Assassinat/Justice

Affaire Me Dorval: les agents de sécurité du juge d’instruction désarmés, le commissaire du gouvernement refuse d’exécuter ses ordonnances

Publié le 2021-06-18 | lenouvelliste.com

L’instruction relative à l’assassinat du bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince le 28 août 2020 est pratiquement à l’arrêt. Pour cause, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince refuse d’exécuter les ordonnances du magistrat instructeur, le juge Renord Régis. Comme si cela ne suffisait pas, la direction générale de la Police nationale a fait désarmer les policiers qui assuraient la sécurité du juge, a appris Le Nouvelliste d’une source proche du magistrat instructeur.

Le juge Renord Régis semble avoir les poings et mains liés dans l’instruction relative à l’assassinat du bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval. Environ 10 mois après l’assassinat de Me Dorval, le 28 août 2020, l’instruction n’avance pas. « L’instruction du dossier est pratiquement à l’arrêt. Le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Bed-Ford Claude, refuse d’exécuter les ordonnances du juge. L’épouse du président de la République, Martine Moïse, devait être entendue ce jeudi, elle a décidé de partir en voyage avec son mari », a dénoncé au Nouvelliste une source proche du juge Renord Régis.

Pas moins de huit ordonnances du juge d’instruction au chef du parquet de Port-au-Prince pour l’audition des personnes comme Aramick Louis, Carl Murat Cantave, Joseph Jouthe, Martine Moïse et Guichard Doré, entre autres, sont restées lettres mortes. « Le commissaire du gouvernement refuse catégoriquement d’exécuter les ordonnances du magistrat instructeur », a critiqué notre source proche du juge.

Même le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) ne fait pas cas du magistrat instructeur, a souligné notre contact.  

Selon notre contact dans l’appareil judiciaire, le juge Rénord Régis a été encore plus étonné quand, sur ordre du directeur général de la police national, la responsable de logistique de l’institution policière a exigé le retour dans 24 heures du fusil Galil mis à la disposition des policiers qui assuraient la sécurité du magistrat. Une décision prise cette semaine expressément par le chef de la police, a souligné notre source.

Pour le moment, le juge se considère comme « un cadavre ambulant. Craignant pour sa sécurité, il se met à couvert… », a confié au Nouvelliste notre contact.

« Vous comprenez maintenant pourquoi l’instruction du dossier relative à l’assassinat de Me Monferrier Dorval est bloquée. Non seulement le dossier est bloqué, la vie du juge Rénord Régis est en danger », croit savoir notre contact.

Le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince a été assassiné par balle. Il rentrait chez lui tard dans la soirée du vendredi 28 août 2020.

« Me Dorval n’est pas au service de lui-même. Je ne m'appartiens plus, j'appartiens au pays. Je fais le sacrifice de ma vie pour servir le pays. J'aime ce pays. Nous avons une grande histoire. Nous avons perdu cette fierté d’être haïtien. Les gens qui nous dirigent ne nous rendent pas fiers d’être Haïtiens. Le pays n’est ni gouverné ni administré. Il n’existe pas de partis politiques en Haïti capables de m’intégrer, les partis n’ont pas d’idéologie, ils n’ont pas de projets pour le pays », avait déclaré le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince dans sa dernière interview accordée à Radio Magik 9 le jour même de son assassinat.



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