Baskètbòl pou Ankadre Lajenès a huit ans

« Baskètbòl pou Ankadre Lajenès » (BAL) a clos les activités de célébration de ses huit ans d’existence ce dimanche 8 août 2021, dans les locaux de la Faculté Craan, avec une prestation de Tafa Mi-Soleil. Derrière cette initiative, Dave Fils-Aimé, un digne fils de Martissant.

Publié le 2021-08-13 | lenouvelliste.com

Il s’appelle Dave Fils-Aimé. Né à Port-au-Prince le 6 mars 1988, il quitte le pays à 12 ans pour rejoindre sa famille aux États-Unis. Là-bas, il termine ses études au Dr. Michael M. Krop Senior High School, entame une licence en sciences politiques à l’Université de Yale et poursuit une maîtrise en développement humain et psychologie à Harvard.

En mai 2012, désireux de contribuer aux efforts de reconstruction du pays, il y retourne et s’établit dans le quartier de son enfance alors qu’il travaille pour le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) comme point focal pour les relations avec les bailleurs de fonds. En 2013, l’ancien directeur de la section « Culture et Éducation » de l’Ambassade d’Haïti à Washington décide de mettre sur pied « Baskètbòl pou Ankadre Lajenès » (BAL), une organisation dont l’objectif est d'utiliser le basket-ball comme outil de mentorat et d'éducation pour la jeunesse haïtienne. « Nous travaillons actuellement avec près de 120 jeunes filles et garçons qui viennent de Martissant et de Cité Soleil », confie ce passionné du ballon orange qui a été directeur des opérations de l’équipe masculine de basketball de l’Université de Yale durant deux ans.

Grâce au BAL, ces jeunes ont accès à une panoplie d’opportunités destinées à forger leur caractère et à les motiver, le basketball n’étant qu'une ressource supplémentaire. Du vendredi au dimanche, entre 3 h et 6 h p.m., des séances d’entraînement de haut niveau débutent par la montée du drapeau et par une discussion autour d’une citation inspirante. Ils doivent produire un paragraphe de réflexion à partir de ladite citation chez eux et le présenter à la prochaine rencontre.

Suite aux partenariats développés par BAL, ces joueurs en herbe peuvent améliorer leur capacité en lecture, notamment grâce au programme réalisé en collaboration avec la FOKAL et la Bibliothèque nationale d’Haïti, profiter des séances de tutorat tous les samedis avec des enseignants issus de « Anseye pour Ayiti » et également tirer parti des programmes de bourses d'études, mis en place par les responsables du BAL.

À cause du climat d’insécurité qui sévit à Martissant, BAL a dû y suspendre toutes ses actions. « Depuis la première semaine de juin, nous ne sommes plus capables de travailler dans la zone. D’ailleurs un des chefs de gangs a pris contrôle du local dans lequel nous nous réunissons. Les jeunes ont déserté la zone. D’autres ont tout perdu et n’ont pu sauver aucun effet personnel car les bandits ont pillé leur domicile. C’est une situation extrêmement difficile », se consterne Dave Fils-Aimé. Mais la situation, à Cité Soleil, est un peu différente heureusement. « Nous continuons à fonctionner à Cité Soleil bien que, de temps à autre, on doit interrompre nos activités pour un jour ou deux ».

Toutefois, ces difficultés sont loin de pouvoir désarçonner Dave, lui qui, depuis 2014, dirige la Yale Alumni Schools Committee pour la région des Caraïbes. D’ailleurs, il ne remet même pas en question sa décision de retourner en Haïti. « Je ne regrette pas du tout. Je crois que le travail que je fais ici est nécessaire plus que jamais. Je n’arrive même pas à imaginer ce que je pourrais faire d’autre à la place », avoue-t-il. Comment et pourquoi un jeune qui a fréquenté deux des plus grandes universités au monde s’accroche autant à Haïti dans les circonstances difficiles que l’on connaît actuellement ? « Ironiquement c’est l’éducation que j’ai reçue aux Etats-Unis qui m’a permis de rester. En tant qu’Haïtien, j’ai toujours senti que j’avais comme un devoir envers mon pays, une obligation de contribuer à l’amélioration des conditions de vie », répond avec conviction Dave qui en septembre 2019 s’est vu décerner le Prix International Young Professional par la Chambre de commerce haïtiano-américaine de Floride.

« Je savais que cela ne serait pas facile dès le départ. Mais nous ne pouvons pas nous laisser aller au découragement. Nous devons faire tout notre possible collectivement pour permettre au pays de continuer à avancer », insiste celui qui est aussi fondateur et président de « DaliReel Productions », une société multimédia créée pour influencer les Haïtiens, promouvoir une image positive d’Haïti à l’échelle mondiale et mettre en valeur la culture et l’histoire du pays à travers ses divers projets.

Pour ses huit années, que le BAL a célébré dans un contexte particulièrement difficile, une semaine entière d’activités était prévue entre le 2 et le 8 août. Après un tournoi de basket-ball, des séances de cinéma, une journée au bord de l'eau à Wahoo Bay Beach, des panels d'orientation professionnelle pour les jeunes, entre autres, les festivités ont pris fin ce dimanche 8 août 2021 avec une partie culturelle à laquelle ont participé les jeunes de l'organisation et des artistes comme Tafa Mi-Soleil.



Réagir à cet article