Privert au carrefour de l'audit de l'administration Martelly

Publié le 2016-02-19 | Le Nouvelliste

Jocelerme Privert a son style. Il va droit au but. La situation des finances publiques est «alarmante et catastrophique», a-t-il balancé, vendredi, lors de sa première conférence de presse dans les souliers de président provisoire de la République. Pour illustrer, il fait parler les chiffres, nos mauvais chiffres. Les prévisions de recettes de l'ordre de 6 milliards de gourdes par mois sont loin des rentrées, 1,8 milliard au 17 février. Sans recours excessif à la métaphore, il est évident que l'administration Martelly-Paul avait les yeux plus gros que le ventre. Les Tèt Kale avaient en effet tablé sur des ressources domestiques de l'ordre de 77 milliards de gourdes pour financer le budget, appelé à être revu à la baisse par le Parlement, a prévenu Privert. Pourtant, la mauvaise santé des finances publiques, objet de légitimes préoccupations, n'est pas un scoop. C'est plutôt une vérité de la Palice. Quand on regarde certains indicateurs économiques, la réalité objective de cet Etat qui taxe l’économie plutôt que de l’aider à croître est claire. Jocelerme Privert a donc retenu l'attention par la fermeté affichée devant les caméras pour souligner ce qui, là aussi, était une évidence: sous Martelly, l'administration a vécu au-dessus de ses moyens. Le président Privert, quelque peu vexé, s'est fendu d'un communiqué pour interdire les nominations signées la veille du départ de Martelly et les installations qui se font au pas de charge dans l’administration publique et la diplomatie, malgré ces temps de vaches maigres pour le Trésor public. Plus que la note d'interdiction qui recadre un tant soit peu Évans Paul et ses ministres démissionnaires, c'est l'annonce du président provisoire de «forcer» la Cour des comptes et du contentieux administratif et l'UCREF à faire l'audit de l'administration qui retient l'attention. Il faut un «task force» composé de fonctionnaires de ces institutions pour réaliser cet audit, souhaité par tous ou presque tous les acteurs politiques rencontrés ces derniers jours, a confié le président provisoire qui doit passer 120 jours au pouvoir. L'audit, exercice visant à analyser la conformité des dépenses au regard de la comptabilité publique, leur efficience et leur pertinence au nom de la bonne gouvernance, de la culture du résultat, devrait avoir ses avantages. La qualité des dépenses publiques, la rigueur budgétaire sont des remèdes proposés à Haïti depuis des lustres. Aujourd'hui, la question est de savoir est-ce que Jocelerme Privert peut aller au bout et traduire dans la glaise du réel cette volonté affichée ? La République, indépendamment de cette annonce bien reçue, n'a-t-elle pas droit à des comptes? L'équipe Tèt Kale ne devrait-elle pas accueillir favorablement une telle initiative pour faire la lumière sur sa gestion si elle n'a rien à se reprocher? Ne serait-il pas de bonne guerre que l'on ouvre les dossiers de contrats octroyés aux firmes dominicaines comme Rofi, Hadom? Que l'on regarde avec d'autres yeux les contrats, les coûts des parcs sportifs entre autres? Ne devrait-on pas ouvrir les tiroirs de la commission nationale de passation de marchés publics, ceux du ministère de la Planification? Sans préjuger de quoi que ce soi, un audit, sans volonté de nuire politiquement, peut envoyer un signal clair aux prochains dirigeants, aux bailleurs de fonds qu’Haïti se prépare à entrer dans l'an zéro par rapport à la mauvaise gouvernance, à la gabegie administrative, au favoritisme, aux prises illégales d'intérêts, à l'enrichissement illicite aux dépens de ce peuple qui lutte, de cette classe moyenne et les quelques entreprises qui portent le fardeau des impôts et redevances fiscales pour que des nababs puissent en jouir impunément. Ici aussi, a n’en pas douter, il y aura des jouisseurs déguisés en parlementaires, en hommes politiques qui vont crier à la chasse aux sorcières. Chercher des squelettes dans les placards n'est pas chose simple. C'est marcher sur du sable mouvant. Rien de simple. L'audit, c'est également un exercice que l'on combat ici en donnant aux chefs, à la société d'autres préoccupations liées à la sécurité des vies et des biens. Ceux qui connaissent l’État savent qu'il n'est pas facile de le traire sans complicité. Sans une large complicité avec des agents du dedans et du dehors, nichés dans des entreprises aux apparences respectables, dans des entreprises nouvellement créées également. Entre-temps, Alain Turnier pourrait peut-être, de l'au-delà étant, prêter attention à la nation si elle demandait des comptes qu'on voudra bien lui rendre...
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