter contre la stérilité, selon certains spécialistes. Et le sucre qu\'elle renferme est dépositaire de l\'énergie rapide dans l\'organisme. Avec la bagasse, on peut produire de l\'électricité.
Jean Max St Fleur tmaxner@yahoo.fr
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