Art de la scène

Rose Esther Guignard, pour l’amour du théâtre

Née à Port-au-Prince, Rose Esther Guignard a grandi en France où elle a pris goût au théâtre. Ayant apporté avec elle la culture haïtienne pour tout bagage, elle s’est peu à peu imposée sur la scène française en portant très haut les contes et croyances populaires haïtiens. Nous l’avons rencontrée en marge du festival Kont anba tonèl…

Publié le 2016-03-21 | Le Nouvelliste

Dieulermesson PETIT FRERE Le Nouvelliste (L.N): Que pouvez-vous nous dire en termes de présentation de Rose Esther Guignard? Rose Esther Guignard (REG) : C’est sans doute parce que j’ai quitté Haïti que je suis devenue conteuse. Le matin du départ, à Port au Prince, je me suis dit : « Ce matin, je me suis levée de bonne heure pour dévorer le monde ». J’avais 13 ans et demi. Immédiatement après cette séparation, toute ma culture haïtienne a continué de vivre en moi et j’ai ressenti la nécessité de la partager. Tout de suite, j’ai commencé à dire, jouer et chanter mes contes, mes chansons et mes comptines. Mes amis, mes camarades, ma famille, bref, tout le monde se montrait intéressé. En mai 2007, j’ai été sélectionnée pour le concours des « Deuxièmes pressions » pour les jeunes artistes de l’Atelier à Spectacles en mettant en scène mon conte préféré : « Tézin, le poisson amoureux ». Toute seule sur scène devant une salle de 950 personnes, j’ai pris conscience que ma passion était là. La même année, je suis entrée au conservatoire d’art dramatique Erik Satie à Paris tout en continuant de travailler mes contes et ma culture haïtienne. En mars 2008, « Tézin, le poisson amoureux » a obtenu le prix de la Meilleure Œuvre Originale au concours des 12e Rencontres du Jeune Théâtre à Savigny-sur-Orge et en 2012. Ce conte est maintenant publié en version bilingue, français/créole haïtien, chez « L’Harmattan ». J’assistais à tous les spectacles de Mimi Barthélémy : « La reine des poissons », « Le fulgurant », « Le Code Noir », « Kouté chanté »… Nous sommes devenues amies. Quand je doutais, elle m’encourageait et me conseillait comme une grande sœur et m’a invitée à partager l’atelier d’écriture qu’elle fréquentait. À sa mort, désemparée, je me suis accrochée à mon travail. J’ai participé aux hommages à Mimi. Aujourd’hui, la route s’ouvre devant moi, j’ai beaucoup de projets. Je mets tout mon cœur dans ce métier, car ma passion est plus forte que tout. Il donne un sens à ma vie. Un long et excellent parcours LN : Et si vous nous parlez un peu de vos réalisations? REG : De 2007 à 2011, j’ai travaillé au conservatoire à Paris et avec ma classe d’art dramatique, j’ai joué « Incendies » de Wajdi Mouawad, sur la scène du théâtre Marigny à Paris. En sortant du conservatoire, je me suis lancée dans la création de « Elma et l’oranger magique », soutenue par ma ville d’accueil et avec une bourse du ministère de la Jeunesse et des Sports. En 2012, mon histoire « Alphonse le chauffeur », extraite d’un récit autobiographique, a été lauréate du concours « La Farandole des histoires » dans le cadre de la semaine de la langue française et de la francophonie. Puis, j’ai joué deux pièces de Jean Durossier Desrivières, « Magadala » et « Marques Déposées », avec la « Compagnie de la Gare » de Vitry-sur-Seine, au Festival de l’Oh, organisé par le Conseil Général du Val de Marne. Ensuite, j’ai intégré l’Atelier Fahrenheit 451, au Conservatoire Contemporain de Littérature Orale en tant que conteuse professionnelle. Le peintre et sculpteur Gérard Garouste m’a proposé une résidence artistique à La Source, son association à vocation sociale et éducative par l'expression artistique. Elle a pour mission d’aider des enfants et des jeunes de 6 à 18 ans en difficulté familiale, scolaire, identitaire, ou en situation d’exclusion, à développer leur créativité artistique dans de nombreux domaines. C’est dans ce cadre que j’ai créé « Les Aventures de Bouki et Malice ». Ce spectacle a été présenté au Festival du Légendaire en hommage à Mimi Barthélemy, avec le grand conteur ivoirien Monfeï Obin. J’étais accompagnée par le percussionniste tambour Claude Sartuné. En février 2014, j’ai créé « Abobo », librement adapté d’un texte de Jacques Bruyas, à l’Agora, à Vernouillet dans une mise en scène d'Anne Quesemand, accompagnée en musique par Claude Saturné. Cette pièce est ensuite reprise au Théâtre de la Vieille Grille à Paris avec le musicien guitariste haïtien Amos Coulanges. En septembre 2015, j’ai été invitée par Jean-Michel Martial à la première édition du Festival Kanoas (Un temps dédié au théâtre de la Caraïbe) à la Gare au Théâtre de Vitry sur Seine. J’ai joué « Tézin, le poisson amoureux » et participé à la lecture « Théôdora » de Syto Cavé, dirigée par Jean-Michel Martial. Actuellement, je travaille sur mon nouveau spectacle, « Milis et la Reine des poissons » qui sera créé au Théâtre de la Vieille Grille en mai 2016 dans une mise en scène d'Anne Quesemand et mis en musique par Amos Coulanges. « Les Aventures de Bouki et Malice » seront jouées à Nantes en mai 2016 dans le cadre des Anneaux de la Mémoire, Centre de ressource et d’étude des traites et de l’esclavage. Je serai accompagnée par Jean Tauliaut, percussionniste - tambour. Je suis en recherche de résidences d’artistes et souhaite revenir travailler en Haïti pour y faire des recherches sur les contes, les devinettes, les chants et les jeux chantés traditionnels. LN : Aujourd’hui, vous êtes invitée en Haïti dans le cadre de la septième édition du Festival Kont anba tonèl, s’agit-il de votre première collaboration avec la troupe Foudizè? REG : J’ai rencontré Billy Élucien à Paris en 2010. Il avait obtenu une bourse pour une résidence de mise en scène sur le texte « Les Circoncis de la Saint-Jean » de Michel-Philippe Lerebours. J’ai travaillé avec lui à la lecture-spectacle de ce texte présenté au Centre National du livre de La Rochelle. Depuis, nous sommes restés en relation et je suis son travail sur Internet. De l’art pour élargir sa vision du monde LN : Et comment le public français reçoit-il vos prestations puisque vous jouez des pièces et présentez des contes du répertoire haïtien? REG : Depuis les années 1970, il y a un véritable renouveau du conte en France. Bruno de la Salle est une figure majeure dans ce mouvement. En créant le Conservatoire Contemporain de Littérature Orale en 1981, la discipline du conte a été inscrite dans le champ artistique contemporain. La mission de ce conservatoire est de défendre les arts de la parole : il soutient des artistes conteurs de qualité, les aide dans leur diffusion, en proposant festivals et interventions auprès de publics particuliers. À partir de 1991, l’atelier professionnel de conteurs, Fahrenheit 451, devient une véritable école de conteurs. J’ai suivi cet atelier pendant deux ans. Il existe de nombreux festivals de contes en France et un véritable public pour découvrir des conteurs différents, venus de pays plus ou moins lointains. Les spectacles de contes sont demandés dans des théâtres, des médiathèques, des salles de fêtes, des écoles, des centres de loisirs… LN : Votre lecture de la situation du théâtre en Haïti. REG : Haïti a une longue tradition de théâtre, de littérature, de musique… Le séisme de janvier 2010 a été un coup dur pour les artistes et les difficultés économiques du pays ne facilitent pas les choses. Je connais le festival des Quatre chemins qui se tient chaque année dans la capitale, et voilà que je participe à la 7e édition de Kont anba tonèl, le festival interculturel de contes. Je suis très heureuse de présenter quelques-uns de mes spectacles dans mon pays natal. J’avoue que je ne connais pas bien la situation du théâtre en Haïti. C’est difficile aussi en France : restriction des budgets de la culture, précarité des métiers du spectacle… Mais dans ce métier, en France comme en Haïti, les artistes ne baissent pas les bras. Comme le dit Billy Elucien, « Kont anba tonèl » se veut être un carrefour où l’art doit proposer des perspectives afin que les cœurs puissent avoir foi en l’avenir ». L'art est un outil extraordinaire pour élargir sa vision du monde et pour retrouver de l'intérêt à la vie.
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