Guerre des gangs

Les bandits de Martissant ouvrent le feu sur un groupe de religieux protestants tuant la femme d’un pasteur

Publié le 2022-07-22 | lenouvelliste.com

« Ma femme faisait partie d’un groupe inter-églises d’une trentaine de personnes chargées de nettoyer la zone du Pont-Breya à Martissant où devait se tenir du 31 juillet au 14 août une croisade évangélique. Ils ont ouvert le feu sur le groupe et ma femme a reçu deux projectiles au niveau de ses seins. Elle est morte… », a raconté au Nouvelliste la voix crispée et avec amertume le pasteur Frantz Fernelant.

Lundi 18 juillet 2022, 10 heures du matin. En prélude à une croisade évangélique, un groupe de protestants issus de plusieurs églises s’apprêtent à nettoyer la zone du Pont-Breya à Martissant, un quartier contrôlé par des groupes armés en conflit depuis le 1er juin 2021. Ils étaient une trentaine de frères et sœurs chrétiens armés uniquement de leur seule volonté d’apporter la bonne la nouvelle à des gens qui, pour la plupart, ne croient qu’à leurs armes à feu.

« Ils ont ouvert le feu sur le groupe. Seule ma femme a été touchée. Elle a reçu deux balles avant de tomber à genoux. Transportée d’urgence à l’hôpital, elle est morte en chemin », a soupiré le pasteur Frantz Fernelant, coordonnateur du Conseil national spirituel des églises d’Haïti (CONASPEH) dans les Nippes.

Au moment où le groupe de protestants s'était fait attaquer par les bandits de Martissant, Evena Eliacin, l’épouse du pasteur Frantz Fernelant, n’avait comme seule arme qu'un balai pour nettoyer la zone du Pont-Breya.

Le secrétaire général du CONASPEH, l’évêque Daniel Exantus, a confié au Nouvelliste que le groupe inter-églises avait pris le soin d’écrire au groupe armé de Grand-Ravine qui contrôle la zone du Pont-Breya avant de lancer les nettoyages. « Ils avaient accepté. Voilà qu'une fois arrivés sur les lieux, ils ont ouvert le feu sur le groupe qui avait une trentaine de personnes. La femme du pasteur Frantz Fernelant a été tuée… », a-t-il dénoncé.

L’évêque Daniel Exantus a souligné que ce groupe avait déjà organisé une croisade évangélique l’année dernière. « Le secteur protestant est encore une fois victime. Des dizaines d’églises et des dizaines d’écoles sont fermées à Martissant, des familles brisées… c’est catastrophique », a déploré l’évêque, qui a critiqué le Premier ministre Ariel Henry qui, a-t-il souligné, dans son adresse à la nation mercredi dernier, s’est montré très peu concerné par la situation d’insécurité dans le pays.

Depuis le 1er juin 2021, des groupes armés s’affrontent violemment pour le contrôle de Martissant, un axe important de la route nationale numéro 2 qui relie la capitale à quatre autres départements du pays. Ces bandits ouvrent le feu sur des passants et des véhicules qui s’aventurent sur ce tronçon totalement abandonné par les autorités.

« Je donne la garantie que le tronçon de route de Martissant menant vers le grand Sud sera dégagé et le contrôle sera repris par la Police nationale d'Haïti (PNH). « Dans les meilleurs délais, la police dégagera la route de Martissant. Le rôle du gouvernement et de la police est de permettre la libre circulation des personnes et des biens. C’est l’une de nos grandes priorités », avait promis en février dernier le Premier ministre Ariel Henry. Cinq mois après, Martissant est toujours contrôlé par les gangs armés.



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