Jovenel Moïse, l’opposition et la démocratie

Publié le 2021-04-06 | lenouvelliste.com

De prime abord, tous les acteurs de la classe politique haïtienne doivent œuvrer pour la démocratie, exercer leur mandat et toutes leurs actions au nom de la démocratie et s’opposer les uns aux autres suivant les règles de la démocratie.

Les règles du jeu politique en Haïti sont définies selon les principes universels de la démocratie et celles inscrites dans la Constitution de 1987 et dans les lois haïtiennes.

Ça, c'est sur le papier.

Sans revenir à 2017, quand l’opposition parlementaire a commencé à sortir des limites du terrain de jeu démocratique pour empêcher le cours naturel des événements au Parlement, lieu où la majorité impose sa loi implacable en démocratie, le pays ne s’en est pas assez inquiété. Quand Jovenel Moïse, le président élu, contesté mais en fonction, a commencé à sortir du chemin tracé par la Constitution et les lois, peu s’en sont inquiétés et beaucoup y ont vu le signe que s’il va de mal en pis, tout finira mal pour lui comme pour ses devanciers.

D’avancées antidémocratiques en percées autoritaires, le président Moïse a fait sauter toutes les digues les unes après les autres. Un jour après l’autre, un décret ou une décision après l’autre. Mollement, le pays a réagi. Sans lui opposer les principes démocratiques universels et les lois de la République, les oppositions ont cherché à le renverser ou à le pousser à faire pire. Sans succès jusqu’à présent, pour l’opposition et avec un appétit certain de la part du président.

Ce 7 avril 2021, à un jour, une semaine ou à des mois d’un changement de président, le président Moïse cherche à parachever son œuvre en forgeant un nouveau régime politique pour le pays à partir d’une nouvelle Constitution et en cherchant à réaliser des élections sur mesure pour les prochains chefs.

Rêves ? Mauvais rêves ? Mais rêves en cours de réalisation.

L’opposition, toutes chapelles confondues, peut continuer à tenter les actions qui n’ont donné jusqu'à présent aucun résultat ou revenir aux fondamentaux : on ne préserve la démocratie qu’avec les règles et instruments démocratiques. En démocratie, on dit à bas pour réclamer de nouvelles élections, pas pour s’emparer du pouvoir. Il faut la forme autant que les arriérés pensées.

Aujourd’hui, si toute la communauté internationale et les grands amis d’Haïti supportent, avec les réserves d’usage, les actions du président, son Conseil électoral, son référendum et ses élections, c’est bien parce qu’ils n’ont pas d’alternatives habillées des couleurs de la démocratisation. Ils préfèrent une démocratie imparfaite à une démocratie illisible.

Il n’existe actuellement aucun chef unique de l’opposition ni même un comité représentatif de tous les courants comme cela se fait dans les pays plongés dans les crises similaires à la nôtre. Il n’y a aucun courant majoritaire qui souhaite parler, dialoguer ou négocier la suite possible avec le camp au pouvoir (qui va plus loin que Jovenel Moïse). Il n’y a personne dans les oppositions qui se bat vraiment avec force arguments pour la Constitution encore en vigueur ou pour chercher à améliorer celle en écriture. Personne ne propose mieux aux alliés transitionnels d’Haïti à la place de ce que consent déjà Jovenel Moïse et ses partenaires. Tous ceux qui se soucient de l’avenir oublient de faire l’addition des intérêts et la lecture des forces en présence. Ils espèrent tous un miracle, un coup de pouce du Blanc ou un accident.

Jovenel Moïse propose des politiques mauvaises et des projets fumeux, mais ils existent. Il propose un régime démocratique bancal et autoritaire qui est sur la table et ses rédacteurs ne s’en cachent pas. L’administration Moïse-Jouthe emmène le pays dans la mauvaise direction. Mais elle avance, apprend des erreurs des autres, les transforme en gains, petits mais précieux.

Pour sortir Haïti du labyrinthe dans lequel il s’enfonce, il serait souhaitable que les acteurs, dans chaque camp, s’asseyent et s’entendent entre eux sur une stratégie avant que les deux camps se mettent autour d’une table pour proposer mieux que le scénario qui se dessine pour les prochains mois. La trajectoire actuelle ne laisse prévoir que du temps perdu pour Haïti et des souffrances supplémentaires pour chaque Haïtien.

Pour ce faire, il faut que dans chaque camp, celui-ci cesse de voler la table, et celui-là les chaises et qu’on revienne aux principes de base de la démocratie qui imposent la négociation entre opposants pour le meilleur des nations et des peuples.

On peut aussi empiler les torts des uns et les erreurs des autres et contempler le monument étalé en honneur de nos bêtises. 



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