La collection privée de la Galerie Monnin exposée à l’ambassade d’Haïti à Washington

PUBLIÉ 2016-09-09
Fondée en 1956, la Galerie Monnin est l’une des plus anciennes galeries d’art d’Haïti. Au fil de ses 60 ans d’existence, bon nombre d’artistes ont vu leurs œuvres exposées en son enceinte et un plus grand nombre d’amateurs d’art ont pu admirer ces créations inédites qui font toute la beauté de notre culture. Sur une initiative de Paul Altidor, ambassadeur d’Haïti aux États-Unis, Gaël Monnin, responsable de la Galerie Monnin, apporte un bout de ce patrimoine national à Washington D.C. Ainsi, à partir du samedi 10 septembre, des pièces de la collection privée de cette famille férue d’art seront exposées à l’ambassade d’Haïti et contribueront à faire de cet espace une véritable fenêtre ouverte sur notre histoire et notre culture.


C’est une Gaël Monnin débordée que je retrouve dans le sous-sol de l’ambassade d’Haïti à Washington. Entourée de cartons qui ne sont pas encore défaits et son fils sur le bras, la gérante de Galerie Monnin est au four et au moulin. Mais prévenante et tout sourire, elle me parle de ses bébés qui attendent d’être sortis de leurs boîtes. Il lui faudra les déballer, puis les installer dans leur nouvelle demeure pour l’inauguration des « jardins de l’ambassade » et du nouvel espace attribué à la section consulaire prévue pour le samedi 10 septembre. Les travaux entrepris par l’ambassadeur Paul Altidor en vue de remettre en état les locaux de l’ambassade ont pris fin. Et pour marquer le lancement des activités d’automne de l’institution et permettre à la communauté d’apprécier les aménagements, une réception sera donnée avec une prestation spéciale du chanteur BIC, venu d’Haïti pour l’occasion. L’événement est d’importance et, bien sûr, la décoration doit être au point et les nouveaux tableaux bien placés. Le temps fait la guerre à Gaël, mais il ne fait pas de doute que l’enthousiasme de cette communicatrice de carrière aura raison de toutes les entraves possibles ! Ils sont plus de 600 tableaux, répartis dans une quarantaine de boîtes. Pendant une durée qui n’a pas été déterminée, ces pièces de la collection privée de la Galerie Monnin, entreposées pendant au moins une quinzaine d’années en Floride, puis transférées à Washington, où habite maintenant Gaël Monnin, seront exposées à l’ambassade d’Haïti à Washington. Ceci est le fruit d’une entente entre la responsable de la Galerie Monnin et l’Ambassadeur Altidor qui a toujours accordé une grande valeur à la culture dans l’exercice de ses fonctions de diplomate. « J’avais déjà collaboré avec l’ambassadeur Altidor il y a quelques années de cela et tout s’était bien passé. C’est d’ailleurs grâce à ce premier contact que ce nouveau partenariat est possible », explique Gaël. De plus, les tableaux étant déjà aux États-Unis et mieux encore à Washington D.C, cela a évité les complications du transport et a avantagé le déménagement. C’est un bout de son histoire, de sa famille que Gaël offre aux visiteurs de l’ambassade. Ces tableaux qu’elle a admirés sur les murs de la demeure familiale. Ceux-là qu’elle a vus émerger sous les doigts agiles des artistes de l’atelier de la Galerie Monnin… « C’est une partie de notre histoire familiale que l’on expose ici. Un peu comme les photos d’un album, chaque pièce a une histoire. En fait, il s’agissait des tableaux favoris de mes parents de l’époque. Ils avaient préféré les faire sortir du pays en raison des troubles politiques », confie-t-elle avec émotion. Bien qu’elles aient été exposées à la galerie à un moment ou à un autre, ces œuvres d’art n’étaient pas à vendre. La jeune femme décrit d’ailleurs sa famille comme des artistes eux-mêmes plutôt que des marchands d'art. « On est la galerie qui a du mal à vendre ses tableaux parce qu’on les aime tellement. D’ailleurs, mon grand-père répétait sans cesse ‘’on paie toujours trop cher pour un mauvais tableau, mais jamais assez cher pour un bon tableau’’ », se rappelle-t-elle avec un sourire. Gaël Monnin est excitée de voir ces boîtes, de redécouvrir ces tableaux, mais surtout de les montrer au public. « Ces pièces rappellent les meilleurs moments de la galerie, mais aussi l’apogée de l’art et du tourisme haïtien », raconte cette passionnée d’art qui espère apporter un bout de notre histoire aux Haïtiens vivant en terre étrangère et faire de l’ambassade d’Haïti un véritable musée. « À défaut de pouvoir se rendre à la galerie à Pétion-Ville, ceux qui en ont les moyens n’auront qu’à acheter un billet d’avion et passer voir cette collection inédite à l’ambassade d’Haïti à Washington ! Ça semble bien plus facile », dit-elle avec humour, refusant de s’attarder sur les difficultés actuelles de la Galerie Monnin. À la suite du tremblement de terre de janvier 2010, Pétion-Ville a beaucoup changé. Entre la surpopulation de la commune, le marché qui ne cesse de s’étendre et la station de bus qui ne chôme pas, l’accès à la galerie devient de plus en plus difficile. La situation économique du pays n’aide pas non plus. Mais Galerie Monnin, bien qu’elle ne soit pas sous son meilleur jour, tâche de survivre après avoir servi la population pendant 60 années. Et en attendant, elle fait un clin d’œil ã la diaspora à travers cette exposition à durée indéterminée. Pour le moment, la jeune femme a prévu d’accrocher ses bijoux de famille sur les murs de la section consulaire. Puis, elle en mettra partout pour le plaisir des yeux des visiteurs de l’ambassade d’Haïti à Washington !



Réagir à cet article