La belle du Caire, entre vérité et mensonge

Dans la « La belle du Caire », l’écrivain Naguib Mahfouz a fait la radiographie de la société égyptienne de 1930. Durant cette date l’Égypte était encore un pays colonial, sous la dépendance de la Grande-Bretagne. Ce roman est une œuvre rare, parfumée avec une écriture aussi belle que réconfortante.

Publié le 2021-09-24 | lenouvelliste.com

« La belle du Caire » est un roman réaliste. Les personnages sont l’autopsie de la société égyptienne des années 1930. Le roman se déroule à un rythme rapide. L’auteur utilise le point de vue interne. Les chapitres sont très courts. Le ton est vivant. Il y a beaucoup de dialogues. Les premières chapitres sont presque de courts échanges d’idées entre les personnages principaux du roman. Cette parole donnée par l’auteur permet aux personnages d’exprimer leur point de vue politique. Ses passions. Ses convictions. Le texte se déroule avec des rares retours en arrière. Les personnages principaux sont quatre étudiants en Lettre de l’Université al-Azkhar. Une université qui vient à peine inaugurer. 

Les personnages

Les personnages sont quatre destins terrassés par la douleur et la trahison. Ali Taha est un homme de caractère et de conviction. Il est membre de plusieurs associations. Il met sa rhétorique personnelle, sa passion, son amour aux services de ses idées et ses principes. Il est un fervent défenseur des philosophes Marx et de Engels. Grand lecteur d’Auguste Compte, il croit fermement que l’université est l’ennemie d’Allah.

Représentant du courant de l’arabisme, Ma’moun Radwan est croyant. Il applique des principes moraux avec rigueur. Il a une grande ouverture d’esprit à l’égard de ses amis qui ne pensent pas comme lui et Ahmed Badir, journaliste et étudiant, mène sa vie comme un professionnel « Le rôle du journalisme, dit-il est d’écouter, non pas de parler »

Le déshonneur  

Le personnage principale Mahgoub Abd-el-Dayim est né dans une famille très pauvre de la petite ville d’al-Qanatir. Son père est un petit employé de bureau. Le très maigre salaire de son père fait survivre la famille. Après des années d’exploitation, une attaque cardiaque le prive de son travail. C’est Mahgoub qui doit subvenir au besoin de la famille.

Lors de sa visite, son père l’a donné un ultimatum de quatre mois pour trouver un travail pour aider la famille de ne pas mourir de faim. Mahgoub Abd-el-Dayim est pauvre mais il veut mener une vie de bourgeoisie, peu importe le prix à payer. De son retour en ville après la visite de son père malade, il mène une petite vie modeste. Il mendie dans les rues. Mahgoub Abd-el-Dayim est devenu une loque humaine. Un homme assoiffé de nourriture. Il est nostalgique. Il n’a même pas le moyen d’acheter un livre de latin recommandé par son professeur.

Mais Mahgoub est un opportuniste et un homme sans scrupule. Après plusieurs mois de misère et de péripéties, il est allé demander de l’aide à Salim al-ikhshidi. Salim al-ikhshidi est jeune homme, lui aussi originaire d’une famille pauvre. Mais cet arriviste n’hésite devant aucune manipulation pour satisfaire son ambition. Il recommande Mahgoub à un ami qui lui donne un job de traduction d’article. Après avoir les quatre ans d’étude, il propose à Mahgoub un emploi mais à condition de se marier avec la femme de son patron.

Sans hésité il accepte la demande de son ami. La situation change radicalement l’lorsqu’il épouse Ishane, l’ex copine de son ami Ali Taha. Leur union est une entente sociale pour cacher la relation avec sa femme de ce haut dignitaire de l’administration publique. Lorsque Mahgoub Abd-el-Dayim est marié l’angoisse est certes toujours présente mais pourquoi ? Pendant les quelques semaine ou ils mènent une vie luxueuse, Mahgoub et Ishane cherchent à atteindre une certaine forme de bonheur mais ils sont rapidement anéantis dans un complot.

« La belle du Caire » interroge sur les valeurs morales, la politique, la situation de la femme, et la persistance des injustices. Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature en 1988, s’est construit un univers bien à lui, entre loufoquerie et érudition, récits de voyages décalés, le « Balzac du Nil » assume son allergie à la bêtise humaine.

Sous la plume de Naguib Mahfouz tout passe par le filtre d’une sensibilité écorchée, et ce roman est une immense conjuration émotionnelle. Un roman sous haute tension, qui sonne comme une musique funèbre.

La belle du Caire, éd Gallimard



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