Course contre la montre pour remettre en état le canal d’Avezac

Le canal d’Avezac qui irriguait, selon l’Association des irrigants d’Avezac, quelque 3 500 hectares dans les plaines de Camp-Perrin et des Cayes, faisant vivre entre 6 000 et 7 000 personnes, a été endommagé par le séisme du 14 août 2021. À l’approche des semis, entre octobre et novembre, une course contre la montre est lancée pour remettre en état cette infrastructure cruciale dont la construction remonte à la colonie de Saint-Domingue. 

Publié le 2021-09-09 | lenouvelliste.com

« Pa gen dlo nan kanal la non », soupire une femme dans la cinquantaine, debout, le long d’un segment du canal d’Avezac, à Camp-Perrin, samedi 4 septembre 2021. Toute sa vie, elle avait vu l’eau serpenter le long des branches de ce canal pour l’irrigation des terres, l’abreuvage des bêtes, la lessive… avant le tremblement de terre du 14 août.

Des dégâts provoqués par le séisme et de la mobilisation pour remettre le canal en état, avant les semis d’octobre, de novembre, il y a ses bénéficiaires dont Tessio Charles, le président de l’Association des irrigants du canal d’Avezac (AICA) qui compte 180 membres.

Le bassin de la prise du canal, à Bananier, sur la ravine du Sud, est obstrué par les éboulements provoqués par le séisme. Il y a un mur de protection à la prise qui est fissuré, en plusieurs points, sur quelque 70 à 80 mètres linéaires, la maçonnerie s’est effondrée. Des fissures sont observées le long des deux canaux primaires, la branche de Laborde, longue de 14 kilomètres et celle de Pemel, longue de 12 kilomètres et au niveau de 26 canaux secondaires, a confié au Nouvelliste le président de l’Association des irrigants d’Avezac, Tessio Charles.

« Aujourd’hui, 7 points sont obstrués par des éboulements en amont à la suite du tremblement de terre. Les éboulis bloquent le passage de l’eau et leurs positions sont inaccessibles aux engins lourds », a écrit dans son rapport Justin Ponthenier pour l’Association des irrigants du Canal d’Avezac (AICA) en date du 25 août 2021.

1 220 mètres cubes de déblais doivent être enlevés. 5 murs de soutènement sont endommagés. Selon ce rapport dont le journal a obtenu une copie, il faut 1,4 million de gourdes pour les travaux de déblaiement en attendant le budget pour la maçonnerie.

« Il y a un premier appui de la FOKAL pour déblayer et débloquer la prise du canal. Cela permettra de démarrer rapidement. Il doit y avoir des efforts conséquents pour refaire la maçonnerie. Il y a de quoi mettre les gens au travail. C’est beaucoup de déblais à charrier afin de libérer l’espace pour que l’eau entre dans le canal », a confié au journal la responsable du Comité interministeriel d'aménagement du territoire Michèle Oriol , rencontrée à Camp-Perrin.

Après le déblaiement, il faut refaire la maçonnerie avant d’ouvrir les écluses, a fait savoir Tessio Charles, qui pense à la saison des semis, en octobre et en novembre, reconnaissant de la mobilisation de beaucoup d’énergie dans l’effort pour remettre en état le canal d’Avezac, une infrastructure vitale dans la plaine de Camp-Perrin et une partie de la plaine des Cayes. Le canal, a souligné Tessio Charles, irrigue environ 3 500 hectares de la plaine de Camp-Perrin jusqu’à la premier section de Merssant. De la 1re à la 3e section de la plaine des Cayes. « 6 000 à 7 000 agriculteurs vivent du canal d’Avezac. Une partie de la production alimente le marché au niveau d’Haïti », a-t-il indiqué, saluant les efforts de volontaires, des irrigants, de la direction départementale du Sud pour remettre en état le canal.   

La plaine de Camp-Perrin produit des céréales comme le maïs, des légumes, des épinards, du piment. Une petite surface de 830 mètres carrés plantée en poireau peut rapporter jusqu’à 6 000 dollars américains après des investissements de 1 000 dollars américains en préparation de la parcelle. Il y a une dizaine d'années, selon une étude sur les rentrées générées par l’agriculture dans les espaces irrigués par le canal d’Avezac, elles tournaient autour de 5 millions de dollars américains, a confié au journal l’agronome Eliassaint Magloire, directeur général de l'Organisation pour la réhabilitation de l’environnement (ORE),  installé à Camp-Perrin depuis 1987. C’est beaucoup plus maintenant. Ils peuvent faire plus d’argent s’ils parviennent à cultiver des oignons, a-t-il soutenu.

Roberson Alphonse



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