HAITI-CHOLERA

Plainte contre l’ONU pour le choléra : « Nous avançons très bien et sûrement », affirme Mario Joseph

Le responsable de l’Institut pour la justice et la démocratie (IJDH) et du Bureau des avocats internationaux (BAI) continue de croire que la loi est du côté des victimes du choléra. Un état d’esprit confiant pour une bataille judiciaire avec peu de rebondissement et qui s’annonce aussi longue que le processus d’éradication de la maladie.

Publié le 2015-09-23 | Le Nouvelliste

Le dossier des victimes du choléra en Haïti est porté devant la cour d’appel à Manhattan, attendant avec espoir une audience devant un juge. Environ cinq mille victimes ont porté plainte contre les Nations unies en octobre 2013, après le rejet d’une première plainte en 2011. L’ONU, accusée d’être responsable de l’introduction du choléra dans le pays caribéen, a fait valoir son immunité. « C’est un système qui prend en compte l’écrit. Mais nous estimons important d’avoir une audience afin de mieux exposer nos arguments au juge », explique Mario Joseph, l’un des avocats. « Nous allons gagner. Il est clair que nous allons gagner. » « La convention de 1946 sur les privilèges et immunité est claire sur le fait que les Nations unies n’ont pas seulement l’immunité, mais doivent donner des alternatives. C’est ce que nous plaidons. C’est la loi, et puisque c’est la loi, nous allons gagner. Que cela soit en Europe, en Haïti ou ailleurs, nous finirons par avoir les Nations unies », indique l’avocat. La lutte des victimes a déjà reçu nombre de soutiens du continent américain aussi bien qu’européen. Les revendications des victimes sont, de plus, appuyées par l’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits humains en Haïti, Gustavo Gallón. « Je tiens aussi à insister sur la création d’une commission de vérité et réparation pour les victimes du choléra, conformément aux principes sur les droits de victimes de violations des droits humains à exercer des recours et obtenir réparation, adoptés en décembre 2005 par l’Assemblée générale des Nations unies », a-t-il réitéré au terme de sa mission le 15 septembre 2015. Cette commission déjà suggérée par l’expert dans son dernier rapport n’a pas été créée jusqu'ici. Les Nations unies continuent de nier toute implication dans l’apparition de la maladie, responsable de la mort de plus 8 000 personnes depuis octobre 2010. Jouant sans cesse sur la rhétorique, Ban Ki-moon a concédé en juillet 2014 que l’ONU avait une « responsabilité morale d’aider » Haïti à éradiquer la maladie. Dans la foulée, une campagne d’assainissement a été lancée, lors de sa visite dans le pays. Tout ceci est toutefois loin d’ébranler le processus judiciaire en cours à Manhattan. « Tant que les Nations unies agiront de manière incorrecte, appliquant les droits humains aux riches et aux pays riches, nous dirons que ce n’est pas normal. Les droits humains appartiennent aux peuples », martèle Mario Joseph. Pour l’avocat, la bataille judiciaire contre les Nations unies va au-delà des demandes de réparations financières. Il s’agit d’une lutte pour rappeler à l’organisation mondiale son rôle principal, défendre les droits des peuples, mais aussi contre une stratégie géopolitique voulant asservir les pays pauvres par le biais des casques bleus. « Pourquoi les missions de maintien de la paix sont surtout envoyées dans les pauvres, notamment africains ? C’est donc un système de domination impérialiste que nous sommes en train de saper », souligne-t-il. Pour l’instant, les autorités haïtiennes ne soutiennent pas des demandes de réparations pour les milliers de personnes qui ont contracté la bactérie mortelle. À la tribune des Nations unies, lors de 69e assemblée ordinaire, le président Michel Martelly a «[préconisé] un engagement décisif de l’Organisation des Nations unies pour contribuer au Plan national de l’éradication du choléra ». « Comme toujours en Haïti, il n’y a pas eu de débat… Ce plan a été dressé en cachette… C’est un écran de fumée », estime Mario Joseph. Analysant les difficultés pour financer ce plan, il ajoute : « Si les Nations unies n’arrivent pas à trouver le financement pour combattre le choléra, c’est parce que les gens n’ont plus du tout confiance en elles. Ils ont réalisé qu’elles reçoivent des ordres des pays riches. » Le plan national d’éradication du choléra (2013-2022) de 2,1 milliards de dollars a été financé à seulement 18%. Mais le manque de financement n’est pas l’unique difficulté. Le choléra représente aujourd’hui une urgence humanitaire nécessitant des actions pressantes, et cela en dépit de quelques actions entreprises, notamment la construction de latrines dans le cadre de la campagne d’assainissement. Entre le 1er janvier et le 8 août 2015, 20 814 nouveaux cas sont apparus, selon des chiffres officiels.
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