Les Nations unies avancent vers le référendum et les élections avec le gouvernement Jouthe

Publié le 2021-01-27 | lenouvelliste.com

Le Premier ministre Joseph Jouthe a signé « un projet de document portant sur le protocole d'appui technique et financier au processus électoral avec le système des Nations unies » le lundi 25 janvier 2021, révèle un communiqué de la Primature rendu public, mardi soir. 

 « Le bureau de communication de la Primature informe de la signature, ce lundi, par le Premier ministre, M. Joseph Jouthe, également ministre de la Planification et de la Coopération externe, d’un projet de document portant sur le protocole d'appui technique et financier au processus électoral avec le système des Nations unies », lit-on dans ce communiqué.

 « Ce document de projet d’appui au processus électoral vise la réalisation de joutes crédibles et inclusives et le renforcement des capacités institutionnelles, techniques et logistiques du CEP » a été signé en présence du représentant résident du PNUD, du ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des questions électorales et des relations avec les partis politiques ainsi que des membres du Conseil électoral provisoire (CEP), selon le communiqué.

« Par cette cérémonie de signature qui intervient suite à sa requête auprès des Nations unies, le gouvernement s’engage, conformément aux vœux du président de la République, SEM Jovenel Moïse, à la tenue cette année dans le pays d’élections démocratiques, transparentes et libres »,  indique le communiqué. 

 « Le Premier ministre en a profité pour saluer le travail du CEP qui, dans ce contexte difficile, est parvenu à élaborer un calendrier électoral. Ce qui signifie que le cap est résolument mis sur le renouvellement du personnel politique du pays, condition nécessaire au fonctionnement régulier des institutions publiques au bénéfice du développement durable, sur la base d'une Constitution plus harmonieuse et inclusive », précise le communiqué.

« Suite à la demande adressée en novembre 2020 par le gouvernement de la République d’Haïti aux Nations unies pour appuyer le processus électoral de 2021, les Nations unies ont effectué une évaluation de la situation et des besoins pour définir la nature et la modalité de leur appui. Un document du projet d’appui au processus électoral, préparé à cette fin, a été signé le 25 janvier 2021 par le gouvernement, le BINUH et les quatre agences des Nations unies – le PNUD, UNOPS, ONU Femmes et UNESCO – qui fourniront un appui technique, opérationnel et logistique au processus, sous le leadership du Conseil électoral provisoire et des autorités haïtiennes », a confirmé un communiqué de presse du Système des Nations unies en Haïti, mercredi 27 janvier 2021.

« Comme pour les élections précédentes, le document prévoit la mise en place d’un fonds fiduciaire commun à travers lequel les contributions – tant du gouvernement haïtien que des partenaires internationaux – seront gérées par le PNUD », a souligné ce communiqué.

« Le gouvernement haïtien a d’ores et déjà annoncé qu’il contribuerait à ce fonds pour permettre le démarrage des activités préparatoires au référendum constitutionnel, ainsi qu’aux élections présidentielle, législatives, municipales et locales, selon le calendrier publié par le Conseil électoral provisoire », conclut ce communiqué.

Ce communiqué du système des Nations unies en Haïti intervient après le communiqué d’une responsable du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme le 19 janvier dernier. « Nous craignons que l’insécurité persistante, la pauvreté et les inégalités structurelles en Haïti, conjuguées à des tensions politiques croissantes, ne conduisent à un mouvement de mécontentement de la population suivi d’une répression policière violente et d’autres violations des droits de l’homme », lit-on dans un communiqué qui, en référence au dernier rapport du Haut-Commissariat pour les droits de l’homme, a souligné « les violations des droits de réunion pacifique et de la liberté d’expression ».

Les tensions politiques refont surface en raison de différends sur le calendrier et la portée des élections et d’un référendum sur la réforme constitutionnelle proposée par le gouvernement, avait indiqué le Haut-Commissariat pour les droits de l’homme. Le rapport a imputé des violations des droits de la personne aux forces de l’ordre, aux gangs,  à l’insécurité généralisée, dans « un contexte d’impunité presque totale ».

L’Église catholique reste à quai à un moment où le président Jovenel Moïse, en dehors d’un large consensus national et dans l’irrespect des dispositions constitutionnelles interdisant tout référendum pour modifier la Constitution, œuvre, avec d’autres, à concocter une nouvelle Constitution au pays. « Ce n’est ni personne ni un petit groupe de personnes qui peut décider sur une question aussi importante pour l’avenir de la nation », lit-on dans la version créole du message de Noël de la Conférence épiscopale.

« Si de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer des changements dans la constitution ou une nouvelle Constitution, il faut bien chercher la manière juste et consensuelle pour y arriver », a insisté  la Conférence épiscopale, soulignant que « la solution est dans l’espérance qui active le consensus pour une amitié sociale et une nouvelle culture ».

« Notre pays aujourd'hui est sorti de la voie de l'État de droit et semble vouloir retourner sur les sentiers battus de la dictature dont nous avons fait l'amère expérience sur une longue durée et dont nous avons connu les conséquences en termes de privation des droits et libertés. La formation d’un Conseil électoral provisoire en dehors de la recherche habituelle de consensus; le projet de changement de la Constitution dans la plus totale division de l’opinion publique; le projet de référendum sur la nouvelle Constitution, en violation parfaite de l'article 284.3 de la Constitution de 1987, non réputée en veilleuse, sont autant d’initiatives d’un pouvoir qui fait une totale abstraction de l’existence du corps social haïtien», a indiqué le 25 janvier l’Association nationale des médias haïtiens dans une note de conjoncture.

Le Système des Nations unies qui avance vers les élections avec le gouvernement Jouthe fournit un appui implicite au maintien du président Moïse au pouvoir au-delà du 7 février 2021, estime des appuis du pouvoir Tèt Kale à un moment où l’opposition annonce une mobilisation nationale pour « contraindre le président de la République à respecter l’article 134-2 de la Constitution et laisser le palais national à la fin de son mandat le 7 février 2021 ».



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