Le CEP et ses appuis

Publié le 2015-09-29 | Le Nouvelliste

National -

L’actuel Conseil électoral provisoire, monté conformément à l’esprit de l’article 289 de la Constitution, est le fruit d’un consensus, fin 2014, encouragé par la commission consultative pour éviter au pays une transition politique gonflée d’incertitudes. Le président Michel Martelly, sérieusement ébranlé par des manifestations de rue de l’opposition radicale, avait lâché son Premier ministre Laurent Lamothe, ouvert ses bras à un gouvernement d’ouverture dont la principale mission est de créer les conditions pour la tenue d’élections libres, crédibles, inclusives. La communauté internationale, face au spectre grimaçant du chaos, a embrassé les recommandations de la commission consultative. Ex- directeur général du CEP de Gallot Dorsinvil, Pierre-Louis Opont, représentant du secteur privé, a été élu à la tête de CEP aujourd’hui sous les feux de la critique à cause de certaines de ses actions, les élections du 9 août émaillées de fraudes, de violence et la gestion post-élection. Pour Réginald Boulos, médecin, homme d’affaires, ex-président de la commission consultative, «on a la mémoire courte » en Haïti. « Je vais choquer le monde. Moi je crois que ce CEP reste quand même un des meilleurs CEP que nous ayons eus. On oublie, on oublie. Nous avons une mémoire courte. Nous oublions le CEP de 2010, le CEP de 2000. Nous oublions tellement de choses. Et quand un CEP fait un travail dans des conditions difficiles, est-ce qu’on peut tout mettre sur la responsabilité du CEP ? Mais est-ce que le CEP a fait des erreurs ? Certes, il a fait des erreurs », a confié Réginald Boulos, soulignant que l’éviction de son frère Rudolph Boulos est l’une des plus grandes injustices faites par l’institution électorale. « Mais est-ce que c’est pour cela que l’on va condamner complètement ce CEP et que nous allons mettre ce pays encore dans la possibilité de chaos ? Le CEP n’est pas parfait mais c’est un CEP qui a fait de son mieux peut-être, qui a fait beaucoup d’erreurs et qui a pris acte de ses erreurs. J’ai entendu le président du CEP dire que le conseil va apporter les correctifs. Nous devons lui faire confiance qu’il va apporter les correctifs », a dit Réginald Boulos au journal. « ...Nous estimons que les élections du 25 octobre auront lieu. Elles seront peut-être bien meilleures que celles du 9 août. Il y aura probablement un taux de participation beaucoup plus fort et nous allons vers la passation de pouvoir d’un président élu à un autre président élu qui va se faire pour la première fois de façon consécutive. Il faut qu’on arrête de toujours regarder le négatif et regarder de préférence ce qui se passe bien », a dit Réginald Boulos, qui fait volontiers un flash back. « Il faut qu’on se rappelle exactement il y a un an, le pays se trouvait à une croisée des chemins où une grande majorité d’Haïtiens pensaient que le président Martelly n’allait même pas terminer son mandat et que ce pays allait vers le chaos. Aujourd’hui, nous avons un processus électoral en cours et il y a des positifs et des négatifs. Le positif est que nous avons plusieurs candidats tant qu’au niveau présidentiel qu'au niveau sénatorial et à la chambre des députés où la course est vraiment ouverte. Il n’y a pas aujourd’hui dans ce pays the front runner. Il y a des candidats que ne je ne vais pas citer qui peuvent gagner des postes et ceci à tous les niveaux. Le deuxième est que le processus est imparfait. C’est réel. Il doit y avoir des corrections et je crois que le CEP doit faire les efforts. Il a une responsabilité envers la nation pour que les élections du 25 octobre se passent beaucoup mieux. Cela étant dit, le beaucoup mieux dont on parle, il ne faut pas oublier qu’il n’y a jamais eu d’élections législatives dans ce pays où les participations ont été tellement élevées. Il faut toujours une élection présidentielle liée à des élections parlementaires pour voir une forte participation », a-t-il expliqué. Grégory Brandt, le processus avance Le président du Forum économique du secteur privé, Grégory Brandt, a confié au journal qu’il a une rencontre avec « M. Opont la semaine prochaine ». « Le processus avance, la campagne présidentielle est bien lancée », a-t-il dit. « Le processus est imparfait. Il y a des ajustements qui se font. Ils sont nécessaires. Avec des processus imparfaits que nous avons eus déjà dans le passé, nous avons avancé, nous avons eu des présidents qui ont été élus que tout le monde a applaudis. Laissons faire la campagne, laissons les gens choisir leur président le 25 octobre », a dit Grégory Brandt à un moment où certains opérateurs politiques demandent le départ du CEP. Ce qui n’est pas l’avis de tout le monde. Rosny Desroches n’est pas pour le départ des membres du CEP Après le dysfonctionnement du Parlement, le pays ne peut se permettre le luxe d’avoir un vide au niveau du CEP. C’est l’avis du directeur exécutif de l’Initiative de la société civile (ISC), le professeur Rosny Desroches. « En Haïti, c’est extrêmement difficile d’arriver à une entente avec tout le monde, c’est pourquoi je pense qu’il y a encore des choses à corriger, mais je n’aimerais pas qu’il y ait un vide au niveau du CEP », a-t-il dit au journal. Toutefois, il a reconnu que les erreurs du CEP ont fragilisé le processus. Le mode de calcul de l’institution électorale, a-t-il dit, fait problème puisqu’il n’est pas le même dans tout le processus. « A mon avis, c’est anormal », a-t-il déclaré, tout en se réservant le droit d’analyser les résultats plus en profondeur avant de se prononcer. Selon M. Desroches, il devait y avoir un consensus entre les acteurs sur le mode de calcul adopté par le CEP. La présidence lance un appel au calme Pour le conseiller spécial du chef de l’Etat, le processus électoral se poursuit. Cependant, Me Grégory Mayard-Paul a reconnu qu’il y a des choses qui méritent d’être corrigées par le CEP. « Nous espérons qu'au deuxième tour le CEP prendra toutes les dispositions pour corriger tout ce qui doit être corrigé parce qu’il y avait beaucoup de critiques liées à l’organisation, à la structure et au traitement des résultats lors du premier tour », a déclaré au Nouvelliste Me Mayard-Paul. Il a souligné que le pouvoir a mis à la disposition du CEP tous les moyens lui permettant d’avancer dans sa mission tout en respectant son indépendance. L’ami et proche conseiller de Michel Martelly a lancé un appel au calme tout en exhortant les acteurs à rester dans le processus électoral, parce que, selon lui, c’est la seule façon de renouveler le personnel politique du pays et faire avancer la démocratie. Grégory Mayard-Paul a rappelé que ce CEP a été formé par l’opposition politique. « La présidence n’avait choisi aucun des membres du CEP », a-t-il dit, soulignant que le palais national n’a aucun contrôle sur l’institution électorale. UE, pas encore de position, Sandra Honoré en voyage Le chef adjoint de l’Union européenne n’a pas encore une position sur les dernières évolutions. « Je n’étais pas au pays, je viens de rentrer. Je ne peux pas vous parler pour l’instant, il faut que je consulte mes collaborateurs sur la conjoncture avant de parler à la presse », a dit Jose Antonio De Gabriel, chef observateur adjoint de l’Union européenne. Rappelons que la mission d’observation de l’Union Européenne avait soutenu le CEP dans la validation du scrutin du 9 août. Nous avons également tenté de rentrer en contact avec le service de communication du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Yvonne Helle, la directrice de la boîte onusienne qui gère les fonds destinés à l’organisation des élections, n’est pas au pays actuellement. Selon un membre du bureau de communication du PNUD, la directrice ne sera pas en Haïti avant la semaine prochaine. Les tentatives pour obtenir un commentaire de Mme Sandra Honoré, patronne de la MINUSTAH, sont pour le moment infructueuses. Madame Honoré est en voyage hors d’Haïti, a confié Sophie Boutaud de Lacombe, porte-parole de la mission onusienne. Opont, confortable, avance avec le processus « Je suis confortable dans ma mission au CEP », a confié Pierre-Louis Opont au journal. Selon le président du CEP, le processus électoral avance très bien. « On s’attendait à ce que tout le monde ne soit pas d’accord. Il y a des perdants depuis le premier tour, mais pour le reste, le CEP avance dans le cadre de sa mission et du prescrit de la loi électorale », a indiqué au Nouvelliste Pierre-Louis Opont joint au téléphone mardi après-midi. Pierre-Louis Opont se dit conscient des nombreuses critiques contre l’institution qu’il dirige. « A chaque fois qu’on a la possibilité de les prendre en compte dans le cadre de notre prérogative et dans le cadre des élections, nous les prenons en compte. Il est des critiques avec lesquelles on est obligé de vivre. Aujourd’hui, on nous reproche d’appliquer les décisions du BCED alors qu’il y a deux mois de cela, le CEP était perçu comme au-dessus de la loi, bandit et non-respect de sa propre loi pour n’avoir pas respecté les décisions du BCED. On ne peut tenir compte à chaque fois des gens qui prêchent la loi et son contraire », a-t-il dit. Le patron du CEP a dit avancer avec le processus en respectant le décret électoral et « en nous accrochant aux exigences de notre mission », a-t-il avancé. « Nous sommes en plein processus électoral, on se rend vers le deuxième tour des législatives, la présidentielle et les municipales… » M. Opont a souligné qu’il n’y a eu pas de division entre les membres du CEP, mais « sauf que nous sommes des gens responsables, certaines fois nous nous trouvons en face des interprétations, des compréhensions et des lectures du décret électoral. Il y a des débats qui sont très animés », a-t-il dit, mais qui se terminent par des blagues. « Je suis confortable par rapport à la compréhension de ma mission, mais par rapport à comment gérer la sécurité le jour du vote, je ne suis pas confortable parce qu’il y a des choses qui ne dépendent pas de moi… »

Roberson Alphonse Robenson Geffrard Louis Joseph Olivier Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".