Que reste-t-il de l'organisation Religions pour la paix-Haïti ?

Entre la démission cette semaine du pasteur Clément Joseph, secrétaire général de Religions pour paix-Haïti, le décès cette année de la mambo Euvonie Georges Auguste, représentante du secteur vodou, Mgr Pierre-André Dumas, représentant de l’Eglise catholique qui, l’année dernière, avait publiquement pris ses distances par rapport à un processus de dialogue lancé par Religions pour paix, que reste-t-il de cette organisation inter-église ?

Publié le 2022-08-10 | lenouvelliste.com

Encore une autre institution du pays qui s’effondre. Religions pour paix-Haïti. Depuis son implication dans la résolution de la crise sur le fameux dossier de la double nationalité présumée du président Michel Martelly en 2012, en passant par le dialogue politique à l’hôtel El Rancho en mars 2014, l’image de cette organisation a été quelque peu abîmée.

En avril 2021, alors que Religions pour la paix multipliait les invitations aux organisations politiques sur un processus de dialogue entre les acteurs impliqués dans la crise, Mgr Pierre-André Dumas, président de cette organisation œcuménique, prenait ses distances à l'égard de l’initiative de dialogue de Religions pour la paix. «…Il y a anguille sous roche pour pouvoir se lancer dans cette aventure sans fin dont les résultats sont déjà hypothéqués à l'avance », avait déclaré l’évêque d’Anse-à-Veau et de Miragoâne dans une interview accordée au Nouvelliste le 12 avril 2021.

« Je n'ai jamais signé en faveur de cette initiative que je ne comprenais pas trop bien d'ailleurs. Je porte toujours plusieurs casquettes comme citoyen et chrétien catholique engagé et donc leader religieux et fanatique du dialogue comme moyen de résoudre pacifiquement les conflits entre frères visant les intérêts supérieurs d'Haïti. En tant qu'évêque sensible aussi à la cause des pauvres et au devenir de la nation, j'ai agi selon mes convictions profondes et dans le respect scrupuleux de ma foi d'évêque disant comme Pierre et Jean, je préfère obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes », s'est défendu Mgr Pierre-André Dumas.

Après avoir été exposé à beaucoup de critiques et vu sa crédibilité mise à rude épreuve par des organisations politiques de l’opposition à l’époque, Religions pour la paix Haïti avait dû, le lundi 12 avril 2021, abandonner le processus de dialogue qu’elle a voulu initier sur la crise politique.

Depuis cet échec cuisant, Religions pour la paix-Haïti n’est que l’ombre d’elle-même. Elle est de moins en moins sollicitée dans la résolution de crise dans le pays. Pour cause, On ne retrouve plus cette organisation inter-églises dans les nombreuses initiatives d’accord et de dialogue après l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021.

Cette semaine, le pasteur Clément Joseph, secrétaire général de Religions pour la paix branche Haïti, a annoncé sa démission dans une note de presse. Le représentant du secteur protestant au sein de cette organisation œcuménique n’a pas donné les raisons de sa décision. Cependant, il a dit offrir « son amour et son pardon » à ceux qui n’avaient pas compris son travail dans Religions pour la paix.

« Par la présente, je me fais le devoir de porter à la connaissance du peuple haïtien et de la communauté internationale que la plateforme interreligieuse Religions pour la Paix, Haïti (RPPH) est en pleine rénovation/restructuration grâce à l'accompagnement de Religions pour la paix internationale. Ma démission du poste de secrétaire général de RPPH, signifiée depuis le 15 avril 2021, doit être effective dans quatre semaines. Je profite de cette occasion pour présenter de chauds et sincères remerciements à toutes celles et à tous ceux qui m'ont aidé et accompagné pour offrir douze années de services bénévoles à Haïti, mon pays, dans les conditions connues de tous », lit-on dans la note de presse du pasteur Clément Joseph.

Le représentant du secteur protestant au sein de cette organisation œcuménique a ajouté : « À ceux qui n'avaient pas compris, je voudrais offrir toute une corbeille de remerciements huilés de grâce, d'amour et de pardon. Car, blessé, guéri, reblessé, reguéri, je suis devenu aguerri dans et pour le ministère d'artisan de paix auquel j'ai été appelé et engagé depuis 1998.»


Le pasteur Clément Joseph a déclaré : « Ce n'est ni de ma faute ni de ma vertu. C'est poussé par l'autorité de la Parole de Dieu, la Bible que je fais ce que je fais comme je le fais. Il est écrit, a-t-il cité, : « Heureux ceux qui procurent la paix, ils seront appelés fils de Dieu. Mat 5v9. »

Il faut rappeler que le mercredi 23 mars 2022, la secrétaire générale de la Confédération nationale des vodouisants haïtiens (KNVA), la mambo Euvonie Georges Auguste, représentante du secteur vodou au sein de l’organisation Religions pour la paix, est décédée à l’âge de 65 ans.

Aujourd’hui, Mgr Pierre-André Dumas (l’Église catholique) occupe le poste de président honoraire dans l’organisation Religions pour la paix. Mgr Ogé Beauvoir (l’Église épiscopale) en est le président en exercice. Le Dr Françoise St Vil Villier, évêque général de l’organisation CONASPE, membre ; la mambo Schnaida Adely de KNVA, membre, et le pasteur Clément Joseph secrétaire général démissionnaire.



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