« Les personnes handicapées en Haïti vivent une situation de détresse humaine »

Publié le 2021-12-02 | lenouvelliste.com

Ce 3 décembre ramène la Journée internationale des personnes handicapées. Le Nouvelliste s’est entretenu avec plusieurs acteurs autour de la situation de cette catégorie de personnes dans le pays. De l’avis de Michel Péan, coordonnateur national de la Société haïtienne d’aide aux aveugles (SHAA), la situation est catastrophique. « Ces gens vivent une situation de détresse humaine. À titre d’exemple, les personnes handicapées qui ont été chassées par des bandits armés près de Pont-Rouge sont actuellement logées dans les locaux du Bureau du secrétaire d’Etat à l'Intégration des personnes handicapées. Ils n’ont reçu aucune visite des autorités. Pas même du Premier ministre Ariel Henry qui était également ministre des Affaires sociales. Ils vivent une situation lamentable. Je n’ai jamais vu pareille chose », a fait savoir le Dr Péan.

Selon le coordonnateur de SHAA, la situation est particulièrement difficile pour les personnes handicapées vivant dans les régions frappées par le séisme du 14 août dernier. « Les gens n’ont plus d’abri. Ils ne peuvent ni se nourrir ni payer la scolarité de leurs enfants.

« La SHAA vient de perdre un de ses membres dans le Sud. Il a perdu sa maison. Il est mort de sous-alimentation et de chagrin. On organise des réunions chaque semaine sur le sort des personnes handicapées. Mais rien de concret n’a été fait jusque-là. Les autorités affichent une indifférence totale au sort de ces personnes », s’est insurgé Michel Péan.

Marie Madeleine Pierre Georges du Réseau associatif national pour l’intégration des personnes handicapées croit, elle aussi, que la situation est alarmante. Selon elle, dans le contexte de la détérioration des conditions socio-économiques, les personnes handicapées deviennent doublement vulnérables. « Les difficultés à leur intégration se sont multipliées. De plus, la majorité des personnes handicapées proviennent de familles pauvres. Avec la récession économique que connait le pays, leur situation s’est aggravée », a-t-elle indiqué. La militante a déploré le fait que des enfants vivant avec un handicap dans le grand Sud ne peuvent plus se rendre à l’école.

Interrogé sur l’état des lieux de l’intégration des personnes handicapées, le Dr Péan estime que peu de progrès ont été réalisés en Haïti. « Nous avons un cadre légal régissant la protection des personnes handicapées. Malheureusement il n’est pas mis en application. Une loi qui n’est pas en application est une loi qui n’existe pas. Au sein de la société civile, on s’est battu pour avoir le cadre légal. Maintenant on continue de se battre pour sa mise en application. On a quand même certains acquis. On compte par exemple des modèles d’intégration au niveau scolaire. Il y a des exemples de réussite. Toutefois, ce qui nous intéresse après tant d’années de lutte, c’est la scolarisation massive des enfants handicapés dans le système éducatif. On ne peut pas le faire sans un sérieux accompagnement de l’Etat », a-t-il soutenu.

Si des activités sont prévues au sein des organismes de la société civile pour marquer le 3 décembre, le gouvernement n’a encore rien annoncé en ce sens. Actuellement, il n’existe pas un secrétaire d’Etat à l’Intégration des personnes handicapées, a regretté Rose May Legouté, secrétaire nationale du RANIPH. « Le Premier ministre Ariel Henry avait mis fin aux fonctions de la secrétaire d’Etat. Avec cette décision, les personnes handicapées ne savent plus à qui s’adresser en cas de besoin. Il n’y a plus d’interlocuteur au niveau gouvernemental. La création de ce bureau a été obtenue au prix d’une longue lutte. C’est un acquis que nous ne voulons pas perdre. C’est pour cela que dans le secteur nous enjoignons aux autorités de réagir au plus vite afin de combler cette vacance au niveau de ce poste », a invité madame Legouté.



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