Nécrologie

Casimir Joseph, l’un des plus grands miniaturistes haïtiens, est mort

Publié le 2021-04-21 | lenouvelliste.com

Casimir Joseph, l’un des plus grands miniaturistes haïtiens, est décédé à Boston, aux États-Unis, le jeudi 8 avril 2021.  Deux de ses disciples, Cornély Sandy et Alan Pierre-Louis, résidant aux États-Unis, ont précisé que maître « Case » est décédé sur son lit d’hôpital, à l’âge de 80 ans.

La mort de maître Case me rappelle des souvenirs. Il peignait souvent sur sa galerie à la 2e ruelle Gauthier, au pied du sanatorium où il habitait dans le quartier de Carrefour-Feuilles, milieu où vivaient dans le temps beaucoup de peintres. Ludovic Booz, Claude Dambreville, Préfète Duffaut, Lionel Saint-Éloi, Schiller Saint-Éloi, Raymond Olivier, Guy Pierre, Michel Bazile, Philippe Pierre, Pierre Clitandre, pour ne citer que ceux-là. J’ai écrit une fois que, dans un article, si vous lancez une pierre au marché Tunel, il ne tombe pas sur la tête d’un peintre, dites-vous bien que vous n’êtes pas à Carrefour-Feuilles. Ils étaient nombreux, les jeunes piqués de curiosité pour la peinture qui embrassaient du regard les coups de pinceau du maître : Nixon Léger, Jocelyn Joseph, Sandy Cornély, Alan Pierre et Hervé Lazarre, un jeune de son quartier qu’il avait beaucoup pleuré suite à sa tragique disparition lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Je venais regarder peindre ce rude travailleur, assis devant son chevalet. Il parlait tout en continuant à donner ses coups de pinceau. Je me demandais comment il arrivait à canaliser son énergie sur la toile en s’occupant de moi qui posais des questions et de ces jeunes restés debout derrière une petite barrière. À l’intérieur de sa maison, du grand classique en rotation sur un tourne-disque créait une atmosphère légère, aérienne et confortable pour le transport de l’esprit vers un monde de création. On écoutait Bach, Mozart, Strauss, Rachmaninov, Stravinsky, Debussy, Chopin, Beethoven... 

La géométrique de ses perspectives

Assis derrière son dos, je regardais Casimir tracer des lignes, des formes, des volumes et les habiller de couleurs. Tout prenait vie sous ses touches. J’aimais ses ciels, la rigueur géométrique de ses perspectives, ses jeux d’ombres et de lumières qui rappelaient le maître vénitien Canaletto, qu’il aimait tant. Il ne disait pas deux mots sans évoquer Giovanni Antonio Canaletto. Il adorait Jacob van Ruisdael. Alan Pierre-Louis qui suivait Casimir Joseph derrière la petite barrière, son lieu d’observation, songe à Ruisadel quand il parle de son maître ; de même que Jean-Ménard Derenoncourt, l’un de ses disciples, pense à Ludovic Booz et Georges Ramponeau pour souligner les influences de Casimir.

Lorsque Carrefour-Feuilles conservait encore les meilleurs de ses enfants, j’allais admirer les marines du peintre de cette banlieue de Port-au-Prince. Je prenais le temps de me perdre dans les subtils dégradés des marines de Casimir, leur atmosphère vaporeuse persistait dans ma rétine ; je voulais saisir l’instant qui passe dans un regard.

Casimir aimait peindre Port-au-Prince, ses quartiers miteux, délabrés offrant des échancrures de mer où tanguaient, sur un air imprécis, des bateaux chargés de sacs de charbon et autres marchandises. Sur les débarcadères grouillaient toujours de pauvres hères vêtus d’habits aux couleurs qui se fondent l’une dans l’autre. Le peintre jetait dans ces milieux vulnérables liés à la mer une lumière douce, harmonieuse qui rendait la misère d’Haïti fastueuse.

Comment arrivait-il à produire de telles impressions qui créaient une certaine magie dans les beaux salons ? À la Galerie d’Art Nader comme à Festival Arts de Marie-Alice Théard, j’aime prendre mon temps pour me retrouver dans l’univers de Casimir Joseph, c’était le miniaturiste par excellence qui ouvrait des fenêtres sur des marines et des tranches d’histoire d’Haïti. 

Je n’oublierai jamais cet artiste, assis devant son chevalet, qui peignait sur sa galerie tout en continuant à alimenter la conversation avec les jeunes penchés derrière lui et d’autres, debout devant sa barrière, suspendus aux paroles qui tombaient comme une semence sur leurs terres intérieures.



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