« Un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès», prêche l'AMCHAM

Publié le 2015-12-03 | Le Nouvelliste

3 décembre. Résidence de l’ambassadeur des USA. Sur le gazon fraîchement taillé, des invités au cocktail de fin d’année de l’AMCHAM discutent. Le diplomate américain, dans une conjoncture politique survoltée, entre un morceau d’histoire des relations haïtiano-américaines et des recommandations au secteur privé, acteur important dans les efforts de développement, exprime la position de son pays. « Nous avons un profond respect pour Haïti. Ce respect est né de notre appréciation pour la culture haïtienne. Notre respect est fondé sur notre conviction commune que l’éducation, dans ce pays comme à l’étranger, peut produire davantage de citoyens épanouis, capables de contribuer à la construction de leur pays. Et notre respect est également fondé sur notre croyance commune en la liberté de choisir nos élus, sans intimidation et sans fraude. Nous voulons que tous les prochains dirigeants d’Haïti soient choisis à travers des scrutins libres et crédibles et non dans les rues », a indiqué l’ambassadeur Peter Mulrean, soulignant que « le monde n’attendra pas Haïti et Haïti peut réaliser beaucoup sans attendre le monde ». « Des accords commerciaux globaux et de potentielles nouvelles opportunités dans la région se transformeront en opportunités d’affaires ailleurs », a indiqué Peter Mulrean. « Haïti, a-t-il poursuivi, se prépare à connaître un environnement plus stable politiquement. Ce nouveau climat peut débloquer la croissance économique, si nous saisissons le moment et faisons preuve d’audace. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire deux pas en avant puis un pas en arrière. Ce serait, comme on dit en créole, lave men siyè atè. Engageons-nous ensemble pour faire avancer ce pays dans un véritable partenariat », a appelé Peter Mulrean qui, en marge de son discours, a insisté sur la nécessité d’avoir la stabilité pour avoir la croissance économique. « Il faut suivre le processus électoral jusqu’à sa fin », a dit le diplomate, soulignant que les « représentants du peuple devraient être élus dans un processus crédible et non pas choisis dans la rue ». Commission de vérification au Centre de tabulation ? « Moi, je ne vais pas entrer dans les détails qui sont en discussions parmi les acteurs haïtiens. Mais je pense que je peux citer ce qui a été dit par la communauté des affaires, le secteur privé ce soir. Eux-mêmes, ils veulent voir un avenir plus stable en Haïti. Pour cela, ils veulent voir le processus électoral aller de l’avant. Et c’est tout ce qu’on cherche ici. Haïti est un pays qui a beaucoup de potentiels. Ici on parle de l’économie, de l’emploi, de ce qu’il faut faire pour faire avancer le secteur privé », a expliqué le diplomate. « On a besoin de tourner l’attention vers les choses importantes qui vont vraiment assurer l’avenir d’Haïti. La question des affaires, de la santé publique, de l’éducation ». Les USA supporteraient Martelly et l’accession de Jovenel Moïse au pouvoir ? « Les Etats-Unis ont toujours dit qu’ils ne soutiennent aucun candidat ni parti spécifique. Ce que nous soutenons, c’est le processus politique qui existe ici en Haïti. Nous voulons voir un avenir meilleur pour Haïti. Nous sommes un vrai partenaire d’Haïti », a expliqué l’ambassadeur Peter Mulrean. C’est d’abord par des indicateurs économiques que Philippe Armand, président de l’AMCHAM, place ses mots sur la conjoncture politique. Dans son speech, il a d’emblée évoqué« un sérieux ralentissement pour ne pas citer le mot récession ». Le taux d’intérêt bancaire, 18 %, a freiné « brutalement les investissements », la consommation a chuté de 10 % cette année comparativement à 2014 et les licenciements ont augmenté. L’incapacité de certains acteurs à honorer leur créance suit-elle aussi une courbe ascendante, peint Philippe Armand, encore plus inquiet par la conjoncture politique. Le pays, a-t-il dit, semble s’engager dans « un tourbillon inquiétant ». Où allons-nous ?, s’interroge le président du board de l’AMCHAM avant de faire des exhortations. « L’AMCHAM exhorte les acteurs politiques à faire preuve de surpassement de soi pour éviter au pays une catastrophe économique et sociale », a appelé Philippe Armand. « Certes, notre système politique est loin d’être parfait. Notre Constitution ne facilite pas le fonctionnement des institutions. Notre processus électoral manque de rigueur. Cependant, malgré ces nombreuses imperfections, il ne faut pas tout chambarder dans l’espoir de refaire mieux. Souvent, c’est l’inverse qui se produit. Il convient de regarder de l’avant et mettre tout en place pour faire mieux lors des prochaines consultations électorales. Deux groupes opposés vont s’affronter et par le truchement de coalitions respectives créent une compétition qui s’annonce sérieuse. Prenons toutes les dispositions pour éviter les erreurs du passé même récent et mettons tout en place pour sécuriser une très grande transparence du processus et aboutir sur des résultats démocratiques sans lesquels la paix sociale n’est possible et le développement national impossible », selon Philippe Armand qui invite le pays à « dire non à l’aventurisme politique ». « Œuvrons plutôt au développement de la démocratie. Prenons acte des erreurs et prenons des dispositions immédiates plutôt que de pleurer sans pouvoir documenter autre qu’émotionnellement les erreurs qui révoltent certains », dit Philippe Armand, soulignant que l' « élection présidentielle est aujourd’hui la priorité nationale. Allons au second tour, isolant la course présidentielle des autres courses électorales législatives et communales. Formons un conseil de sages pour négocier entre le CEP et les deux candidats un consensus de transparence et d’équité dans cette importante manche électorale », a proposé Philippe Armand, ajoutant que « l'Amcham exprime ces recommandations à un niveau institutionnel et sans prise de position partisane ». Corriger les "erreurs" alors qu'on dénonce des fraudes ? C’est dit dans un « esprit de consensus de part et d’autre », a explicité Philippe à des journalistes en marge de son discours. « Il faut que les principales parties sur le terrain politique acceptent de s’asseoir autour d’une table et de se faire des concessions et même de penser que nous allons faire mieux la prochaine fois pour que les erreurs commises lors des dernières élections ne se reproduisent pas. Le pays doit mûrir. Mais il faut reconnaître qu’on a fait beaucoup de progrès par rapport aux années antérieures ». Pas de tabula rasa ? « C’est le peuple qui paiera les conséquences », a dit Philippe Armand. C’est toute la population qui souffre. Il faut se mettre au travail », a appelé l’homme d’affaires, qui espère que le prochain président va avoir un leadership pour développer le pays. Commission de vérification. La position d’AMCHAM ? « Je crois que ce qu’on veut dire est que cette question de rache manyòk, de tout détruire, d’annuler les élections, c'est prendre la chance de retarder le pays. Nous avons perdu trop de temps. C’est sûr qu’il y a des erreurs commises. Elles sont totalement regrettables et inexcusables mais est-ce que c’est pour cela qu’on va détruire le pays pour ensuite le rebâtir? » « C’est sûr et certain que ceux qui protestent font beaucoup de bruits. Est-ce que vraiment ceux qui protestent représentent vraiment la majorité nationale ? J’ai des doutes. Est-ce que parce que quelqu’un fait du bruit on est obligé de tout détruire, retarder le processus ? Est-ce qu’on sera obligé de refaire les élections, on va tout changer ? Il faut regarder comment font les autres pays. Tout détruire, faire les changements que l’on veut faire ne dit pas pour autant qu’on aura une meilleure situation, a détaillé Philippe Armand, qui sort un adage français : « Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès ». Et peut-être qu’Haïti est arrivée au stade où nous allons faire un mauvais arrangement mais qui nous sauvera de beaucoup de problèmes, a estimé le patron de l’AMCHAM. Le Premier ministre Evans Paul, présent à ce cocktail, a une nouvelle fois souligné la « grave crise de confiance » et « l’ombre de la suspicion » qui plane partout ». Il croit qu’il « faut proposer davantage de solutions qu’il n’existe de problèmes ». « Nous sommes tenus de transcender nos différends pour offrir un meilleur avenir à notre collectivité », a appelé le chef du gouvernement sous les yeux de Kenneth H. Merten, ex-ambassadeur des USA à Port-au-Prince et actuel coordonnateur du bureau Haïti au département d’Etat américain. « Je suis là pour rencontrer des gens », a confié au journal Kenneth H. Merten. Il dit avoir lu le dernier éditorial du Miami Herald « S’assurer de l’intégrité de l’élection en Haïti ». Il n’a pas de commentaires. Des fois il est d’accord avec ce qu’il lit, des fois ce n’est pas le cas, a expliqué tranquillement le diplomate américain… Roberson Alphonse
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