Rétrospective et Exposition-vente Galerie Trois visages

Vue de Michèle Gardère Frisch sur la croisée des chemins de Marie-José Nadal

Publié le 2021-04-28 | lenouvelliste.com

« Faire de l’art un des buts essentiels de ma vie. » C’était le credo de Marie José Nadal, un pinceau trempé dans une palette de sources lumineuses. Galeriste, peintre, sculpteure, elle avait travaillé durant son existence sur différents médiums. « 75 ans de la vie de ma mère ont été consacrés à l’art », précise Michèle Gardère Frisch, la fille de Marie José Nadal, à l’occasion de la rétrospective et exposition-vente, le jeudi 22 avril 2021, à Galerie Trois visages, Espace Pèlerin 1. « Si elle était encore parmi nous, Mamijo aurait célébré ses 90 ans », se souvient madame Frisch, la procuratrice de l’exposition « Croisée des chemins », organisée avec la galeriste Jacinthe Vorbe Zéphyr. 

« Ma mère est décédée le 23 décembre 2020. A cause de l’épidémie de Covid-19, rien n’a été commémoré. Qu’elle serait contente de célébrer ses 90 ans aujourd’hui ! Elle aimait fêter l'anniversaire de sa naissance », confie-t-elle.

L’ancienne directrice du Musée du panthéon national d’Haïti (MUPANAH), Michèle Gardère Frisch, conserve de sa mère l’image d’une femme tout à fait dédiée à l’art.  « C’était une artiste complète. Elle faisait de la peinture, la sculpture, la lithogravure, le dessin, la sérigraphie, la linogravure, la céramique… »

L’élève de Dewitt Peters, de Lucien Price (Haïti), de Robert Hydman et d’Henri Masson (Canada) se servait de tout ce qui lui permettait de s’exprimer.

Ses pinceaux se trempaient dans l’huile et l’acrylique ; dans la gouache comme à l’aquarelle.

Cette rétrospective et exposition-vente du 20 au 30 avril offre l’occasion au visiteur un moment privilégié pour explorer, dans les hauteurs de Pèlerin, à la galerie Trois Visages, le chemin parcouru par un être sensible à son temps. 

Dès les années 40, au siècle dernier, Marie José Nadal s’ouvre sur ce qui se passe autour d’elle. L’artiste apprend avec ses maîtres, les techniques qui lui serviront à exprimer de manière originale ce qu’elle veut, ce qu’elle sent, ce qu’elle souhaite apporter au monde.

« Elle était passionnée par la nature, elle a peint les chemins du pays, les routes, les montagnes, les chemins de sa vie, les différents parcours de sa vie », raconte madame Frisch qui avait ouvert la galerie Marassa en 1977 avec sa mère dans le but de promouvoir l’art haïtien. 

Un amour de l’espace depuis l’exploit d’Apollo

Marie-José Nadal était curieuse ; sa faculté de s’étonner était en éveil. « Elle s’est beaucoup intéressée à l’espace. Elle a été très marquée par le voyage d’Apollo 11, la conquête de la lune. Elle a poussé l’abstraction énormément à cette époque. » 

Ce petit pas pour l’homme qui deviendra un bond de géant pour l’humanité, pour reprendre la phrase prononcée par l’astronaute américain Neil Armstrong depuis la Lune à plus de 300 000 kilomètres de la Terre, le 31 juillet 1969, a provoqué une révolution chez Marie-Josée  Nadal.

Le sol lunaire, les étoiles, les planètes, l'ère spatiale mobiliseront l’énergie de l’artiste. L’énergie créatrice sera son carburant pour voyager dans le vaisseau de son imagination. On atterrit dans les décors stellaires, on suit la rotation du soleil, les paysages célestes qui nous conduisent sur les chemins de la liberté ouverts sur l’espoir. Tunnel, un mixed media sur papier (12 x 18), est emblématique. Il traduit et résume le développement stylistique permanent de l’artiste dans sa quête de lumière. 

Chez nous, en Haïti, une pensée nous imprègne l’esprit. « Il n’y a pas de lumière au bout du tunnel ». La galerie souterraine – que décrit Marie-José Nadal sur papier –, transmet à ceux et à celles qui sont encore sensibles, une émotion visuelle pour signifier que l’or du soleil est au bout de la voie qui ouvre passage. Ici, elle transmet ses vérités intérieures dans un environnement, une Haïti abêtie, abêtissante, brutale où la vie ne vaut plus rien. 

Dans l’espace de l’exposition, les thèmes chers à l’artiste se lisent : Apollo 11 (26x24), Homme sur la lune – mixed media sur papier d’arches, Astronaute 1 (24x18 – linogravure), Astronaute II (24x18), linogravure,  Vers l’espace (18x24) acrylique sur papier d’arches, Lune et paysage 40x30, acrylique sur toile, Lune bleue (30x24) – huile sur isorel, Coucher de soleil (24 x 36) acrylique sur toile, Soleil rayonnant, La route de l’espoir, Soleil noir sur fond rouge 36x24, acrylique sur toile.

 « Elle a exploré beaucoup de sujets à travers ses œuvres », souligne la procuratrice de l’exposition. Les paysages sont présents : Arbre marin (30x4) – acrylique sur isorel, Paysage (24x36) – Acrylique sur toile, Furcy (11x18) – Mixed média, Valembrun (24 x 20) – Huile sur isorel, Paysage abstrait (24 x36) – acrylique sur toile, Route vers le Nord, paysage haïtien (24 x 36) – Acrylique sur toile.

Les œuvres de cette artiste qui a laissé un grand vide dans l’espace culturel haïtien seront exposées dans plusieurs pays : Haïti, République dominicaine, États-Unis, Cuba, Porto Rico, Mexique, Colombie, Brésil, France, Nouvelle-Calédonie.

La fille de Nadal pose un regard émerveillé sur cette mère qui l’a initiée dès sa plus tendre enfance à la vie culturelle. « Ma mère a influencé ma vie ; elle m’a trimbalé dans toutes ses rencontres culturelles. Je peux dire que j’ai grandi au Centre d’art lorsque j’étais au collège Bird, j’y allais à pied tous les midis. » 

Elle a fréquenté les galeries, les musées en Haïti et à l’étranger avec cette mère qui la conduisait constamment sur les routes de l’art.

L’art chez Nadal s’appréhende sur diverses facettes : galeriste, entrepreneure culturelle, peintre, sculptrice, écrivaine, collectionneuse d’objets d’art amérindien, toute une orchestration pour faire de l’art une essence qui donne toute la saveur à sa vie.



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