Une importante somme d’argent retrouvée chez Jovenel Moïse, révèle Pierre Espérance

Publié le 2021-08-09 | lenouvelliste.com

Invité à l’émission Haïti, sa k ap kwit sur Télé 20 le 5 août dernier, le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), Pierre Espérance, a fait des révélations concernant l’enquête sur l’assassinat du président Moïse. Il a également livré son opinion sur l’avancement de l’enquête et évoqué quelques faits marquants dans la chronologie des événements. Ainsi, Pierre Espérance a révélé qu’il y avait beaucoup d’argent dans la résidence privée de Jovenel Moïse le jour de son assassinat. « Une importante quantité de cash. On a retrouvé des sacs sécurisés, habituellement utilisés par la Banque de la République d'Haïti (BRH). Ces sacs contenaient des liasses de dollars, mais aussi des liasses de 1000 gourdes, 500 gourdes et 250 gourdes. Martine Moïse a pu récupérer de l’argent après être revenue au pays. On a aussi retrouvé de l’argent en dollars américains sur les Colombiens décédés ou capturés par la population. Un juge a constaté 40 000 dollars dans le gilet pare-balles d’un Colombien. Il y avait une énorme quantité de billets dans un autre qu’on n’avait pas comptabilisée. Les résidents de Morne Calvaire et de Jalousie, où certains assaillants ont été capturés, ont fait leur beurre », a indiqué le militant des droits humains.

Pierre Espérance a également fait savoir que la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ) et le FBI n’ont pas retracé le document que Martine Moïse a affirmé que les assaillants ont emporté après avoir tué Jovenel Moïse. « Ce document évoqué n’est pas retracé. Elle peut toutefois savoir de quoi elle parle. On n’a pas arrêté tous les assaillants. Certains ont pu partir avec de l’argent et des documents », a-t-il fait savoir. 

Le défenseur des droits humains s’est aussi  interrogé sur le retard pris par les juges chargés du constat des faits le jour de l’assassinat. « Les juges de paix et greffiers étaient mobilisés pour se rendre sur la scène du crime dès 5h30 a.m. Ils sont arrivés au commissariat de Pétion-Ville vers 7h30 a.m. Ils ont été emmenés par la police sur la scène de crime aux environs de 10h30. Ils étaient accompagnés d'agents de la police scientifique. Pourquoi les juges de paix et greffiers ont-ils été retenus pendant tout ce temps au commissariat ? Pour le RNDDH, il est possible qu’on ait procédé à des manipulations sur la scène du crime », a-t-il estimé.

Plus loin, Pierre Espérance a dit ne pas comprendre pourquoi on a attendu aussi longtemps avant de prendre des mesures conservatoires contre certains policiers. « On a attendu 10 jours après l’assassinat pour prendre des mesures conservatoires contre les policiers qui assuraient la sécurité de la résidence du président. Je ne comprends pas ce retard. Beaucoup de ces policiers ont pu quitter le pays », a-t-il soutenu. 

Pierre Espérance a accusé des policiers d’avoir permis à un suspect de prendre la fuite. « Christian Emmanuel Sanon a été interpellé en la résidence de Samyr Handal. Ce dernier a été escorté par des policiers au moment de quitter le pays. Il allait faire l’objet d’un mandat d’amener plusieurs semaines après, soit le 2 août 2021. La police a retrouvé beaucoup d’armes à feu chez lui », a-t-il souligné.

Pour l’heure, la police judiciaire a déjà transmis son rapport au chef du parquet de Port-au-Prince. Ce dernier a transféré le dossier au cabinet d’instruction. Un juge d’instruction doit incessamment être désigné pour instruire l’affaire. Toutefois, Pierre Espérance est très sceptique. « Je ne pense pas que Jovenel Moïse va obtenir justice. Je ne crois pas que l’enquête va aboutir. Les institutions ont été affaiblies. Depuis 2018, la justice fonctionne seulement pendant 4 mois sur 12. Le mandat de beaucoup de juges n’a pas été renouvelé. Les dossiers n’avancent pas. Nous avons déposé 10 plaintes au cabinet d’instruction concernant 13 massacres. Aucun suivi n’a été fait. Dans le cas de l’enquête, plusieurs scénarios sont possibles. Le dossier peut être confié à un juge qui l’utilise pour persécuter des politiciens. Le dossier peut être confié à un juge sérieux, qui fera son travail dans la sérénité. Mais ce dernier peut se retrouver en face de ceux qui ont participé au complot ou qui ont trouvé des complices au plus haut niveau de l’Etat », a-t-il prédit.

Dans son procès-verbal  le 9 juillet dernier, le juge Clément Noël avait indiqué avoir verbalisé des objets retrouvés par la police dans un véhicule utilisé par les assaillants : 5 armes à feu, dont 2 pistolets 9 millimètres, des cartouches de calibre 5,56 millimètres, le serveur de la caméra de surveillance de chez le président Jovenel Moïse, un chéquier de la Banque nationale de crédit (BNC) au nom de Monsieur et Madame Jovenel Moïse, une vingtaine de sacs, des haches, des pinces coupantes, des vêtements, de la nourriture et de l’argent, 109 billets de 20 dollars US, un lot de 100 billets de 100 dollars US, un lot de 99 billets de 100 dollars US et un lot de 100 billets de 100 US, 100 billets de 50 dollars US, 32 billets de 100 dollars dans un gilet pare-balles, deux plaques de véhicule de location et le contrat de location de véhicule fait avec Avis le 6 juillet, des téléphones cellulaires entre autres, avait confié le magistrat Clément Noël, qui a auditionné et ordonné la garde-à-vue de James Solages et de Joseph Vincent.



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