La violence, elle nous regarde tous

Publié le 2021-04-16 | lenouvelliste.com

Nous faisons face à une explosion sans précédent de la violence, depuis la chute de la dictature des Duvalier. Nous sommes passés du totalitarisme au chaos, sans avoir transité vers cette démocratie que nous avons si longtemps fantasmée.  

Ces derniers mois, l’insécurité est à un stade épidémique. Aucune mesure barrière pour nous protéger. Tout citoyen est une cible. Nous vivons tous une extrême incertitude. Nous consommons la peur et l’angoisse au quotidien. 

Je demeure perplexe face à ces réactions à la carte devant ce buffet indigeste de kidnapping, de viols et de meurtres. La table est pourtant mise pour une communion de solidarité, entre nous. 

Malgré tout, les différents groupuscules, composantes et strates de la société haïtienne semblent en jeûne d’unité nationale. Nous préférons passer à table secteur par secteur. À quand une grève des barbus ou de ceux-là qui chaussent du 10, pour protester contre l’enlèvement d’un des leurs ? 

Si même ce malheur collectif n’arrive pas à nous faire partager le pain de l’assistance mutuelle, c’est que nous n’avons pas atteint la cohésion minimale pour nous appeler nation. Or, nous ne parviendrons à protéger notre vie que si nous portons le même intérêt pour toutes les vies.

Le problème de l’insécurité actuelle ne peut être résolu individuellement ou en petit cercle. "Zafè mouton pa zafè kabrit" jusqu’à la porte de l’abattoir. Nous avons l’air d’une bande de dindons, à la veille du jour de l’an, chérissant chacun son congé de Pâques.

L’État est mort. La société agonise. Nous avons connu plusieurs défaites. Plusieurs portaient la signature de nos dirigeants passés et actuels. Mais rappelons-nous que nos quelques victoires, nous les devons à nos élans de solidarité, de konbitisme et d’union. 

Nous devrions faire un acte de foi, en NOUS. L’altruisme est une contrainte nécessaire à notre  survie. La vie en Haïti est si fragile que la panique nous habite. Seule la puissance des actions collectives nous apportera la sérénité nécessaire pour faire face à notre destin et le transformer. Nous sommes devenus une société de cannibale. Cette même société perpétue un cycle de création de ses propres prédateurs,

Fédérons nos forces vers des actions communes. Si l'on inventoriait les victimes et que leurs noms était affiché sur un dazibao que nous exposerions à différents endroits, immortalisant leur mémoire ? Faire de cette trainée de sang une chaîne de solidarité qui nous unit l’un à l’autre, les uns aux autres.  

 Kalalou cho sila, yon sèl dwèt pa kapab manje l.   



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