L’ONU cherche-t-elle à sortir du piège ou à sauver sa version de la Constitution ?

Publié le 2021-04-13 | lenouvelliste.com

Il n’est un secret pour personne que l’Organisation des Nations unies, représentée en Haïti par le BINUH, est pour la rédaction d’une nouvelle constitution sans passer par la procédure constitutionnelle de révision inscrite dans la charte fondamentale en vigueur.

L’ONU appuie de fait un coup de force parce qu’elle est convaincue, comme de nombreux secteurs, que le Parlement haïtien risque de tripatouiller tout projet d’amendement constitutionnel dont il aurait la maîtrise.

Cela s’est déjà vu avec le projet Préval-Martelly, lors de la dernière révision.

C’est forts de ce constat que les experts des organisations internationales en poste en Haïti et des ambassades de pays amis ont joué la carte du projet porté par le président Jovenel Moïse.

Les Blancs se sont fait rouler dans la poussière. Même pas dans la farine.

Dès le départ, lors du lancement du processus d’écriture d’une constitution totalement nouvelle, le consensus n’a pas été recherché, l’inclusion a été évitée et le projet démocratique dépouillé de tout son suc.

Au fil des mois, il est apparu évident que la nouvelle constitution est du sur-mesure, concoctée par des mains diverses et qu’elle n’a rien à voir avec les bonnes intentions qui sont proclamées dans les discours officiels.

Un conseiller du président Moïse a même comparé ce dernier avec le général Charles de Gaulle pour ancrer sa légitimité à faire comme bon lui semble. De Gaulle, rien que cela.

À dix semaines et demie du référendum fixé au 27 juin 2021, mis à part les germes d’une présidence autoritaire qui soudent tout le projet et le portent à être l’antithèse de la Constitution en vigueur, il n’y a que les proches du pouvoir en place et les employés du gouvernement qui font semblant de débattre entre eux de ses dispositions. Le pays, dans son ensemble, a d’autres préoccupations.

Pour bien fixer le caractère fusionnel de la démarche, mardi 13 avril 2021, l’ambassade d’Haïti à Washington a organisé un débat avec pour tête d’affiche : l’ambassadeur, le ministre chargé des élections, un membre de la commission qui a rédigé la nouvelle constitution et… la présidente du Conseil électoral provisoire.

Comment réaliser un processus de validation impartial si le juge électoral sert lui-même le menu dans des rassemblements partisans ?

En lisant des messages postés pat le Binuh sur Twitter ce même jour, les observateurs se demandent si l’ONU commence à se retirer du piège constitutionnel dans lequel il s’est empêtré ou si les experts de l’organisation veulent simplement faire pression pour sauver leur propre version de la nouvelle constitution qui doit seoir à Haïti.

Sur mesure ou prêt-à-porter constitutionnel, tel serait l’objet du débat du jour. En attendant que les semaines passent et que l’évidence se transforme en réel grimaçant.



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