Le Ciné Institute à Jacmel ferme ses portes et s’ouvre à d’autres horizons

PUBLIÉ 2016-07-20


Le Ciné Institute ne reçoit pas de nouveaux étudiants pour cette nouvelle session d’automne. Depuis 2011, l’unique école de cinéma du pays a déjà mis sur le terrain 5 promotions de cinéastes. Tous ces techniciens en cinématographie, écriture de scénarios, production design et editing ont produit un grand nombre d’œuvres inconnues du public. Des projets de grand calibre sont aussi en passe d’être réalisés. Une pause-formation semble être la meilleure formule trouvée pour mettre l’accent sur la diffusion des films existants et la réalisation de nouveaux projets cinématographiques. C’est dans la ville dédiée à la culture en Haïti que s’est implanté ce grand centre artistique. À Jacmel, dans la localité de Meyer, un espace de verdure surplombant la mer accueille la seule école de cinéma et d’ingénierie du pays. Elle est divisée en deux blocs, l’Audio Institute et le Ciné Institute. Les deux matières de formation enseignées à Artist Institute. C’est ce nom que la direction voudrait installer dans les esprits, une manière de synchroniser les deux savoirs du centre. Selon Marc-Henry Valmond, responsable des relations publiques de Artist Institute, en octobre prochain la nouvelle session ne verra pas d’étudiants en cinématographie. La décision s’explique du fait que les 5 promotions qui sont formées par le Ciné Institute laissent un énorme travail à diffuser. De plus, la production de nouveaux films haïtiens est un projet qui tient l’institut à cœur. Donner une image concrète de leurs travaux ne peut être possible que par la création et la réalisation d’œuvres cinématographiques. Pour une meilleure focalisation sur ces objectifs, la formation se met en mode pause pour une durée encore indéterminée. Assis à l’entrée d’une grotte qui débouche sur la mer, tout près d’un hôtel mauve et noir dressé pour un dieu vaudou, le cadre est approprié pour écouter Marc-Henry Valmond parler du concept Jollywood : « Utiliser les ressources à portée de main, intégrer la population comme étant des acteurs majeurs des films, utiliser un maigre budget, mais produire des œuvres étonnantes de beauté et de professionnalisme. » Une technique annonciatrice de la couleur de leurs prochaines réalisations et qu’ils ont hâte de présenter au public. Du côté de l’Audio Institute, dans un studio nickel, François Machiagodena raconte son quotidien de professeur d’ingénierie de son et de postproduction. Installé à l’institut depuis septembre 2015, ce professeur de 34 ans de carrière vante les talents et les mérites de ses élèves qu’il appelle ''les futurs ingénieurs de son''. Pour lui, la formation ne suffit pas : « Pour réussir dans ce domaine, il faut compter sur la motivation et l’expérience. On ne devient pas ingénieur de son juste en sortant d’une école. Il faut pousser à bout les limites de la création et acquérir son titre par l’expérience. » Le professeur François confie qu’il est heureux de former ces jeunes, tous boursiers, pour qui il voit un bel avenir. Toutefois, il souhaite que la situation économique du pays devienne meilleure. C’est un paramètre à ne pas négliger dans un domaine qui invite la population à sortir ou à consommer un produit qui n’est pas de première nécessité. L’Audio Institute est aussi ouvert à d’autres artistes voulant collaborer. Après le hit de Michael Brun, « Wherever I go », le prochain album de Boukman Eksperyans mijoté dans ce studio construit selon les normes internationales, François Machiagodena affirme que l’Audio Institute n’a rien à envier aux grosses boîtes de productions américaines ou européennes. L’Institut est un héritage du Festival de film de Jacmel entre 2004 et 2007. Sous la direction de David Bell, Paula Hyppolite et Andrew Bigozenski, le festival a laissé ce goût d’espoir d’un renouveau du cinéma haïtien et une carrière en audio à beaucoup de jeunes talents sous la forme de l’Artist Institute.

Meem Shoomeatove Vincent



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