Jovenel Moïse le dauphin inattendu de Michel Martelly

Publié le 2015-06-17 | Le Nouvelliste

National -

Personne n’aurait parié un centime que Michel Martelly, président de la République, choisirait Jovenel Moïse, inconnu du paysage politique, pour porter les couleurs du PHTK à la prochaine présidentielle. Pourtant, Martelly voit, avec un peu de perspective, un gros potentiel dans le patron de Agritrans, entreprise partenaire de l’Etat établit dans le Nord-Est qui exploite l’un des plus gros projets agricole d’Haïti avec 1000 hectares plantés en banane. « Jovenel Moïse représente le modèle de la production nationale parce qu’il comprend la logique de la production de masse qui entraîne la création d’emplois et de richesse pour la classe défavorisée », a confié Michel Martelly, lundi au Nouvelliste lors d’un entretien au cours duquel il a parlé pour la première fois du candidat de son camp pour la présidentielle de 2015. « Nous allons vendre avec lui un projet qui tire les masses de leur situation», a assuré Martelly, affirmant avoir « choisi un candidat qui peut-être n’a même pas la tête d’un président ». Son poulain, a-t-il mis en avant, incarne un rêve, la capacité à mettre ensemble, au sein d’une association, 3000 personnes dans un projet agricole qui va générer de l’argent. C’est ce qu’il faut, a insisté Michel Martelly, capable de reconnaître et de déplorer de mauvais choix d’investissements de l’administration Martelly-Lamothe dont les retombées peinent à arriver. Le président confie, par exemple, qu’il était contre la construction de 3 aéroports dans le Sud qui n’ont crée que quelques emplois en six mois. Martelly affirme qu’il était contraint d’appuyer ces projets en public alors que ce n’était pas son choix. « Est-ce que c’était mon choix ? Non ! J’avais dis non en conseil des ministres, non en privé, non partout », a révélé Michel Martelly qui confesse son impuissance : « Tout ne dépend pas du président ». En comparaison, Michel Martelly soutient que le projet agricole avec Jovenel Moise a déjà des résultats probants. En plus de créer des emplois, la banane est prête pour la vente. En Europe où il était récemment pour la réunion du CELAC-UE, on se « battait pour cette banane » cultivée sur des surfaces saines, non polluées par des pesticides ou des engrais. « Les Français, les Allemands, les Américains veulent acheter la banane produite dans le Nord-Est ». « J’ai demandé à l’UE de nous appuyer dans la multiplication de programmes similaires a celui de Jovenel Moïse», a révélé Michel Martelly encore heureux que deux ministres des l’Economie et des Finances, Marie Carmelle Jean Marie et Wilson Laleau aient accepté d’aider le projet d’Agritrans. Capable de reconnaître les mauvais choix de son administration tout en s’aménageant la petite fenêtre d’un président « incroyable, mais vrai » qui n’avait pas tous les leviers de décision en main, Michel Martelly croit qu’il est nécessaire d’effectuer des investissements importants dans l’agriculture. Pour l’agriculture, secteur prioritaire dans les prochains programmes de financement de l’UE doit avoir des assurances. Deux cyclones peuvent réduire à néant des investissements, a expliqué Michel Martelly qui semble avoir un discours de campagne déjà fignolé pour vendre Jovenel Moïse, natif de Trou-du-Nord, fonceur et opiniâtre qui dirige l’un si ce n’est pas le plus gros projet agricole dans le pays depuis plusieurs décennies. Après des études en science de l’éducation et en mécanique, Jovenel Moïse, capable de conduire un tracteur et de faire le monitoring des cours de la banane sur son Iphone marche sur les traces de son père, agriculteur encore au travail, dont l’exploitation de canne-à-sucre alimente de nos jours la distillerie Larue après l’avoir fait pour la centrale sucrière Welch pendant des décennies. Pour Le Nouvelliste il y a quelques mois, Jovenel Moïse avait raconté ses liens avec la banane, fier d’être appelé « Nèg Bannan n lan ». Son histoire avec la banane remonte à environ vingt ans. En 1996, avait-t-il confié au journal, il obtient son premier prêt de 700 000 gourdes qu’il décida d’investir dans une bananeraie, établie sur 10 hectares, à Chansolme, dans le Nord-Ouest. Depuis lors, il est l’un des pourvoyeurs des restaurants de Port-au-Prince en banane plantain. Entrepreneur dans l’âme, Jovenel Moïse, qui considère l’agriculture avant tout comme un business, est loin de s’en contenter. Les frontières du Nord-Ouest ne parviennent pas à contenir ses ambitions, ni à retenir son envie de prendre le large, de jouer dans la cour des grands à l’époque. « Mon plus grand rêve a toujours été d’exporter de la banane », avait-t-il déclaré sur un ton résolu plus de cinquante ans après la dernière expédition d’une cargaison de bananes vers l’étranger depuis un port haïtien. C’est ainsi qu’en 2002, il se tourne vers la mise en place d’un projet d’exportation de la banane. Infatigable, il se documente, fait des recherches sur la filière, monte son plan d’affaires, s’empare de son bâton de pèlerin pour partir en quête de crédit et d’investisseurs. Il discute, implique les agriculteurs qui occupaient déjà le terrain sur lequel la banane de ses rêves allait pousser. Le 10 octobre 2014, après plus de 10 ans, les premières plantules de banane organique du projet Agritrans sont officiellement mises en terre. Maintenant, Jovenel Moïse est un businessman à cheval sur deux départements : le Nord-Ouest et le Nord-Est. Si le premier continue à grossir sa tirelire, le second représente son plus gros investissement. Son principal rêve, son challenge. Il y a eu aussi des jours sombres où il a touché le fond dans ce pays où l’agriculture reste très vulnérable face aux aléas climatique. Victime de deux cyclones, en 2004 et en 2008, il s’est toujours arrangé pour se relever de la fureur des Trois-Rivières en crue. « Du jour au lendemain, à deux reprises, ma bananeraie s’est convertie en un champ de roches », avait déclaré Jovenel Moïse qui se rappelle avoir rempli la benne d’un camion avec ces roches qu’il a ensuite vendues afin de faire redémarrer sa plantation de banane. « Un entrepreneur doit savoir tomber et se relever», avait lancé l’oint de Martelly. Comme il l’avait confié à Patrick St-Pré et à Frantz Duval du journal Le Nouvelliste, ce projet l’a placé, malgré lui, sur l’échiquier politique. Entre les politiques et les candidats qui veulent partager le succès du projet, il est tiraillé de toute part, avait-il admis. Malgré la pression, il s’était dit lucide, car le contrat de mariage entre lui et la banane va durer au moins 25 ans. Enfin, c’est ce qu’il avait déclaré avant de dire un autre oui à Martelly qui n’entraîne pas de non pour la banane. Car, pour Tèt Kale, avec Jovenel Moïse, la production nationale sera au centre des priorités. Reste à savoir si le bilan de Martelly constituera un plus ou un boulet pour Jovenel Moïse. La vérité sortira des urnes lorsqu’il sera question de remplacer Tèt Kale, président pendant une période où les investissements dans le secteur agricole ont été très faibles, trop faible face au déficit de la balance commerciale et l’éloignement d’Haïti de l’autosuffisance alimentaire. Le pays importe plus de 55 % des produits alimentaires consommés par la population…

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