En pleine catastrophe

Publié le 2021-04-12 | lenouvelliste.com

Le monde vit sa catastrophe sanitaire depuis plus d’un an. La Covid-19 met à genoux les plus grandes économies du monde. En dépit des ressources humaines et financières mobilisées, certains pays, mêmes les plus riches, ont encore du mal à maîtriser le coronavirus. Haïti, petite économie avec un système sanitaire en lambeaux, est jusqu’ici exemptée des effets de la pandémie. Un miracle jusqu’ici. Cependant nous sommes en plein dans une autre catastrophe : la faillite totale ou presque de l’Etat. La dégradation des conditions sécuritaires à Port-au-Prince et les zones environnantes en est la preuve.

En dépit des mesures annoncées par les autorités politiques et policières, en dépit des mesures adoptées en Conseil des ministres, en dépit des instructions du président Jovenel Moïse aux forces de l’ordre, le kidnapping ne connait pas de répit. Au contraire, le pays fait, depuis dimanche, la une des médias internationaux après l’enlèvement de religieux haïtiens et étrangers. Avant, il y avait eu le kidnapping en direct sur les réseaux sociaux d’un pasteur et de trois fidèles. Autant de preuves que nous sommes en pleine catastrophe.

La situation dans les rues contraste avec le discours rassurant des autorités. À la tombée de la nuit, les rues se vident. Circuler d’un bout à l’autre du territoire est pour l’instant une grande imprudence. De son côté, l’administration Moïse/Jouthe met le cap sur le référendum annoncé pour changer la Constitution. Il y a aussi les élections qui sont en perspective. Pour les autorités, le changement de Constitution et les élections forment l'urgence du moment alors que la population exige la paix dans les rues pour pouvoir vaguer avec quiétude à ses occupations.

Les élections dans un Etat de droit sont une exigence. Cependant, il est du devoir des autorités de créer les conditions pour que celles-ci soient crédibles et honnêtes. Ce que l’administration Moïse/Jouthe semble ignorer. Le CEP a été créé sans un minimum de consensus. On attend encore la prestation de serment des conseillers électoraux devant la Cour de cassation. Une institution que l’exécutif a rendue dysfonctionnelle depuis le renvoi à la retraite de trois juges. L’une des causes de la paralysie du système judiciaire depuis presque deux mois. Ce qui semble arranger le pouvoir en place qui n’a même pas essayé de trouver une entente avec les magistrats grévistes en vue de favoriser la reprise des activités dans les cours et tribunaux du pays.

Avec une justice paralysée, un corps de police incapable de garantir la sécurité des vies et des biens, un exécutif qui se donne tous les pouvoirs sans pourtant rien contrôler, une opposition émiettée, une population à bout de souffle, le pays vit une vraie catastrophe. La communauté internationale qui soutient encore l’administration Moïse/Jouthe se contente de dénoncer ses dérives à travers des tweets ou des rapports périodiques. Entre-temps, le pays s’enfonce dans la crise. Les bandits imposent leur volonté.   



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